Des siècles d’histoire commune, un héritage andalou encore visible et des relations économiques désormais structurées : le partenariat entre la Tunisie et l’Espagne s’inscrit dans une continuité rare en Méditerranée occidentale.
Les relations entre Tunis et Madrid ne commencent pas avec la diplomatie contemporaine. Elles plongent leurs racines dans les circulations antiques entre Carthage et la péninsule Ibérique, puis dans les rivalités du XVIe siècle entre l’Espagne des Habsbourg et l’Empire ottoman autour du contrôle de Tunis.
Mais l’héritage le plus durable est probablement celui des Morisques expulsés d’Espagne entre 1609 et 1614. Le corpus évoque l’installation de près de 80 000 Andalous en Tunisie. Leur présence aurait profondément marqué plusieurs villes du Nord, notamment Testour, Soliman, Zaghouan et Tebourba, tout en contribuant au développement de l’irrigation, de l’arboriculture, de l’artisanat de la chéchia et de la tradition musicale du malouf.
1995, le tournant institutionnel
Cette proximité historique acquiert une dimension politique structurée au milieu des années 1990. Le Traité de Bon Voisinage, d’Amitié et de Coopération, signé en 1995 selon le corpus, constitue l’un des principaux cadres du dialogue bilatéral.
La même année voit le lancement du Processus de Barcelone et la signature de l’Accord d’Association entre la Tunisie et l’Union européenne. L’Espagne devient ainsi non seulement un partenaire bilatéral, mais aussi un interlocuteur de la Tunisie dans l’espace euro-méditerranéen.
Les deux pays coopèrent également dans plusieurs enceintes régionales, notamment le Dialogue 5+5 et l’Union pour la Méditerranée. Le corpus souligne des convergences autour du multilatéralisme, du droit international et de la stabilité de la région.
Une relation devenue économique
Le commerce et l’investissement donnent aujourd’hui une dimension plus concrète à cette relation. Selon les données rassemblées dans le document, l’Espagne occuperait le quatrième rang parmi les clients de la Tunisie et le quatrième rang parmi ses investisseurs étrangers.
L’huile d’olive constitue l’un des liens commerciaux majeurs : le corpus présente l’Espagne comme le premier débouché mondial de l’huile tunisienne. Les échanges comprennent également des composants automobiles et électriques, le textile, les produits de la mer et les dérivés phosphatés, tandis que la Tunisie importe notamment des équipements industriels, des produits chimiques, du fer, de l’acier et des composants électroniques.
La présence entrepreneuriale espagnole est également significative, même si le document fournit deux chiffres différents — environ 72 puis 77 entreprises ou filiales.
De nouveaux terrains de coopération
Au-delà du commerce, plusieurs domaines apparaissent comme des relais possibles du partenariat : énergies renouvelables, gestion de l’eau, dessalement, industrie automobile, technologies et co-localisation industrielle.
La relation hispano-tunisienne repose ainsi sur trois étages complémentaires : une mémoire historique profonde, une architecture diplomatique construite depuis les années 1990 et des intérêts économiques convergents. Son enjeu est désormais de transformer cette proximité ancienne en projets économiques et euro-méditerranéens mesurables.
Chiffres clés
- Près de 80 000 Morisques accueillis en Tunisie selon le corpus.
- 1995 : année du Traité de Bon Voisinage et du Processus de Barcelone.
- 4e rang attribué à l’Espagne parmi les clients de la Tunisie.
- 4e rang attribué à l’Espagne parmi les investisseurs étrangers
- 72 à 77 entreprises ou filiales espagnoles selon deux passages divergents du corpus.



