Tunisie : La BFPME “peut faire beaucoup plus et mieux”

Khelil-Ammar-bfpme-1.jpgLa Banque de financement des petites et moyennes entreprises (BFPME) évolue. Après sept ans d’existence, l’évaluation des activités de la banque est en marche. Etant elle-même une PME, cette banque a pour objectifs de faciliter l’accès au financement aux PME tunisiennes et les accompagner tout au long du cycle de vie de leurs projets.

Il s’agit de financer tout projet de création ou d’extension dans tous les secteurs (exceptés le tourisme et la promotion immobilière), et dont le coût est compris entre 100 mille et 10 millions de dinars. Depuis sa création et jusqu’au 31 janvier 2012, la banque a approuvé 1.771 projets, dont 1.521 créations, pour un montant d’investissement de près de 1,4 milliard de dinars pour environ 40 mille emplois créés.

Faire mieux…

Ces réalisations montrent, selon son PDG, Khelil Ammar, qu’il y a un intérêt à développer encore plus cette banque et renforcer son efficience puisqu’elle a participé à diffuser la culture entrepreneuriale. A noter que la plupart des projets approuvés se trouvent dans les zones de développement régional. «Il y a de l’intérêt pour cette institution. On est utile pour les promoteurs. On est utile pour nos partenaires financiers (banques et SICAR) qui sont prêts à contribuer; de même pour les fonds publics de l’Etat. Avant il y avait quelques dossiers qui passaient par le Fonds de Promotion et de la Décentralisation Industrielle (FOPRODI), maintenant la BFPME traite la majorité des dossiers», indique-t-il.

Mais malgré cette utilité, M. Ammar ne semble pas satisfait, car il estime qu’«on peut faire beaucoup plus et mieux». Ceci nécessite une amélioration de la qualité des services au profit des promoteurs qui présentent des insuffisances. Tout d’abord par la réduction des délais de réalisation des projets qui sont assez longues. Le bouclage du schéma de financement dure plus de six mois alors que la réalisation prend au moins une année.

Il faudrait ensuite améliorer l’assistance technique et l’accompagnement des promoteurs. Enfin, il s’agit de répondre aux besoins des promoteurs en leur présentant des produits financiers adaptés à chaque étape de développement des projets pour améliorer leur efficience et garantir la pérennité de leurs projets.

Jumelage…

C’est de là qu’est venue l’idée d’un programme de jumelage avec l’entreprise publique française OSEO, qui est une institution similaire à la BFPME. Ce programme s’inscrit dans le cadre du Programme d’Appui à l’Accord d’Association et au Plan d’Action Voisinage (P3AII), financé par l’Union européenne. Le contrat de jumelage a été signé le 14 décembre 2011, avec la BFPME et la SOTUGAR (Société Tunisienne de Garantie). Le montant accordé au programme est de 1,1 million d’euros, octroyé sous forme de don.

L’objectif de ce programme est de développer les capacités de la BFPME et de la SOTUGAR afin de répondre au mieux aux besoins en financement des PME en Tunisie. Il s’agit de faire travailler ensemble des équipes d’OSEO et des équipes de la BFPME pour concevoir de nouveaux produits répondant à des besoins spécifiques de promoteurs qui ne sont pas couverts actuellement.

M. Ammar nous souligne que les PME tunisiennes souffrent d’un niveau de fonds propres faible. Généralement, on demande au promoteur d’augmenter sa participation ou faire intervenir une SICAR (Société d’investissement à capital-risque), dont l’intervention est assez lourd. Pour ce besoin, OSEO a développé des prêts participatifs ou ce qu’on appelle des prêtes mezzanines.

Il y a aussi des prêts d’aide à l’export, qui sont remboursables sur cinq ans. Ils permettent de soulager la trésorerie de la PME et renforcer ses fondamentaux financiers. OSEO a développé également des produits de leasing qui facilitent l’accès au financement pour les promoteurs pour tout ce qui est outillage, matériels de transport, équipements, etc.

Le PDG de la BFPME affirme que les équipes conjointes sont en train de travailler sur ces produits et autres afin de définir leurs caractéristiques, selon le contexte tunisien, leurs montants, leurs taux d’intérêt, le niveau de garantie, etc. Il estime que le développement de ce genre de produits devrait encourager encore plus la contribution des banques privées et des SICAR dans le financement des PME. «Le fait que nous offrions des produits adaptés qui peuvent couvrir des besoins et une bonne partie du risque, en plus d’une expertise en interne, cela encouragerait nos partenaires à contribuer volontiers dans le financement», pense-t-il.

Pôle d’expertise…

Cet effort d’évaluation et d’amélioration de la qualité de service de la BFPME englobe aussi sa volonté de gérer en totalité les fonds publics destinés aux PME, tel que le FOPRODI, qui sont gérés actuellement par d’autres structures étatiques, à l’instar de l’APII (Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation) et l’APIA (Agence de Promotion des Investissements Agricoles). L’idée est que la banque devienne le vis-à-vis unique, en collaboration avec la SOTUGAR. M. Ammar signale qu’une demande a été adressée, dans ce sens, au Conseil d’administration de la banque, affirmant que la gestion de ces fonds par la BFPME permettrait de les rendre plus efficients au service des promoteurs et des partenaires financiers.

Un autre projet ambitieux est aussi en cours d’étude, celui de la fusion de tous les organismes destinés aux PME dans une seule structure. «OSEO était auparavant comme la BFPME exactement. Il y avait des institutions indépendantes. Mais ils se sont rendu compte qu’elles ne sont pas assez efficientes toutes seules. Ils ont regroupé les différentes institutions dans une seule structure, en créant OSEO qui englobe OSEO financement, OSEO garantie et OSEO innovation», explique M. Ammar.

D’un autre côté, l’objectif est de faire de cette banque un pôle d’expertise pour mieux accompagner le promoteur qui a besoin de conseils. Elle est actuellement en phase de négociation d’un don d’un montant substantiel dont l’objectif est la certification de l’ensemble du personnel de la banque. Ils seront certifiés en analyse financière et en coaching en management. A noter que le taux d’encadrement atteint plus de 90% dans la BFPME. Un programme de mobilisation des ressources a déjà été entamé avec la Banque africaine de développement.

Mobiliser des ressources…

En plus du programme de jumelage avec OSEO, la BFPME développe d’autres projets qui devraient renforcer ses capacités de financement, d’accompagnement et de suivi des PME. Elle vient de signer une convention pour l’octroi d’une ligne de crédit de 30 millions de dollars avec le Fonds Arabe de Développement Economique et Social (FADES), d’une durée de dix ans et avec un taux d’intérêt de 2%. M. Ammar signale que la banque est en discussions très avancées avec d’autres bailleurs de fonds pour mobiliser d’autres ressources.

La banque a déjà entamé un projet qui a bien démarré. Il s’agit du fonds suisse, une initiative lancée le 6 septembre 2012, par une convention de partenariat entre les deux parties qui stipule la mise à disposition par la Confédération suisse d’un don de 4,2 millions de dinars, au profit d’un fonds de financement et d’accompagnement des petites entreprises.

Selon le responsable de la banque, plus d’une centaine de projets ont été approuvés depuis le lancement de ce fonds. L’exploitation du fonds suisse a été fixé jusqu’au 31 décembre 2012. En première étape, il a concerné quatre gouvernorats dits prioritaires, à savoir Kasserine, Sidi Bouzid, Le Kef et Médenine. Mais l’initiative s’est élargi à d’autres gouvernorats, soit une douzaine actuellement.

Décentralisation…

Un autre axe de développement de la banque concerne la décentralisation et le renforcement des structures régionales, répondant à un souci de se rapprocher des PME dans les régions. «Le besoin d’une PME est un besoin de proximité. Pour bien la servir et l’accompagner, il faut être proche. Il faut être plus réactif pour répondre à ses besoins», explique M. Ammar.

Pour ce, la banque compte effectuer de nouveaux recrutements pour ces structures régionales, pour passer de 20 cadres à plus de 65 d’ici la fin 2012, soit trois représentants par gouvernorat contre un seul actuellement. Il s’agit aussi d’ajouter trois autres représentations à son réseau, à Tunis, Ariana et Manouba, qui ont été gérées auparavant par le siège.

A ce niveau, le PDG de la banque estime que tout genre de projets peut être réalisé dans les régions, si l’infrastructure nécessaire existe. Il indique qu’il s’agit aussi d’encourager les jeunes promoteurs d’aller s’installer là bas. La banque adopte, ainsi, une démarche active puisque les deux tiers de ses projets se trouvent dans les zones de développement régional. D’ailleurs, le rôle des représentations régionales, qui ont une connaissance approfondie de leurs régions respectives est de faciliter le déploiement des promoteurs.

Concernant la nature des projets qui sont encouragés par la banque, M. Ammar indique qu’il n’y a pas de secteurs prioritaires. «L’essentiel est que le projet crée de la richesse, qu’il soit innovant ou non. Nous n’avons pas de discriminations. Tout projet rentable est susceptible d’être financé. Mais cependant on porte une attention particulière aux projets innovants», observe-t-il en ajoutant que la BFPME est la seule banque à développer des prêts immatériels.

A l’heure actuelle, la banque compte 500 projets en exploitation. Mais d’autres projets ont échoué, admet-il. Cet échec a été constaté surtout dans l’activité des centres d’appels, qui est une activité très concurrentielle, et exige une bonne connaissance des acteurs du marché. Les projets de traitement du plastique n’ont pas marché non plus, à cause d’un problème au niveau du quota, lié à des difficultés d’approvisionnement au niveau de la matière à traiter.

Intimidation…

Mais disons que la banque n’a pas été épargnée des tentatives d’intimidation de la période post-révolution. Une lettre anonyme diffusée sur un site d’informations par une partie qui se considère comme «le comité de protection de la BFPME», formulant des accusations à l’encontre de son premier responsable sur des affaires de corruption. «C’est une lettre anonyme et elle vaut ce qu’elle vaut; c’est-à-dire rien à mon sens! Notre banque n’avait aucune main dans des affaires de corruption liées à la famille Trabelsi», lance M. Ammar. Il ajoute qu’il existe un seul projet où Samira Trabelsi détenait 2%. Il est passé par le comité de recouvrement déjà au mois de septembre 2010. Il a été couvert par les garanties et il est maintenant remboursé.

L’expéditeur de cette lettre a exploité la base de données de la banque pour l’envoyer. Les promoteurs et des partenaires étrangères l’ont reçue, mais le soutien était immédiat, selon le PDG. «Nous n’avons rien à cacher. Il y a une action en justice en cours. Nous avons même envoyé le dossier au ministère des Finances, l’appelant à effectuer un contrôle général des finances de la banque».

Il indique que son rôle se limite à la gestion de l’institution, sans intervenir dans l’approbation des dossiers de financement des projets. C’est le conseil d’administration, composé de représentants d’entreprises publiques, qui est chargé de leur traitement et de la décision de financement.

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