Une opération de sensibilisation et de dépistage organisée au CHU Habib-Bourguiba de Sfax a conduit 33 personnes sur 101 testées à être orientées vers un suivi spécialisé. Un résultat significatif pour le dépistage, mais qui ne permet pas d’estimer la prévalence de la maladie d’Alzheimer à Sfax.

L’opération a mobilisé 25 neurologues des secteurs public et privé. Selon le bilan communiqué, 400 personnes ont été sensibilisées101 tests de mémoire ont été réalisés et 33 personnes ont présenté des signes justifiant une orientation vers un suivi spécialisé.

Le ratio est de 32,7 %, soit 33 personnes sur 101. Mais cette proportion doit être strictement replacée dans son contexte.

Un dépistage n’est pas une enquête de prévalence

Les personnes ayant passé les tests constituent une population sélectionnée, venue participer volontairement à une opération de dépistage. Elles ne forment donc pas un échantillon représentatif de la population de Sfax.

Il serait ainsi erroné d’affirmer que 32,7 % des habitants de Sfax sont atteints de la maladie d’Alzheimer, ou même qu’ils présentent des troubles cognitifs.

Autre distinction essentielle : les 33 personnes orientées ne correspondent pas à 33 diagnostics confirmés d’Alzheimer. Les tests ont révélé des signes suspects nécessitant des investigations complémentaires. Le diagnostic relève d’une évaluation médicale plus approfondie.

Une pression démographique appelée à augmenter

Le signal observé à Sfax intervient dans un contexte national où le nombre de personnes vivant avec une démence pourrait fortement progresser.

L’étude internationale Global Burden of Disease 2019 estimait à 95 059 le nombre de personnes vivant avec une démence en Tunisie en 2019. Elle en projette 329 849 en 2050.

Ces deux données n’ont pas le même statut : la première est une estimation statistique, la seconde une projection fondée sur un modèle.

Le dépistage de Sfax ne permet donc pas d’établir une nouvelle mesure nationale ou régionale. Il met surtout en évidence l’intérêt du repérage précoce et la nécessité de disposer de données épidémiologiques consolidées pour mesurer avec précision l’évolution des troubles cognitifs en Tunisie.