Illustration symbolique d’un coffre-fort fissuré et d’un cadenas numérique endommagé, avec une jeune plante représentant l’investissement productif en Tunisie.Six milliards de dollars envolés dans une cyberattaque contre Binance, attribuée par le FBI à des pirates nord-coréens. En Tunisie, une dette publique qui s’alourdit, un investissement qui piétine et des entreprises publiques en quête de redressement. Deux univers apparemment éloignés, mais une même interrogation : que vaut la souveraineté lorsque la confiance et les capacités financières ne suivent plus ?

La Tunisie face au piège de sa dette

Les chiffres publiés cette semaine par Webmanagercenter dessinent une économie sous tension. Le déficit budgétaire atteint 859,6 millions de dinars à fin juin 2026, tandis que les dépenses d’investissement ne représentent que 21,2 % des crédits annuels programmés.

Plus préoccupant encore, la dette publique, estimée à 83,4 % du PIB pour 2026, change profondément de structure. La part de l’endettement intérieur passerait de 29,6 % en 2019 à 66,1 % en 2026.

L’État emprunte davantage auprès des ressources nationales. Mais à quel prix pour les entreprises, les PME et l’investissement productif ?

La souveraineté financière risque de devenir un mirage si elle consiste à financer le présent en hypothéquant la croissance future.

Binance : la confiance comme première richesse

À l’international, l’affaire Binance révèle une vulnérabilité inquiétante. Après une cyberattaque estimée à 6,3 milliards de dollars, le FBI accuse des acteurs liés à Pyongyang. Binance promet d’indemniser ses utilisateurs et annonce avoir gelé environ 3 milliards d’actifs.

Mais geler n’est pas récupérer. Promettre n’est pas rembourser.

La leçon dépasse les cryptomonnaies : la solidité financière se mesure à la transparence, à la sécurité des actifs et à la capacité d’honorer ses engagements.

Une exigence qui résonne en Tunisie, à l’heure où le budget 2027 suscite des interrogations sur le financement monétaire, la soutenabilité de la dette et la sincérité des prévisions publiques.

Produire plutôt que simplement survivre

Pourtant, la Tunisie dispose de leviers réels.

Le redressement annoncé d’Oum El Kélil montre qu’une entreprise publique peut retrouver des marges de rentabilité. Le sauvetage des Ciments de Bizerte reste, lui, un pari dont le coût et les résultats devront être démontrés.

À l’autre extrémité du tissu économique, Amel Hamdi, fondatrice de Quatre A Energy, incarne une souveraineté plus concrète : produire localement de l’énergie solaire, réduire les importations et développer les compétences tunisiennes.

Face aux ambitions énergétiques du Maroc et de l’Algérie, la Tunisie ne peut se permettre de laisser la bureaucratie ralentir ses entrepreneurs.

Le verdict

La vraie souveraineté ne se mesure ni au nombre d’entreprises sauvées ni à la proportion de dette détenue nationalement.

Elle se mesure à la capacité de produire, d’exporter, d’innover et de protéger les ressources collectives.

De Binance à Tunis, une évidence s’impose : la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par la transparence et se préserve par les résultats.

La Tunisie doit désormais choisir : continuer à financer ses contraintes ou commencer à financer son avenir.