Le Maroc veut porter sa capacité de dessalement à près de 1,8 milliard de mètres cubes par an d’ici 2031, tout en augmentant le stockage dans les barrages à 27 milliards de mètres cubes. Derrière ces objectifs annoncés par le gouvernement se posent deux questions économiques : les besoins en électricité et la coordination des différents chantiers hydrauliques.
Le Maroc entend changer d’échelle dans sa politique de l’eau. Face à des sécheresses répétées, à des précipitations irrégulières et à des risques d’inondation, le gouvernement accélère la construction de barrages, le dessalement de l’eau de mer et les transferts entre bassins hydrauliques.
Présentée le 2 novembre 2026 devant la Chambre des représentants par le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, cette stratégie fixe deux grandes cibles pour 2031 : une capacité nationale de stockage de 27 milliards de mètres cubes et une capacité de dessalement proche de 1,8 milliard de mètres cubes par an.
Ces chiffres traduisent l’ampleur du programme annoncé. Ils ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à établir le volume d’eau qui sera effectivement disponible pour les ménages, l’agriculture et les entreprises.
Barrages : 27 milliards de m³ de capacité visés
Le gouvernement justifie sa nouvelle orientation par un déséquilibre géographique marqué. Selon le ministre, 53 % des précipitations sont concentrées sur seulement 7 % du territoire marocain.
Cette répartition pose un problème de mobilisation et de transfert des ressources, auquel s’ajoute la pression exercée sur certaines nappes souterraines.
Le ministère fait état de 17 grands barrages en construction, représentant une capacité de stockage cumulée de 5,4 milliards de mètres cubes. Douze nouveaux barrages doivent ajouter 4,9 milliards de mètres cubes.
L’objectif est de porter la capacité nationale à 27 milliards de mètres cubes d’ici 2031.
La distinction entre capacité et disponibilité réelle reste essentielle. Un barrage peut disposer d’un important volume de stockage sans être rempli. Son apport dépend notamment des précipitations, des pertes, des prélèvements et de la gestion des réserves.
La réalisation des ouvrages devra donc s’accompagner d’une amélioration de la mobilisation et de l’utilisation de l’eau.
Dessalement : une multiplication des capacités annoncées
Le dessalement constitue l’autre pilier du programme.
D’après les données présentées par Nizar Baraka, la capacité nationale est passée de 46 millions de mètres cubes en 2021 à 447 millions de mètres cubes au moment de sa déclaration.
Le gouvernement prévoit de nouveaux projets à Nador et Driouch, pour une capacité annuelle annoncée de 300 millions de mètres cubes, ainsi qu’à Tanger, pour 150 millions de mètres cubes.
D’autres installations sont envisagées à Tiznit, Tan-Tan, Guelmim et Rabat, avec une extension de la station de Chtouka Aït Baha.
L’ensemble doit permettre d’atteindre près de 1,8 milliard de mètres cubes par an en 2031, soit une capacité destinée, selon le ministre, à couvrir 60 % des besoins nationaux en eau potable.
Ce pourcentage reste un objectif de couverture. Son évaluation nécessitera de connaître les volumes effectivement produits, leur destination et l’évolution des besoins.
Le coût énergétique, variable décisive
Le dessalement réduit la dépendance directe aux précipitations, mais crée une autre exigence : disposer d’une alimentation énergétique suffisante, régulière et économiquement soutenable.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, le dessalement de l’eau de mer par osmose inverse consomme généralement entre 2,5 et 6 kilowattheures d’électricité par mètre cube, suivant les installations et les opérations comprises dans le calcul.
Calcul indicatif WMC : si la totalité des 1,8 milliard de mètres cubes annoncés était effectivement produite chaque année par des installations utilisant cette technologie, la consommation correspondante représenterait entre 4,5 et 10,8 térawattheures par an.
Il s’agit d’un scénario technique et non d’une prévision officielle pour le Maroc. Il suppose un volume annuel effectivement produit de 1,8 milliard de mètres cubes, sans préjuger du rendement ou des caractéristiques des futures stations.
Le calcul ne permet pas non plus de déterminer la facture électrique du programme. Celle-ci dépendrait des contrats d’approvisionnement, des tarifs de l’énergie, des technologies retenues et des coûts de pompage et d’acheminement non compris dans le périmètre considéré.
Le recours annoncé à des énergies renouvelables pourrait modifier l’économie de ces installations. Encore faudra-t-il documenter les capacités électriques associées, les modalités de fourniture et les besoins de continuité d’exploitation.
Interconnexion : la question du calendrier
La troisième dimension est celle du transport de l’eau entre régions.
Le ministère rappelle l’achèvement de la première tranche de l’interconnexion entre les bassins du Sebou et du Bouregreg. Une deuxième tranche doit relier le Bouregreg à l’Oum Er-Rbia, avec un lancement annoncé pour 2027.
Cette infrastructure illustre le rôle des réseaux dans la sécurité hydrique : produire ou stocker de l’eau ne garantit pas qu’elle parvienne au lieu de consommation au moment nécessaire.
L’efficacité du programme dépendra donc de la synchronisation des ouvrages, des stations de dessalement, des conduites, des équipements de pompage et des réseaux de distribution.
Les annonces consultées ne fournissent pas encore un calendrier consolidé suffisamment détaillé pour vérifier cette synchronisation projet par projet.
Un objectif industriel et budgétaire à documenter
Le programme marocain associe plusieurs investissements dont les logiques économiques diffèrent.
Les barrages permettent de mobiliser les ressources conventionnelles. Les interconnexions facilitent leur redistribution. Le dessalement diversifie l’offre, mais ajoute des dépenses d’énergie et d’exploitation.
Pour apprécier la soutenabilité du dispositif, il faudra connaître les budgets de chaque composante, les coûts unitaires de production, les volumes effectivement livrés et les conditions de financement.
La même exigence concerne la protection contre les inondations, que le gouvernement entend renforcer parallèlement à ses investissements d’approvisionnement.
À l’horizon 2031, le principal indicateur ne sera donc pas uniquement la capacité annoncée des infrastructures. Il faudra également mesurer la quantité d’eau réellement disponible, sa régularité de distribution et son coût pour les utilisateurs.
CHIFFRES CLÉS
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- 53 % des précipitations concentrées, selon le ministre, sur 7 % du territoire marocain.
- 17 grands barrages en construction, représentant 5,4 milliards de m³ de capacité annoncée.
- 27 milliards de m³ : objectif national de capacité de stockage en 2031.
- 447 millions de m³/an : capacité de dessalement annoncée en novembre 2026.
- 1,8 milliard de m³/an : objectif de capacité de dessalement en 2031, destiné à couvrir 60 % des besoins en eau potable.
- 4,5 à 10,8 TWh/an : estimation indicative WMC des besoins électriques de dessalement, sous les hypothèses précisées dans l’article.
EN BREF
- Le Maroc a présenté le 2 novembre 2026 une nouvelle stratégie de sécurité hydrique face aux sécheresses et aux déséquilibres pluviométriques.
- Le gouvernement vise 27 milliards de mètres cubes de capacité de stockage en 2031.
- Le dessalement pourrait atteindre 1,8 milliard de mètres cubes par an, selon les objectifs officiels.
- Une estimation indicative WMC situe les besoins électriques correspondants entre 4,5 et 10,8 TWh par an, sous certaines hypothèses techniques.
- La synchronisation des barrages, stations et réseaux de transfert reste à documenter.
- Les coûts réels et les volumes effectivement disponibles devront être vérifiés.


