La capitale russe Moscou s’apprête à accueillir le 3ème sommet Russie-Afrique, avec la participation de délégations de plus de 30 pays et de plus de 200 journalistes et représentants de médias africains, dont l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP), dans le cadre d’un programme lancé vendredi 23 octobre.

Les travaux du Sommet s’articulent, selon les orientations de Moscou, autour des objectifs du renforcement de la coopération économique entre la Russie et les pays africains, à l’instar des domaines du commerce, de l’investissement, de l’infrastructure, de l’énergie, de la technologie et de l’enseignement.

Moscou parie, dans ce cadre, sur l’entente avec les médias africains dans le cadre des activités liées au sommet pour développer des relations de partenariats et de les diversifier avec le continent noir.

Le programme dédié aux représentants des médias africains, s’est axé dans ce cadre, sur des visites à certains monuments historiques et culturels à Moscou, notamment le Kermlin et son Hall principal et la place rouge, de manière à permettre aux participants de prendre connaissance d’une partie du patrimoine russe.

Ces activités s’inscrivent dans le cadre de la démarche russe visant à mobiliser la diplomatie culturelle et la communication avec les médias au service du renforcement des relations avec les pays africains.

Dans ce sens, Maxime Orechkine, vice-président de l’administration russe chargé des affaires de la coopération financières et économiques, a fait observer que l’approche russe repose sur ” la recherche de solutions pour chaque pays africain répondant à ses besoins et respectant ses spécificités et sa souveraineté.

Il a évoqué mardi, lors d’une conférence de presse en marge du Forum d’information préparatoire du sommet russo-africain “, la possibilité d’organiser des visites à des pays africains pour examiner les moyens susceptibles de réaliser des projets et des partenariats tangibles”.

Cette déclaration faisait suite aux questions de plusieurs journalistes et représentants de médias africains concernant les perspectives de la coopération entre la Russie et les pays du continent, compte tenu de la diversité de leurs situations économiques, politiques et sécuritaires.

Le responsable russe a souligné que l’Afrique demeurait l’une des régions du monde connaissant la croissance la plus soutenue, estimant que la Russie la considérait comme un partenaire naturel sur les plans économique et commercial.

Il a, également, mis en avant l’intérêt de tirer profit de l’expérience russe en matière de souveraineté numérique, dans le contexte des sanctions imposées à son pays par les États occidentaux.

Les deux précédents sommets, organisés à Sotchi en 2019 et à Saint-Pétersbourg en 2023, avaient permis de mettre en place un cadre institutionnel pour le partenariat entre la Russie et l’Afrique, à travers la « Déclaration de Sotchi » et un forum de partenariat appelé à se tenir tous les trois ans.

Ces rencontres avaient, par ailleurs, débouché sur la signature de 92 accords et mémorandums d’entente lors du sommet de 2019, pour une valeur totale estimée à près de mille milliards de roubles, puis de 161 accords lors de celui de 2023. Ce dernier avait également donné lieu à l’adoption d’un plan d’action comportant 181 mesures, selon les informations publiées sur le site du sommet.

Les données commerciales disponibles et celles de l’Institut de l’Afrique de l’Académie des sciences font état d’une progression des échanges entre la Russie et l’Afrique, dont la valeur a atteint environ 27,8 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 13 % par rapport à 2024.

Ces échanges restent toutefois marqués par un déséquilibre commercial prononcé. En 2024, les exportations russes vers l’Afrique se sont élevées à 24,3 milliards de dollars, contre des importations de 3,5 milliards de dollars, soit un rapport d’environ sept pour un.

Par ailleurs, les pays africains ne représentaient que 3,9 % du commerce extérieur total de la Russie, selon les données des douanes russes.

Les produits agricoles occupent une place centrale dans les exportations russes vers le continent. Le blé, l’orge et le maïs ont ainsi représenté, à eux seuls, 87 % de la valeur des approvisionnements alimentaires russes destinés à l’Afrique en 2024.

Les livraisons de blé russe aux pays africains ont atteint 21,2 millions de tonnes, au cours de la campagne 2023-2024, soit 38 % des exportations totales russes de cette céréale durant la même période, selon les données du centre Agroexport et des estimations d’analystes relayées par l’agence Interfax.

En contrepartie, les importations russes en provenance d’Afrique comprennent notamment du café, du cacao, du tabac et des fruits tropicaux, même si la valeur et la composition des échanges varient considérablement d’un pays à l’autre.

Moscou ambitionne de porter le volume de ses échanges commerciaux avec le continent à un niveau compris entre 50 et 60 milliards de dollars à l’horizon 2030, selon des prévisions annoncées en 2024 par le vice-ministre russe du Développement économique.

Plus largement, la Russie cherche à élargir ses relations internationales et à atténuer les conséquences des sanctions et des pressions occidentales qui lui sont imposées en raison de la guerre en Ukraine, en nouant de nouveaux partenariats et alliances.

Elle considère également ses relations avec les pays africains comme un moyen de promouvoir un ordre international multipolaire et de limiter la domination d’une seule puissance sur les relations politiques et économiques internationales.

Ces partenariats pourraient permettre à la Russie d’élargir son accès aux marchés africains, de consolider ses intérêts économiques et stratégiques et de développer des projets communs dans les domaines des ressources naturelles, de l’énergie et des infrastructures, ainsi que dans ceux de la sécurité alimentaire et de l’approvisionnement en céréales et en engrais.

La concrétisation de ces ambitions reste néanmoins tributaire de la capacité des deux parties à diversifier les produits échangés, à améliorer les infrastructures logistiques et les mécanismes d’échange, ainsi qu’à renforcer les investissements et les partenariats productifs.

Les exportations russes vers les pays africains sont essentiellement constituées de produits agricoles, notamment de blé, ainsi que d’engrais.

Selon les estimations figurant dans le texte source, le blé russe couvrirait environ 30 % des besoins africains en cette céréale. Ces exportations demeurent par ailleurs concentrées sur un nombre limité de marchés, l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et l’Afrique du Sud absorbant conjointement près de 70 % des volumes exportés vers le continent.

À noter que Moscou accueille également, parallèlement aux préparatifs du troisième sommet Russie-Afrique, le huitième sommet du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), dont les travaux se déroulent du 25 au 27 octobre 2026.

Les réunions de ce forum portent notamment sur l’évolution et les perspectives du marché mondial du gaz, la sécurité énergétique et la stabilité des approvisionnements.

Le rapport « Perspectives mondiales du gaz 2055 » figure également parmi les principaux sujets à l’ordre du jour.