Roumains et Bulgares cueillent les fruits de leur entrée dans l’UE

photo_1325150317247-1-1.jpg
ouest de Bucarest (Photo : Daniel Mihailescu)

[29/12/2011 09:20:47] BUCAREST (AFP) Des milliards d’euros de fonds communautaires, les voyages libres, des progrès dans la lutte contre la corruption: cinq ans après leur entrée dans l’UE, Bulgarie et Roumanie ont tiré bénéfice de cette intégration même si elles admettent des attentes trop fortes.

“Beaucoup de choses ont changé depuis le 1er janvier 2007: Roumains et Bulgares peuvent notamment voyager librement et travailler dans l’UE”, a déclaré à l’AFP le ministre roumain des Affaires européennes Leonard Orban.

Bien que des restrictions demeurent, des centaines de milliers de Bulgares et deux millions de Roumains ont trouvé un emploi en Italie, en Espagne ou en Allemagne. Ouvriers du bâtiment ou infirmiers pour personnes âgées pour la plupart, ils ont envoyé à leurs familles, entre janvier et octobre 2011, 680 millions d’euros pour les Bulgares, 2,7 milliards pour les Roumains.

Pour ces deux anciens pays communistes, parmi les plus pauvres d’Europe, l’entrée dans l’UE s’est aussi accompagnée de fonds structurels importants: 6,67 milliards d’euros pour la Bulgarie et près de 20 milliards pour son voisin du nord, mis à disposition entre 2007-2013. Plus des aides à l’agriculture de 13 milliards d’euros.

Destinée à réduire l’écart les séparant des membres plus anciens du club européen, cette manne a permis de lancer des travaux pour moderniser les infrastructures même si les procédures compliquées et les difficultés liées au cofinancement ont retardé l’aboutissement de nombreux chantiers d’autoroutes ou de voies ferrées.

A Alexandria (sud de la Roumanie), un projet visant la réhabilitation de l’hôpital des urgences doté de 21 millions d’euros marque le pas.

“Il y a énormément de bureaucratie, les cahiers de charges ont été contestés… C’est la première fois que nous lançons un projet d’une telle envergure et nous manquons d’expérience”, confie à l’AFP le vice-président du conseil départemental, Ilie Balan.

Des soupçons de fraude ont contraint en octobre Bucarest à geler une partie des projets pour des vérifications approfondies, afin d’éviter un blocage de l’argent par Bruxelles.

En 2008, la Commission avait gelé l’utilisation par Sofia de centaines de millions d’euros de fonds de préadhésion en raison d’irrégularités.

photo_1325150379326-1-1.jpg
écembre 2011 (Photo : Daniel Mihailescu)

Les deux pays, qui font l’objet d’une stricte surveillance de l’UE sur la justice et la lutte contre la corruption, ont adopté des réformes importantes même si des progrès restent à faire.

Dans la tourmente de la crise européenne de la dette, ils sont aussi parmi les moins endettés et les plus disciplinés, au prix d’une austérité douloureuse.

Le directeur du Centre roumain pour les politiques européennes (CRPE) Cristian Ghinea ne voit pas de transformation “radicale” depuis 5 ans mais des changements visibles.

“Pour la première fois, dans le village de ma grand-mère il y a un service de ramassage des ordures. C’est pareil dans de nombreuses communes”, se réjouit-il.

“Il y a aussi une certaine désillusion car les attentes étaient trop grandes, on prenait l’UE pour le Père Noël”, ajoute-t-il.

Au marché d’Alexandria, le désenchantement prévaut. “Rien n’a changé pour nous. Nous sommes même encore plus pauvres”, déplore Stela, une maraîchère, en rangeant des pommes de terre.

Vêtu d’un gilet élimé malgré le vent glacial, Constantin Apostol, 73 ans, assure lui avoir “tiré un certain profit” de l’entrée dans l’UE. “Je reçois une subvention pour mes trois vaches. Ce n’est pas énorme, mais ça compte quand même”, dit-il.

“L’Europe apparaissait comme une terre bénie”, souligne la directrice de l’Institut bulgare de sondages Alpha Research, Boriana Dimitrova.

“Il devient clair aujourd’hui qu’il y a aussi des problèmes. Défendre des intérêts différents aux sommets européens, insister pour une réécriture des traités… Dans ce nouveau puzzle, la Bulgarie cherche sa place”, explique-t-elle à l’AFP.

“Il s’agit d’un processus dans la durée, tout ne peut pas changer du jour au lendemain”, dit M. Orban. La Roumanie et la Bulgarie ne sont plus deux pays “aux confins de l’Europe” mais deux membres de l’UE dont “la voix est respectée”, assure-t-il.