Textile-habillement : Les trois clés du succès en Grande-Bretagne


Par Ghada KAMMOUN

La deuxième matinale du Texmed, tenue le 20 juin 2008, était réservée aux
opportunités de partenariat avec le Royaume-Uni. La principale idée que les
industriels tunisiens présents à cette rencontre doivent retenir, c’est que
s’ils ne prennent pas l’initiative d’aller vers les britanniques, s’ils ne
maîtrisent pas leur langue- soit l’anglais- et s’ils ne connaissent pas leur
culture, ils n’ont aucune chance de réussir à gagner une part du marché
britannique.

 

M. Jean-François Limantour, président du Cercle euro-méditerranéen des
dirigeants textile- habillement, nous a -au début de cette rencontre- fait
part des principaux traits des échanges en textile-habillement entre la
Tunisie et la Grande-Bretagne.

 

En 2007, la Grande-Bretagne était le sixième marché de la Tunisie,
représentant uniquement 3,4 % des exportations du secteur. Au cours des
premiers mois de 2008, la Grande-Bretagne a glissé du 6ème au 7ème rang au
profit de l’Espagne.

 

On trouve qu’entre 2001 et 2007, le taux annuel moyen d’évolution des
importations totales textiles-habillement de la Grande-Bretagne a été de
+1,75%. Le taux annuel moyen d’évolution des importations
textile-habillement britanniques en provenance de la Tunisie a été de 0,65%.
M. Limantour a fait remarquer que cette part décline depuis 2003, époque où
elle a atteint son niveau maximum : 0,92%.

 

Les exportations tunisiennes vers la Grande-Bretagne évoluent de manière
diversifiée : la tendance est plutôt à la hausse pour les vêtements de
travail et les T-shirts, en dépit d’un coup de frein en 2007, et à la baisse
pour les pantalons. Les exportations de soutien-gorge sont également en
repli depuis deux ans.

 

On remarque par ailleurs que les exportations de pulls tunisiens sur le
marché britannique se sont effondrées au cours des six dernières années ;
celles de chemises et chemisiers décroissent régulièrement. Par contre,
malgré une baisse en 2005 et 2007, les exportations de peignoirs et de robes
de chambre demeurent actives.

 

M. Limantour a ensuite précisé que la Grande-Bretagne est le second marché
d’Europe après l’Allemagne, pour l’importance de ses importations
extra-européennes, qui étaient de l’ordre de 15 milliards d’euros en 2007.

 

L’intervenant a également indiqué qu’un tiers des importations britanniques
extra-européennes vient de Chine. Le second fournisseur est la Turquie qui
conserve une position solide sur ce marché malgré la pression
concurrentielle des autres pays asiatiques comme l’Inde, le Bangladesh.

 

Quant à la Tunisie, elle est classée 18ème fournisseur pour le
marché britannique avec des importations de près de 96 millions d’euros en
2007.

 

Prenant la parole, M. John Blair, consultant britannique et directeur
général de GIS North Africa (Group International Sourcing), connaisseur du
marché tunisien depuis plus de 18 ans, a souligné qu’à populations égales
(60 millions d’habitants) les parts de la France, de l’Italie et de la
Grande-Bretagne du volume total des exportations tunisiennes en
textile-habillement, sont respectivement de 38%, 32% et 3%.

 

Afin de remédier à cette situation et pour accaparer une part de marché plus
importante, M. Blair a commencé par appeler aux industriels tunisiens à ne
pas afficher des prix exorbitants de leurs produits parce que les prix
élevés ne veulent pas forcément dire que le produit est meilleur. «Les
Tunisiens ne doivent pas être très gourmands au risque de perdre leurs
marchés», a-t-il souligné.

 

M. Blair a également mis l’accent sur la nécessité de changer les tendances,
d’être à l’avant des dernières modes, d’augmenter la formation et le
recyclage dans le domaine du textile-habillement en Tunisie afin de pouvoir
arracher une place privilégiée sur le marché britannique.

 

Le consultant britannique a ajouté que les industriels tunisiens ne sont pas
en train de promouvoir suffisamment leurs produits. Il a précisé qu’ils sont
compétents mais qu’ils doivent être commercialement plus «agressifs». Il a,
dans ce sens, invité les entreprises tunisiennes à aller vers le client
britannique et de ne pas attendre qu’il vienne les chercher. M. Blair a
souligné que les industriels marocains ont bien compris le jeu et sont allés
vers les Britanniques, ce qui fait d’ailleurs que le Maroc occupe la 8ème
place au classement des fournisseurs extra-européens du marché britannique.
Et l’intervenant d’ajouter : «les Britanniques savent bien que les Tunisiens
ont les capacités et les potentialités demandées mais ils ne voient pas
suffisamment le produit tunisien en Grande-Bretagne. Il faut absolument
veiller à consolider les rapports».

 

M. Sami Biziou, directeur général de Denim Authority, a confirmé les propos
de M. Blair en disant que «les Britanniques ne viennent pas chercher. Ils
attendent un produit de qualité à un prix abordable. Ils exigent le sérieux,
la ponctualité et le professionnalisme. Pour les industriels tunisiens, il
faut tenter la chance une, deux, voire dix fois, pour décrocher une part du
marché. Par ailleurs, il faut absolument maîtriser la langue anglaise et
connaître la culture de la Grande-Bretagne». M. Biziou a invité les
industriels tunisiens à être plus présents sur les salons et les
manifestations britanniques parce que c’est surtout au cours de ces
occasions que les contacts se nouent.

 

Pour conclure M. Blair a souligné que le marché britannique est un marché
intéressant et attractif et qu’il faut être persévérant pour établir des
contacts profitables.

 

Cependant, est-ce les seules raisons qui font que les Britanniques
n’achètent pas assez de textile/habillement tunisien ?