Pétrole, Prix du Baril« L’économie tunisienne reste vulnérable en cas de choc externe de grande  ampleur, comme une hausse durable des prix mondiaux des hydrocarbures en lien avec le conflit au Moyen-Orient », estime le service économique de l’ambassade de France en Tunisie.

Connu pour être un fin observateur de la chose tunisienne, ce service évoque, dans une analyse fort intéressante, l’impact de la guerre irano-américano israélienne sur l’économie tunisienne et passe en revue, à cette fin, plusieurs scénarios. En voici de larges extraits.

La Tunisie risque de subir une dégradation de ses comptes extérieurs

Globalement, les auteurs de cette analyse estiment que « par sa dépendance croissante aux hydrocarbures importés, la Tunisie risque de subir une dégradation de ses comptes extérieurs en cas de hausse durable des prix mondiaux de l’énergie ».

Ils ajoutent qu’au moment où « sa consommation de produits pétroliers et de gaz naturel atteignent des niveaux historiquement élevés, et que son taux d’indépendance énergétique ne cesse de se dégrader depuis trois décennies jusqu’à tomber à 35% en 2025, la Tunisie a dû importer ces dernières années des volumes croissants d’hydrocarbures qui ont alourdi sa facture énergétique externe : environ  14 Milliards de dinars par an depuis 2022, soit 7% du PIB. Cette facture « représentait plus de la moitié du déficit commercial en 2025, ce qui accentue la vulnérabilité de la balance des paiements à un choc sur l es prix énergétiques ».

« L’économie tunisienne reste vulnérable en cas de choc externe de grande ampleur, portée par une dépendance croissante aux hydrocarbures importés. »

Les scénarios envisagés

L’analyse devait développer ensuite les scénarios envisagés, et ce,  sur « la base des volumes d’hydrocarbures (gaz naturel, pétrole brut et produits raffinés) importés en 2025

Les simulations concoctées, note l’analyse, montrent qu’un choc durable  aurait un impact significatif sur le solde courant, que l’on peut estimer entre 0,5 point de PIB (avec un baril à 80 dollars en moyenne sur l’année mais sans hausse de prix du gaz) et 2,5 points de PIB (avec un baril à 100 dollars et une hausse de 25% de la facture de gaz naturel) ; toutes choses égales par ailleurs, les réserves de change perdraient l’équivalent de 4 à 20 jours d’importations ».

Au rayon des solutions à apporter, l’analyse relève que « certains leviers pourraient être actionnés pour atténuer ces effets sur le niveau des réserves, comme une modération des importations de certains produits ou la mobilisation de nouveaux emprunts en devises ».

A contrario, relève l’analyse, « ces scenarios seraient aggravés par certains effets de second tour, tels qu’une dépréciation du dinar par rapport au dollar, suite au creusement du déficit courant et à la baisse des réserves, ou encore en cas de baisse des recettes touristiques en devises qui résulterait d’un ralentissement du tourisme international ».

« Avec un baril à 100 dollars, le déficit public pourrait bondir jusqu’à 9,1% du PIB, tandis que les réserves de change perdraient l’équivalent de 20 jours d’importations. »

Impact sur le déficit public

En raison du subventionnement par l’Etat des produits de base et de l’énergie, le déficit public pourrait se creuser en cas de hausse durable des prix de l’énergie et d’inflation importée.

« En effet, alors que la Loi de Finances 2026 est construite sur un prix annuel moyen du baril à 63 dollars , un dollar de hausse supplémentaire génère un coût budgétaire de 162 Millions de dinars par an,  soit 0,1 point de PIB.

En conséquence, poursuit l’analyse, un scénario de Brent à 80 dollars pendant une année entrainerait un surcoût de dépenses publiques de 1,5 point de PIB, le déficit public passant alors de 5,9% du PIB dons inclus (prévision de la Loi de finances) à 7,4% du PIB. Un scenario plus défavorable avec un  prix moyen annuel à 100 dollars pourrait porter le déficit public jusqu’à à 9,1% sans autres mesures correctives.

Au chapitre des panacées proposées pour contenir le déficit, l’analyse estime que « différentes mesures budgétaires pourraient réduire l’impact. Il s’agit entre autres d’une réduction temporaire du niveau de  subventions à l’énergie, de nouvelles mesures de consolidation portant sur les recettes ou les dépenses, ou encore un lissage pluriannuel du paiement des subventions de compensation aux entreprises publiques du secteur énergétique ».

Par ailleurs, une inflation des prix alimentaires  pèserait également sur les dépenses publiques via le système de subventions aux produits de de base.

« En Tunisie, chaque dollar de hausse du baril est une ponction directe de 162 millions de dinars sur le budget de l’État. »

Au Cas d’une crise prolongée, le problème se posera avec l’Algérie

Et pour être complet sur le sujet, l’analyse du service économique de l’ambassade de France fait remarquer qu’au cas d’une éventuelle paralysie des échanges de biens entre le Golfe persique et la Tunisie, « cette paralysie  n’aurait pas de conséquences  majeures directes. Les pays du Golfe ne représentent que 1,4% des exportations tunisiennes et 2,1% de ses importations en 2025, et ne lui fournissent pas de produits énergétiques ».

Par contre, l’économie tunisienne pourrait subir les effets logistiques et énergétiques de second tour d’une crise prolongée dans la mesure où la Tunisie dépend de son voisin l’Algérie pour son approvisionnement en gaz.  « En effet, la production d’électricité nationale repose à 94% sur le gaz naturel, dont les trois quarts sont importés d’Algérie ».

Abou SARRA

EN BREF

  • Indépendance énergétique : Chute à 35% d’ici 2025.
  • Facture pétrolière : 14 milliards de TND/an, soit 7% du PIB tunisien.
  • Risque budgétaire : +1$ sur le baril = 162 MDT de surcoût pour l’État.
  • Scénario noir : Un baril à 100$ porterait le déficit public à 9,1%.
  • Axe critique : Dépendance totale au gaz algérien pour 94% de l’électricité.