Le tourisme tunisien fait face à plusieurs défis structurels, malgré la richesse de ses ressources naturelles et culturelles et sa compétitivité en matière de prix. Dans une note intitulée “Tourisme tunisien : les contraintes de compétitivité et les leviers de développement”, l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) examine le positionnement de la Tunisie à travers le Travel & Tourism Development Index 2026 (TTDI) du World Economic Forum, dans lequel le pays se classe au 82ᵉ rang sur 110 économies.

En effet, entre 2024 et 2026, 101 des 110 économies couvertes, soit 92%, ont amélioré leur score.

Le score moyen a progressé d’environ 2,1%, soit le rythme de progression le plus rapide depuis 2019.  Au sein de la région MENA, la Tunisie se classe 10e sur 12 économies, à 0,36 point de la moyenne régionale (3,98), une position identique à celle de 2024 ; la moyenne MENA a toutefois progressé de 2,5% alors que le score tunisien est resté stable.

L’analyse de ces résultats, montre que le pays bénéficie de solides points d’appui comme sa compétitivité-prix, sa sûreté et sa santé-hygiène, mais elle fait ressortir des contraintes sur les infrastructures de transport aérien, les infrastructures terrestres et la préparation aux TIC.

Face à ce constat, l’IACE préconise une réorientation de la politique touristique nationale afin de transformer le potentiel culturel et naturel en valeur économique durable.

Il décline ses propositions en cinq orientations axées autour de l’accessibilité et la connectivité des destinations, la diversification et la création de valeur, les compétences et la transformation des métiers, la transformation numérique de l’offre, le système des données et la capacité de pilotage.

Pour améliorer l’accessibilité et la connectivité des destinations, l’IACE recommande de cartographier les déficits de connectivité par marché émetteur et par territoire touristique afin d’identifier les liaisons dont l’absence ou l’insuffisance limite le développement de la demande, de réorienter les mécanismes d’incitation à la desserte aérienne vers les marchés et périodes présentant un potentiel de développement documenté, avec des mécanismes évaluables et liés aux résultats. Il propose, par ailleurs, d’intégrer l’accessibilité des territoires touristiques dans la programmation des investissements, en reliant les infrastructures aux pôles touristiques existants et aux territoires à potentiel.

Pour ce qui est de la diversification et de la création de valeur, les recommandations de l’institut consistent à mettre en place une stratégie de diversification par segments et par territoires, en identifiant les offres susceptibles d’augmenter la dépense, d’allonger les séjours et de réduire la saisonnalité.

L’IACE appelle, en outre, à instaurer un dispositif de valorisation des actifs territoriaux associant collectivités, entreprises et investisseurs afin de transformer les ressources naturelles, culturelles et économiques sous-exploitées en produits touristiques commercialisables et à favoriser l’émergence de nouveaux produits dans le tourisme culturel, de nature, d’affaires, événementiel…

S’agissant de l’amélioration des compétences et de la transformation des métiers, la feuille de route proposée recommande la mise en place d’une veille régulière sur les métiers et compétences du tourisme, associant entreprises, organismes de formation et pouvoirs publics et l’adaptation des programmes de formation aux besoins des entreprises, notamment dans les métiers numériques, commerciaux, managériaux et liés à la transition environnementale. Le développement des dispositifs de formation courte et de reconversion adaptés à l’évolution des métiers du secteur est aussi recommandé.

La transformation numérique de l’offre requiert, selon l’IACE, l’établissement d’un diagnostic national de maturité numérique des entreprises touristiques, avec une attention particulière aux PME, l’accélération de la digitalisation des fonctions commerciales (visibilité, réservation, paiement, relation client et distribution) au-delà des seules infrastructures et le développement des dispositifs mutualisés d’accès aux outils d’IA, aux données et aux solutions numériques, afin de réduire les coûts d’adoption pour les petites entreprises et les territoires moins équipés.

Enfin, pour consolider le système de données et la capacité de pilotage, il est conseillé de renforcer le système national de données touristiques en matière de fréquence, de désagrégation et d’interopérabilité et de faciliter le croisement des données publiques et privées, dans les cadres juridiques et techniques appropriés, afin d’améliorer la connaissance des comportements et des parcours touristiques. La mise en place d’un tableau de bord national de performance touristique combinant fréquentation, dépense, valeur créée, saisonnalité, emploi, répartition territoriale et indicateurs environnementaux est tout aussi nécessaire.

Il convient de préciser que cet indice ne constitue pas une mesure de la performance touristique au sens strict, mais un diagnostic des facteurs qui créent les conditions de développement durable et résilient du secteur. Le TTDI ne mesure pas directement les arrivées, les recettes ou les dépenses touristiques.