La guerre déclarée à l’Iran, depuis fin février 2026, ravive les inquiétudes non seulement sur les marchés énergétiques, mais, aussi, sur la sécurité hydrique dans le monde arabe, région structurellement pauvre en eau et dépendant de plus en plus d’infrastructures de dessalement. Une militarisation de l’eau potable et un élargissement du conflit à cette ressource vitale, seraient d’un effet dévastateur pour des millions d’habitants, selon des experts.
L’eau a été souvent associée aux conflits. En 2024, selon la base de données “Water Conflict Chronology du Pacific Institute”, environ 61 % des événements liés à l’eau impliquaient des attaques ciblées sur des infrastructures hydriques.
Pour Houcine Rhili, expert en développement et en gestion des ressources, “Il est tout à fait normal que la guerre ait un impact direct sur cette ressource, dans une région naturellement aride et déjà confrontée à une forte pénurie d’eau. Tous les pays du Golfe sont concernés”.
“Si le conflit venait à s’élargir et que des installations de dessalement en Arabie saoudite, premier fournisseur d’eau embouteillée pour plusieurs pays de la région du Golfe, étaient ciblées, les conséquences seraient particulièrement graves” estime Rhili, dans une déclaration à l’agence TAP.
“L’Arabie saoudite est le premier producteur au monde d’eau dessalée, avec une production d’environ 5,6 millions de m3 par jour. D’autres pays comme le Bahreïn, le Koweït ou encore le Qatar dépendent, également, fortement de la technologie de dessalement. “Un ciblage des infrastructures hydriques aurait, à cet effet, un impact dévastateur sur les ressources en eau en général, et plus particulièrement sur l’accès à l’eau potable”, insiste l’expert.
Le dessalement, pilier de la sécurité hydrique
Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA) figurent parmi les régions les plus pauvres en eau de la planète. Alors qu’elles abritent environ 6 % de la population mondiale, elles ne disposent que de moins de 2 % des ressources renouvelables en eau, selon la Banque mondiale. Douze pays de la région figurent parmi ceux qui disposent des ressources hydriques les plus limitées au monde, notamment l’Algérie, la Jordanie, la Libye, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Tunisie ou encore les Émirats arabes unis.
Dans la région MENA, la quantité d’eau disponible par habitant est d’environ 1 200 m³ par an, soit près de six fois moins que la moyenne mondiale estimée à environ 7 000 m³ par an. La situation devrait encore se détériorer dans les prochaines décennies, d’après la BM, car la quantité d’eau disponible par habitant pourrait être divisée par deux d’ici 2050, en raison de la croissance démographique et de l’augmentation de la demande. Dans ce contexte, les infrastructures hydriques représentent un élément vital pour la sécurité des populations.
“Même si l’enjeu principal de cette guerre semble être énergétique, il est clair que la question de l’eau est également centrale. Je crois que l’objectif, pour l’entité sioniste, ne se limite pas à l’énergie, mais vise, aussi, à redessiner la carte du Moyen-Orient, avec l’eau comme élément stratégique clé”, a, encore, lancé Rhili.
Face à la rareté des ressources hydriques naturelles, plusieurs pays de la région ont massivement investi dans le dessalement de l’eau de mer, devenu un pilier de leur sécurité hydrique. La région ne détient que 2 % des ressources mondiales en eau douce renouvelable, et 83 % de son territoire est confronté à une pénurie d’eau sévère. Selon les projections du “World Ressources Institute” (WRI), 100 % de la population pourrait être exposée à un stress hydrique aigu d’ici 2050.
Une étude publiée, le 12 janvier 2026, dans la revue scientifique “Nature”, indique que la région MENA représente 41,8 % de la capacité mondiale de dessalement en exploitation, avec environ 5 000 usines produisant 28,96 millions de mètres cubes d’eau par jour. Dans certains pays du Golfe, la dépendance à cette technologie est presque totale. Elle dépasse 80 % à 90 % dans certains pays.
Une région structurellement en pénurie
À ces tensions géopolitiques s’ajoutent les effets du changement climatique. Les experts prévoient une diminution des précipitations dans plusieurs régions du Moyen-Orient ainsi qu’une augmentation des températures et de l’évaporation. Selon les projections du “World Resources Institute” (WRI) basées sur l’outil “Aqueduct Water Risk Atlas”, d’ici 2050, un milliard de personnes.
supplémentaires devraient vivre sous un stress hydrique extrême, et dans la région Moyen_Orient – Afrique du Nord (MENA), 100 % de la population serait exposée à un stress hydrique aigu. De telles projections devraient stimuler des approches basées sur la sécurité de l’eau en tant qu’enjeu majeur de stabilité régionale.
La combinaison de la pénurie d’eau, de la croissance démographique, du réchauffement climatique et des conflits armés fait du Moyen-Orient, l’une des régions les plus vulnérables du monde sur le plan hydrique. Pour de nombreux analystes, le risque est désormais clair : si les ressources en eau ou les infrastructures hydriques deviennent des cibles directes du conflit, la région pourrait faire face à une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent.
interrogé sur les leçons à tirer pour la région d’Afrique du nord, Rhili tient à rappeler que “les pays arabes sont aujourd’hui en état d’alerte maximale en matière de ressources hydriques. Il est donc urgent de revoir en profondeur les politiques de gestion de l’eau, d’adopter de nouvelles approches, de mettre en place des cadres juridiques adaptés”.
“Les gouvernements devraient désormais considérer l’eau comme une richesse suprême, à préserver avec la plus grande vigilance et penser plus que jamais à la sécurité hydrique. Malheureusement, sur le plan national, les mentalités héritées, des années 1960 et 1970 dominent encore la gestion de l’eau aujourd’hui, et cela doit impérativement changer” conclut l’expert.


