M. Boualem M’Rakach, Président de la Confédération Algérienne du Patronat : « Il ne faut pas diaboliser l’Asie»

M. Boualem M’Rakach, Président de la Confédération Algérienne du Patronat : «Il
ne faut pas diaboliser l’Asie»

Propos recueillis par Ghada KAMMOUN


boualem180.gifOn
pourrait dire que l’évènement le plus important du nouveau siècle est la
montée en puissance non seulement de la Chine et de l’Inde, mais de l’Asie
tout entière. Des spécialistes de l’économie disent même que le centre de
gravité de l’économie mondiale se déplace vers cette zone géographique.

 


Quelle attitude les Maghrébins doivent-ils adopter à l’égard de ce
«géant» ? Quel rôle pour le volet économique (notamment après la création de
l’Union maghrébine des employeurs) dans l’aide à faire sortir l’UMA de
l’impasse politique dans laquelle elle se trouve ?

 


Ce sont ces questions que nous avons discuté avec M. Boualem M’Rakach,
Président de la Confédération Algérienne du Patronat, qui était présent à la
22ème session des journées de l’entreprise.

 


Webmanagercenter : Depuis deux ans, le Maghreb est le théâtre de flux de
capitaux maghrébins en provenance et vers les différents pays de l’UMA, à
l’exception de l’Algérie. Votre pays est en train de recevoir des
investissements maghrébins mais on ne voit pas d’Algériens investir dans les
autres pays de la région. Comment expliquez-vous cela ?

 


Boualem M’Rakach
: Effectivement, mais notons d’abord qu’il y a quelques
capitaux maghrébins, il y a beaucoup plus de capitaux arabes qui viennent en
Algérie et nous le regrettons, compte tenu du programme qui a été lancé et
qui se situe à plus de 140 milliards de dollars, c’est une commande
publique. Nous pensons que ceci devrait favoriser nos amis maghrébins. Quand
on dit nos amis maghrébins, on pense particulièrement à la Tunisie, au
Maroc, un peu moins à la Mauritanie et un peu moins à la Libye.

 

Les dispositions légales et
réglementaires permettent à nos frères maghrébins de venir investir en
Algérie sans aucune forme particulière, ils ont le même droit qu’un
Algérien. Le code des investissements algérien est très clair, il n’y a
aucune restriction.

 

Pour les opérateurs algériens,
ils ne vont pas dans l’autre sens. Il faut dire que le programme algérien
est extrêmement attractif, et ce sont des opérateurs d’abord et avant tout,
donc un opérateur, quel qu’il soit, n’est pas un homme de pouvoir public qui
pense à des actions diplomatiques et politiques. Il pense d’abord et avant
tout à faire fructifier son projet et à agir dans le cadre de l’expansion de
son entreprise.

 

Néanmoins, il y a aujourd’hui une
nouvelle vision, une nouvelle démarche qui est en train de se développer,
celle de travailler ensemble et communément dans un cadre maghrébin. Et
c’est pour ça que les opérateurs du Maghreb ont pris la lourde tâche de
prendre le taureau par les cornes et d’aller ensemble pour créer l’Union
maghrébine des employeurs qui est l’union économique prévue dans le cadre
des dispositifs du traité de l’UMA.

 

Nous voudrions qu’il y ait un
véritable travail de profondeur dans ce sens, des actions disons très
minimes, je parle ici pour l’Algérie. L’investissement maghrébin est
pratiquement nul par rapport à ce qu’il devrait être et pareil dans l’autre
sens. Les efforts aussi sont pratiquement nuls.

 

Je pense qu’aujourd’hui, avec
l’Union maghrébine des employeurs, nous avons de bonnes perspectives, les
opérateurs tous ensemble ont de bonnes perspectives. Ils ont déjà mis en
place un programme très pragmatique donc réalisable, c’est le plus
important, il ne faut pas rester dans les nuages. Les 28 et le 29 novembre,
il y a eu à Tunis une réunion avec la participation de trois ministres des
Finances, de cinq gouverneurs des Banques centrales maghrébines, du
Directeur général adjoint du FMI, du président de l’Union maghrébine des
employeurs et des présidents des centrales patronales. Il semble qu’on ait
pu dégager ensemble et communément une vision. Le FMI a pris à bras-le-corps
cette question. On a parlé du rôle du secteur privé dans le développement
économique et l’intégration régionale du Maghreb. Aujourd’hui, nous sommes
en train d’aller plus loin, donc vous voyez bien qu’il y a une démarche
forte, un message très puissant et je pense que nous allons pouvoir, dans
les années à venir, arriver à de très bons résultats.

 

Cette dynamique peut-elle
aider à faire sortir l’UMA de l’impasse politique dans laquelle elle se
trouve ?

 

Tout le monde constate cet état
et se désole. Dans le cadre d’une enquête menée, tout récemment, par
l’Institut de stratégie algérien avec l’Union européenne, on a demandé aux
personnes sondées : «Comment vous considérez-vous, Algérien ou Maghrébin ?»
67% des sondés ont répondu qu’ils étaient Maghrébins. C’est pour vous dire
qu’il y a un grand espoir de se retrouver tous ensemble pour répondre au
défi du millénaire, au défi de la mondialisation. Tout le monde est
conscient de cette situation et c’est pour cela que nous faisons abstraction
à toute autre action que l’action économique. Je pense que cette action sera
bénéfique pour sortir de la léthargie, de la situation dans laquelle se
trouve l’UMA.

 

Vous avez assisté aux débats
des Journées de l’entreprise sur les relations Maghreb-Asie. Pour vous,
quelle attitude les Maghrébins doivent-ils avoir à l’égard de ce géant ?

 

Le thème qui a été retenu par l’IACE
est un thème très important et d’actualité. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui
certaines zones voient en la zone Asie une zone dangereuse qui peut leur
accaparer des parts de marché mondial. Nous ne pouvons pas dire que nous ne
sommes pas concernés, parce qu’aujourd’hui avec la mondialisation, nous
sommes forcément concernés. Nous devons être offensifs pour avoir notre
petite place au sein de ces concerts.

 

Je ne crois pas qu’il faut,
diaboliser cette zone. Ils ont eu le mérite d’accéder à un rang non
négligeable aujourd’hui. Donc, s’il y a une particularité asiatique, elle
doit être entrevue dans la démarche de la mondialisation, c’est l’offensif
aujourd’hui du commerce international qui implique les uns et les autres
dans le cadre d’une compétition, dans le cadre de la compétitivité. Je ne
vois pas où est le danger, puisque nous-mêmes qui n’avons pas de capacités
réelles pour pouvoir concurrencer ces pays, nous disons qu’il y a une
ouverture, cette ouverture doit profiter à tout le monde, à la seule
différence, nous le disons déjà aux Européens et aux autres pays occidentaux
: «Messieurs, notre région ne doit pas être simplement le vivier
d’opérations ponctuelles, elle doit être un partenaire noble au sens du
terme».

 

Nos entreprises doivent entrer
dans le cadre de l’expansion, il faudrait faciliter ces actions et je pense
que les idées qui sont lancées pour entrevoir une démarche Maghreb et autre,
il faut les considérer aujourd’hui comme non pas des actions bilatérales
mais multilatérales, en disant et en faisant admettre à tout un chacun la
particularité de nos pays. Ceci a été très admis même au sein de l’OMC.
Aujourd’hui il y a des idées qui sont en train de se développer de partout,
nous allons aujourd’hui dans un sens d’actions communes. La zone Asie a fait
beaucoup d’efforts exceptionnellement bons, qui leurs ont permis d’arriver
au point où ils en sont et c’est tout ce que je souhaite pour notre région
et je suis persuadé que si nous rentrons dans cette dynamique et que nous
accentuons cette démarche, nous pouvons arriver à de bons résultats.