Où créer demain une zone industrielle ? Quelle ville faut-il mieux connecter au réseau ferroviaire ? Où concentrer les nouveaux logements, les services publics et les investissements ? Derrière ces questions se prépare actuellement un document dont les effets pourraient concerner tous les Tunisiens : le troisième Schéma directeur d’aménagement du territoire.

Un plan d’aménagement du territoire peut sembler très éloigné des préoccupations quotidiennes. Pourtant, derrière ses cartes, ses diagnostics et ses scénarios se trouve une question beaucoup plus simple : dans quelle Tunisie voulons-nous vivre demain ?

La première phase de l’étude consacrée au troisième Schéma directeur d’aménagement du territoire national vient d’être présentée dans le cadre d’ateliers régionaux. Cette étape a notamment évalué les deux expériences précédentes, celles de 1985 et 2007, analysé les dynamiques territoriales tunisiennes et étudié plusieurs expériences internationales.

L’enjeu est désormais de préparer une vision territoriale adaptée aux transformations économiques, démographiques, environnementales et institutionnelles du pays.

Une carte du pays, mais surtout une carte des opportunités

L’aménagement du territoire ne consiste pas seulement à décider où construire.

Il cherche à organiser la relation entre les lieux où vivent les populations, ceux où se créent les emplois, les infrastructures qui les relient, les ressources disponibles et les équipements dont dépend la qualité de vie.

Pour une entreprise, la localisation d’une zone d’activités, d’une route ou d’une liaison ferroviaire peut modifier l’attractivité d’un territoire. Pour un ménage, les mêmes décisions peuvent déterminer le temps nécessaire pour rejoindre un emploi, un établissement de santé, une université ou un service public.

C’est pourquoi un schéma national d’aménagement est aussi un sujet économique et social.

Il pose une question essentielle : les investissements futurs contribueront-ils à réduire les distances et les inégalités territoriales, ou reproduiront-ils les déséquilibres existants ?

Pourquoi le Schéma directeur d’aménagement du territoire concerne-t-il directement les citoyens ?

Parce qu’il doit organiser à long terme la répartition des activités, infrastructures et grands équipements sur le territoire. Ses orientations peuvent donc influencer l’accès aux emplois, aux transports et aux services, ainsi que l’attractivité économique des régions et la gestion des ressources naturelles.

Le diagnostic met déjà en évidence des fractures

Les résultats rapportés de la première phase font apparaître plusieurs défis : persistance des disparités entre littoral et intérieur, difficultés de coordination entre planification territoriale et politiques sectorielles, pression sur les ressources hydriques, urbanisation, transition écologique, compétitivité économique et gouvernance territoriale.

Ce diagnostic donne au futur schéma une portée qui dépasse largement l’urbanisme.

Planifier une route sans penser aux bassins d’emploi, développer une ville sans anticiper ses besoins en eau, créer une zone économique sans connexion logistique suffisante ou concentrer les services dans des territoires déjà attractifs peut produire des effets pendant plusieurs décennies.

L’aménagement du territoire consiste précisément à essayer de mettre ces décisions en cohérence.

Le citoyen devrait donc regarder les cartes

Pour le citoyen, l’intérêt d’un SDAT n’est pas de connaître la terminologie des urbanistes. Il est de comprendre ce que les cartes et les arbitrages peuvent signifier pour son territoire.

Où seront renforcées les infrastructures ? Quels territoires pourront accueillir de nouvelles activités ? Comment les régions intérieures seront-elles connectées aux marchés et aux grands pôles économiques ? Comment intégrer la contrainte hydrique ? Comment accompagner l’expansion des villes sans aggraver la pression sur les ressources et les équipements ?

À ce stade, ces questions ne doivent pas être confondues avec des décisions déjà prises. La première phase constitue essentiellement un travail d’évaluation, de diagnostic et de comparaison. Les scénarios et choix futurs doivent encore être élaborés.

C’est précisément pour cette raison que le dossier mérite d’être suivi maintenant.

Du schéma à la réalité : le vrai test

La Tunisie ne part pas de zéro. Les travaux actuels évaluent justement les expériences précédentes et les difficultés rencontrées en matière de gouvernance et d’exécution.

Le véritable enjeu ne sera donc pas seulement la qualité du futur document, mais sa capacité à devenir un cadre de coordination des politiques publiques.

Car une carte, aussi ambitieuse soit-elle, ne crée ni route, ni emploi, ni investissement.

Elle peut en revanche déterminer une cohérence : celle qui permet de savoir où investir, pourquoi, dans quel ordre et au service de quel équilibre territorial.

Le troisième Schéma directeur pourrait ainsi devenir bien davantage qu’un document technique. À l’horizon 2050, il pose une question profondément citoyenne : quelle géographie des opportunités la Tunisie veut-elle construire pour la prochaine génération ?

Chiffres clés

  • 3e version du schéma national actuellement en préparation.
  • Les 2 versions précédentes évaluées dans la première phase sont celles de 1985 et 2007.
  • Le travail technique et les consultations doivent s’étendre sur 38 mois, selon les responsables du projet.
  • Les rencontres territoriales concernent les 5 régions/districts du nouveau découpage, tandis que l’horizon indiqué dans les documents préparatoires officiels est 2050.