Le groupe jordanien indépendant de rock “JadaL” a attiré un large public lors de la 11ème édition des Journées Musicales de Carthage (JMC), témoignant de l’ancrage de la musique alternative dans les goûts de la jeunesse arabe.

La formation, qui fusionne le rock occidental et les rythmes orientaux chantés en dialecte jordanien, a donné deux concerts consécutifs à guichets fermés. À la suite des nombreuses demandes exprimées sur les réseaux sociaux, les organisateurs du festival ont dû programmer une seconde date, initialement non prévue, pour répondre à l’intérêt manifesté par les admirateurs du groupe.

Le groupe tisse des liens particuliers avec la Tunisie depuis sa participation aux JMC en 2023, qui avait donné lieu à l’enregistrement d’un album live sorti en 2024.

Dans un entretien avec l’agence TAP, le fondateur de JadaL, auteur-compositeur-interprète, guitariste et producteur Mahmoud Radaideh, qui s’est produit en quatuor sur la scène du Théâtre de l’Opéra à la Cité de la culture, a exprimé sa gratitude envers le public tunisien et manifesté son souhait de se produire prochainement sur d’autres scènes historiques du pays, notamment au Festival International de Carthage.

Fondé en 2003, JadaL s’est imposé comme l’un des pionniers du rock arabophone à une époque où le genre était quasi absent de la scène régionale. Selon son leader, la musique alternative offre un espace d’expression essentiel pour les jeunes, qui y trouvent un écho à leurs propres expériences et à leurs questionnements personnels. Le processus de création chez ce musicien repose sur la transposition d’émotions intimes vers une dimension collective.

Le groupe s’est forgé une identité singulière en refusant les structures rythmiques conventionnelles et en maintenant le chant en dialecte jordanien, un choix linguistique assumé pour porter la culture locale à l’international. L’accès à la scène mondiale ne nécessite pas le renoncement aux spécificités régionales, mais passe plutôt par le développement d’un langage musical ancré dans son environnement d’origine, affirme le guitariste.

Après plusieurs années d’expérimentation, JadaL a sorti son premier opus en 2009, Arabic Rocks, marqué notamment par une reprise rock du classique “Ana kol ma gool ettouba” du chanteur égyptien disparu Abdelhalim Hafedh (Abdel Halim Hafez). Cet album a lancé le mouvement du “rock arabe”.

En près de 23 ans de carrière, la formation a enrichi sa discographie de cet album et de quatre autres opus studio. Son deuxième album, El Makina, sorti en 2012, a rencontré un immense succès public grâce à son titre éponyme et au morceau devenu culte Ana Bakhaf Min El Commitment. Il a été suivi en 2016 par Malyoun, un troisième opus qui inclut plusieurs de leurs plus grands hits comme Yumain O Leila.

Le quatrième album studio, La Tlou’ El Daw, sorti en 2021, explore de nouvelles sonorités rock tout en gardant l’identité indie propre au groupe. Enfin, début 2025, la formation a publié son tout dernier EP en date, Hami Barid, qui s’ajoute à l’album live enregistré à Tunis.

Malgré cette longévité, le fondateur et leader de JadaL estime que le groupe traverse une phase importante de diffusion tout en « préservant sa philosophie artistique ». Selon lui, JadaL n’a pas atteint le niveau de notoriété qu’il juge “dérangeant” ou susceptible de nuire à sa liberté créative.

La pérennité du projet repose avant tout sur la foi en cette expérience musicale et le plaisir de composer, plutôt que sur des impératifs financiers, souligne l’auteur-compositeur-interprète, qui mène parallèlement ses propres activités professionnelles.