L’économie nationale a fait preuve d”une résilience relative face à la succession des chocs économiques mondiaux et à l’accentuation de l’incertitude, malgré la persistance des pressions liées aux conditions géopolitiques, à la crise énergétique et à la disparité des performances sectorielles, a estimé le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, qui a souligné l’importance de poursuivre la mise en œuvre du plan de développement, de soutenir les entreprises publiques et de renforcer les fondements de l’État social.
Lors d’une séance conjointe tenue, mercredi, par les commissions des finances de l’Assemblée des représentants du peuple et du Conseil national des régions et des districts, consacrée à la discussion du projet de budget économique, le ministre a expliqué que l’économie mondiale continue de faire face à des défis interconnectés, en premier lieu la poursuite de la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions sur le commerce international, outre les pressions continues sur les marchés de l’énergie et les prévisions de maintien du durcissement des politiques monétaires, lesquels sont des facteurs affectant le climat d’investissement et par conséquent, accentuer la difficulté de prospecter les perspectives économiques.
Ces évolutions imposent, selon les données présentées lors de cette séance, des défis supplémentaires aux économies liées aux marchés extérieurs, en raison de l’augmentation du degré d’incertitude concernant le coût de production et de financement et l’évolution de la demande mondiale, ce qui est de nature à rendre la préservation du rythme de l’activité économique tributaire de la capacité des entreprises à s’adapter aux mutations extérieures, ainsi que de la cohésion du tissu productif et de la diversification des sources de croissance.
Résilience relative malgré les pressions extérieures
Abdelhafidh a estimé, dans ce contexte, que la résilience dont a fait preuve l’économie tunisienne traduit la capacité de l’activité économique à poursuivre son fonctionnement dans un environnement international et régional difficile, malgré les pressions auxquelles sont confrontés les différents secteurs.
Il a également évoqué l’attachement de l’État à son rôle social, parallèlement à l’orientation vers l’appui aux entreprises publiques pour récupérer leur productivité et améliorer leurs performances, de manière à soutenir leur contribution à l’activité économique.
Le ministre a, dans le même contexte, souligné l’importance de la diversification relative de la base productive tunisienne dans la répartition des risques et la limitation de la dépendance de la croissance aux résultats d’un seul secteur, dans la mesure où la multiplicité des sources de valeur ajoutée peut contribuer à atténuer l’impact de la baisse enregistrée au niveau de certaines activités, à condition de réunir les conditions favorables pour assurer la continuité de la production et l’amélioration de la productivité.
Néanmoins, cette résilience relative ne cache pas la persistance de facteurs de vulnérabilité, selon Abdelhafidh, d’autant plus que l’économie nationale demeure exposée aux répercussions des crises extérieures et à la grande sensibilité de certaines activités aux fluctuations de la demande internationale et des coûts énergétiques, outre les défis liés aux ressources hydrauliques et à l’électricité, ce qui fait du renforcement de la capacité d’adaptation et de l’amélioration du climat d’investissement des enjeux fondamentaux pour soutenir la croissance et préserver la stabilité de l’activité économique.
La demande extérieure un facteur essentiel du développement de l’activité économique
Au niveau des échanges commerciaux, le ministre de l’Économie et de la Planification a indiqué que la demande extérieure dédiée à la Tunisie, notamment en provenance de l’Union européenne, premier partenaire commercial du pays, poursuit son évolution, selon les statistiques de l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives, qui prévoit une croissance au niveau des échanges commerciaux.
L’évolution de la demande extérieure constitue un facteur important pour soutenir les activités d’exportation, la production industrielle et les services liés aux marchés internationaux, au vu de l’importance du partenariat commercial avec l’Union européenne dans le système économique tunisien.
La préservation de la compétitivité des entreprises exportatrices reste également un élément essentiel pour tirer profit de l’évolution des échanges, face à la concurrence internationale et aux fluctuations des coûts de production, de transport et de financement.
Cet nouvel donne revêt une importance particulière dans un contexte mondial caractérisé par le ralentissement de certaines activités et l’accroissement des risques géopolitiques, dans la mesure où le maintien de la demande sur les produits et services tunisiens peut constituer un appui fondamental à l’activité économique, sans que cela ne signifie nécessairement la disparition des pressions extérieures ou la garantie d’une amélioration équilibrée des performances des différents secteurs.
Les perspectives de la croissance entre les indicateurs enregistrés et les défis de la conjoncture économique
S’agissant des perspectives de croissance, le ministre de l’Économie a estimé que le maintien d’une prévision de taux de croissance de l’ordre de 3,3 % pour l’année 2026, telle qu’inscrite dans les estimations du budget de l’État, nécessite de prendre en considération les évolutions internationales, régionales et nationales, en particulier les retombées de la crise énergétique, mettant en garde sur le fait que la conservation de cette hypothèse sans révision à la lumière des développements pourrait induire une image ne reflétant pas fidèlement la réalité des performances économiques.
Le ministre s’est appuyé dans cette évaluation sur les résultats préliminaires enregistrés, au cours de la première moitié de l’année, qui ont fait apparaître une croissance de 2,6 % au cours du premier trimestre et de 2,3 % au cours du deuxième trimestre, soit un taux de croissance moyen de 2,4 % durant le premier semestre de l’année 2026.
Ces indicateurs traduisent, selon les données disponibles, l’existence d’un écart entre l’hypothèse de croissance retenue dans les estimations budgétaires et le rythme effectif enregistré au cours du premier semestre de l’année, ce qui fait ressortir l’importance de l’actualisation des prévisions économiques à la lumière de l’évolution des indicateurs conjoncturels et de l’ampleur de l’impact des chocs extérieurs sur la production, l’investissement et la demande.
Abdelhafidh a également fait remarquer que les résultats du deuxième trimestre demeurent préliminaires et que les performances du troisième trimestre pourraient être affectées à leur tour par les difficultés enregistrées durant la saison estivale, notamment la crise de l’eau et de l’électricité, compte tenu de leurs répercussions potentielles sur la continuité de la production et l’activité des entreprises dans plusieurs secteurs.
Ces données montrent que la trajectoire de la croissance au cours de l’année 2026 ne se détermine pas uniquement par l’évolution de la demande extérieure, mais reste aussi influencée par la capacité de l’économie à surmonter les obstacles internes qui entravent la production, à optimiser l’exploitation des ressources, à garantir un approvisionnement régulier en énergie et en eau, ainsi qu’à maintenir le rythme de l’investissement.
Diversification de la base productive, facteur de la répartition des risques
Lors de sa présentation de la contribution des secteurs économiques à la croissance, le ministre de l’Économie et de la Planification a souligné que la diversification relative du tissu productif a contribué à répartir les risques et à diversifier les sources de croissance, malgré la persistance des disparités entre les performances des différents secteurs.
Cette diversification revêt une importance capitale pour limiter l’impact des chocs sectoriels, étant donné que la régression de l’activité dans un domaine précis peut être partiellement compensée par de meilleurs résultats dans d’autres activités.
Cependant, la valorisation de cet atout demeure liée à la capacité des secteurs à améliorer leur productivité, à renforcer leur complémentarité et à développer leur contribution à la valeur ajoutée, à l’emploi et aux exportations.
La disparité des performances entre les secteurs fait appel en outre à la nécessité d’évaluer la contribution de chaque activité à la croissance et d’identifier les facteurs qui freinent l’expansion de la production et de l’investissement, afin de permettre l’orientation des politiques économiques vers les activités capables de créer une plus forte valeur ajoutée et d’améliorer la compétitivité de l’économie nationale.
Dans ce cadre, le soutien aux entreprises publiques pour récupérer leur productivité représente l’un des axes évoqués par le ministre, dans la mesure où l’amélioration de leurs performances est de nature à soutenir la continuité des services et de la production et à contribuer au renforcement de la dynamique de l’activité économique, parallèlement à la poursuite de la mise en œuvre des orientations du plan de développement.
Exécution du plan de développement et renforcement de la capacité d’adaptation
Abdelhafidh a insisté sur l’importance d’engager la réalisation des dispositions du plan de développement, dans un contexte exigeant la transformation des orientations annoncées en procédures et projets concrets susceptibles de soutenir l’activité économique et d’améliorer la rentabilité de l’investissement.
L’importance de cette étape apparaît à la lumière de la multiplicité des pressions auxquelles fait face l’économie nationale, dans la mesure où le renforcement de la résilience économique exige l’amélioration de la capacité des entreprises à faire face aux fluctuations des marchés, le développement de la base productive, la réduction des goulots d’asphyxie qui affectent la continuité de l’activité, outre le soutien aux entreprises publiques et le renforcement de leur rôle économique et social.
De plus, la persistance de l’incertitude à l’échelle internationale rend nécessaire l’adoption d’estimations économiques réalistes et actuelles, afin d’aider à évaluer les ressources et les capacités disponibles et à fixer les priorités, tout en veillant à l’équilibre entre les exigences de la croissance et maintien du rôle social de l’État.



