Le Congrès colombien a approuvé une réforme qui rompt avec la politique de « paix totale » de l’ancien président Gustavo Petro. Désormais, les groupes armés devront se soumettre à la justice et remplir des obligations strictes pour bénéficier de réductions de peine, sans suspension des opérations militaires.

Des négociations politiques à la reddition conditionnelle

Le Parlement colombien a approuvé, le 3 novembre 2026, un texte soutenu par le président Abelardo De La Espriella, marquant un tournant dans la politique de sécurité du pays.

Le Sénat s’est prononcé par 57 voix contre 24, tandis que la Chambre des représentants a adopté le projet par 95 voix contre 10. Le texte doit encore être promulgué.

La réforme substitue à la logique de négociation politique un mécanisme de soumission à la justice. Les membres des organisations armées ne pourront plus accéder à des fonctions publiques ni négocier des accords politiques en échange de leur reddition.

Des réductions de peine strictement encadrées

Pour bénéficier d’un traitement pénal favorable, les combattants devront déposer leurs armes, remettre leurs avoirs, identifier leurs réseaux et révéler leurs liens politiques ou circuits de corruption.

Ils devront également contribuer à la libération des mineurs recrutés ou enlevés et à la recherche des personnes disparues.

Les réductions de peine pourront atteindre 50 % pour certains membres et 30 % pour les commandants. Les dirigeants devront néanmoins purger au moins dix ans de prison.

Les mandats d’arrêt, les procédures d’extradition et les opérations militaires ne seront pas suspendus.

CHIFFRES CLÉS

  • 57 voix contre 24 au Sénat.
  • 95 voix contre 10 à la Chambre des représentants.
  • 50 % de réduction de peine maximale pour certains membres.
  • 30 % de réduction maximale pour les commandants.
  • 10 ans de prison au minimum pour les dirigeants.
  • 28 802 membres estimés des groupes armés en juillet 2026.

Des groupes armés presque deux fois plus nombreux

Le gouvernement justifie ce changement par les résultats jugés insuffisants de la politique précédente.

Selon les chiffres attribués au ministère colombien de la Défense, les effectifs des groupes armés illégaux sont passés de 15 120 fin 2022 à environ 28 802 en juillet 2026.

L’administration De La Espriella estime que les négociations précédentes ont favorisé l’expansion de ces organisations, notamment dans les territoires liés au narcotrafic et à l’exploitation minière illégale.

Gustavo Petro avait reconnu les limites de sa stratégie, tout en soulignant la diminution des homicides.

La réforme privilégie ainsi le désarmement vérifiable et les poursuites judiciaires. Son efficacité dépendra de son application et de la capacité des autorités à démanteler les réseaux criminels.

Aux origines du conflit : terre, inégalités et exclusion politique

Le conflit armé colombien plonge ses racines dans les affrontements entre libéraux et conservateurs, particulièrement meurtriers après 1948, durant la période appelée La Violencia.

La concentration des terres, la pauvreté rurale et l’exclusion politique favorisent ensuite l’émergence de guérillas marxistes dans les années 1960, notamment les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Armée de libération nationale (ELN).

À l’origine, ces mouvements affirment combattre les inégalités sociales et défendre les populations paysannes. Face à eux apparaissent des organisations paramilitaires, initialement constituées notamment pour protéger les intérêts de propriétaires terriens.

Comment la guerre est devenue une économie criminelle

Au fil des décennies, les motivations idéologiques se mêlent à des intérêts économiques. Le narcotrafic, les enlèvements, l’extorsion et l’exploitation minière illégale deviennent des sources de financement pour différentes organisations armées.

Le contrôle des territoires et des routes commerciales clandestines représente dès lors un enjeu financier majeur, compliquant les tentatives de désarmement.

Pourquoi les accords de paix n’ont-ils pas suffi ?

L’accord historique de 2016 entre le gouvernement et les FARC permet la démobilisation d’une grande partie de cette guérilla. Mais d’autres organisations poursuivent leurs activités, tandis que des dissidences refusent le processus.

La persistance des inégalités rurales, la faiblesse de la présence de l’État dans certaines régions et les revenus des économies illégales limitent les perspectives de pacification.

La nouvelle stratégie peut-elle réussir ?

La réforme adoptée en novembre 2026 repose sur un changement de méthode : proposer des réductions de peine en échange du désarmement, de la restitution des avoirs et d’une coopération judiciaire, tout en maintenant la pression militaire.

Elle cherche à rendre la reddition plus avantageuse que la poursuite des activités clandestines.

Mais aucun règlement définitif du conflit n’est acquis. La réussite dépendra aussi de la capacité de l’État à sécuriser durablement les territoires, protéger les populations et réduire les ressources économiques des groupes armés.

La Colombie : carte d’identité

  • Nom officiel : République de Colombie.
  • Capitale : Bogotá.
  • Population : environ 53,4 millions d’habitants en 2026 (estimation du FMI).
  • Superficie : 1 141 748 km², soit près de sept fois celle de la Tunisie.
  • Régime politique : république présidentielle unitaire, démocratique et multipartite. Le président cumule les fonctions de chef de l’État et du gouvernement. Le Parlement est bicaméral : Sénat et Chambre des représentants.
  • Monnaie : peso colombien (COP).
  • Économie : l’une des principales économies d’Amérique latine, avec un PIB de 457,4 milliards de dollars en 2025. Elle repose notamment sur les services, l’industrie, les hydrocarbures, les mines et l’agriculture, dont le café et les fleurs.
  • Croissance : 2,6 % en 2025 ; 2,3 % prévue pour 2026 selon le FMI.
  • Principaux défis : inégalités sociales et territoriales, pauvreté, informalité économique, finances publiques et insécurité dans certaines régions.