La hausse des cours du pétrole liée aux tensions autour du détroit d’Ormuz pourrait peser rapidement sur une économie tunisienne déjà fragilisée par un déficit énergétique élevé. Le principal risque ne vient pas d’une rupture directe des approvisionnements, mais d’un pétrole durablement cher, avec des effets sur la balance commerciale, le budget, l’inflation et les réserves en devises.
Le détroit d’Ormuz reste l’un des points les plus sensibles du marché mondial de l’énergie. Environ un cinquième de la consommation mondiale de pétrole et de produits liquides y transitait encore en 2024, selon l’Energy Information Administration américaine. Toute perturbation durable de cette route stratégique réduit l’offre disponible et renchérit les prix internationaux.
Pour la Tunisie, l’enjeu est d’autant plus important que sa dépendance énergétique s’est accentuée. À fin juin 2026, le taux d’indépendance énergétique est tombé à 34 %, contre 38 % un an auparavant, selon le ministère de l’Énergie. La production moyenne de pétrole brut a également reculé à environ 25.400 barils par jour.
Le premier canal de transmission est donc la facture extérieure. Sur les sept premiers mois de 2026, le déficit commercial énergétique tunisien a atteint 7,946 milliards de dinars, contre 6,037 milliards un an plus tôt, soit une hausse d’environ 31,6 %, selon l’INS.
Un Brent durablement proche de 90 dollars, ou au-delà, alourdirait encore cette facture. La Tunisie devrait mobiliser davantage de devises pour importer les mêmes volumes, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur la balance commerciale et les réserves de change.
Le deuxième risque concerne le budget de l’État. Les projections budgétaires pour 2026 ont été établies sur la base d’un pétrole nettement moins cher que les niveaux observés en août. Mais l’impact n’est pas mécanique : il dépend des volumes importés, du taux de change dollar-dinar et du niveau de compensation supporté par les finances publiques.
Si les prix intérieurs de l’énergie ne sont pas ajustés, une partie du choc est absorbée par le budget et les entreprises publiques. S’ils le sont, la hausse finit par se transmettre aux ménages et aux entreprises.
L’inflation constitue précisément le troisième canal. Elle s’établissait à 5,1 % en juillet 2026. Un pétrole cher peut renchérir le transport, la logistique, l’agriculture et la production industrielle, avant de se diffuser vers les prix des biens et services.
Trois scénarios se dessinent. Une normalisation rapide d’Ormuz limiterait le choc. Un Brent maintenu entre 85 et 100 dollars pendant plusieurs mois pèserait davantage sur les comptes extérieurs et le budget. Une perturbation prolongée accompagnée d’une hausse des produits raffinés serait le scénario le plus coûteux.
Pour la Tunisie, le principal indicateur à surveiller n’est donc pas seulement le niveau instantané du Brent. La durée du choc, l’évolution du dollar face au dinar et la facture énergétique mensuelle seront déterminantes. C’est à ce niveau qu’un conflit éloigné géographiquement peut devenir un problème macroéconomique national.
Les chiffres clés
- 88,58 dollars : cours du Brent observé le 17 août 2026.
- 63,3 dollars : hypothèse de Brent relayée pour le budget tunisien 2026.
- 7,946 milliards de dinars : déficit commercial énergétique tunisien à fin juillet 2026.
- +31,6 % : aggravation calculée du déficit énergétique sur un an.
- 34 % : taux d’indépendance énergétique à fin juin 2026.
- 25.400 barils/jour : production moyenne tunisienne de brut à fin juin.
- 5,1 % : inflation en juillet 2026.
- 20 millions de barils/jour : flux pétrolier moyen passant par Ormuz en 2024.


