PhosphateLa Tunisie amorce un tournant décisif pour son économie minière. Après plus d’une décennie de turbulences post-2011, le secteur du phosphate tente de panser ses plaies. Entre un rebond progressif des volumes, de nouvelles découvertes géologiques à Kasserine et l’intérêt marqué de partenaires internationaux, la filière retrouve des couleurs. Pourtant, le chemin vers une exploitation pleinement rentable et compétitive reste parsemé d’embûches structurelles et logistiques.

La décennie perdue et la lente reconstruction industrielle

Avant la révolution de 2011, la Tunisie s’imposait comme un acteur majeur du marché mondial avec une production annuelle d’environ 8 millions de tonnes de phosphate marchand. Les mouvements sociaux à répétition, les goulets d’étranglement logistiques et la baisse de régime chronique de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) ont lourdement pénalisé l’appareil productif.

Malgré tout, des signaux encourageants se manifestent. La production est passée de 2,9 millions de tonnes en 2023 à 3,04 millions en 2024, pour atteindre près de 3,9 millions de tonnes en 2025. Un progrès indéniable, même si le pays demeure loin de ses standards historiques. Les exportations, quant à elles, continuent d’afficher une volatilité marquée, comme en atteste le recul de 11,9 % sur un an enregistré durant les sept premiers mois de l’année 2026.

Gasaat et Kasserine : le potentiel géologique face à la réalité industrielle

Le projet Gasaat, opéré par la junior australienne PhosCo dans la région de Kasserine, illustre parfaitement ce renouveau. Les estimations font état de ressources minérales s’élevant à 166,6 millions de tonnes avec une teneur moyenne de 20,6 % en P2O5.

Néanmoins, les autorités et les analystes appellent à la prudence. Il s’agit de ressources géologiques et non de réserves exploitables à l’échelle commerciale. Le passage à la phase industrielle dépend de paramètres stricts : la maîtrise des coûts d’extraction, la disponibilité de l’eau, la modernisation des infrastructures de transport et la rentabilité financière face aux standards mondiaux. La licence actuelle demeure confinée à l’exploration, sans garantie d’un feu vert immédiat pour l’exploitation.

Entre ambitions publiques et souveraineté industrielle

Face à la complexité du terrain, les politiques publiques s’ajustent. Alors qu’un objectif ambitieux de 14 millions de tonnes annuelles avait été évoqué en mars 2025 pour l’horizon 2030, les trajectoires révisées en 2026 ciblent plutôt une fourchette de 9 à 9,4 millions de tonnes à plus long terme.

Parallèlement, la géopolitique des matières premières redessine les cartes. L’annonce d’un programme américain en 2026 visant à soutenir l’investissement privé transparent confirme la centralité du phosphate tunisien dans les chaînes d’approvisionnement mondiales des engrais. Pour Tunis, le véritable défi ne réside pas seulement dans l’extraction brute, mais dans la transformation locale en produits à haute valeur ajoutée, tels que l’acide phosphorique et les engrais élaborés, garantissant ainsi des retombées économiques pérennes.

EN BREF

  • Rebond productif : La production nationale de phosphate est passée de 2,9 millions de tonnes en 2023 à près de 3,9 millions en 2025.
  • Volatilité des exportations : Les ventes à l’étranger de la catégorie mines et dérivés ont reculé de 11,9 % sur un an au cours des sept premiers mois de 2026.
  • Potentiel à Kasserine : Le projet Gasaat, porté par PhosCo, évalue ses ressources géologiques à 166,6 millions de tonnes.
  • Révision des objectifs : Les projections de production à long terme ont été ajustées entre 9 et 9,4 millions de tonnes.
  • Enjeu de transformation : La priorité stratégique s’oriente vers la valorisation locale en acide phosphorique et en engrais finis.