
Points clés de la décision :
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Absence de délégation explicite : Le texte de l’IEEPA autorise le président à “réguler, diriger, annuler ou empêcher” les importations en cas d’urgence nationale, mais la Cour souligne l’absence totale des termes “tarifs”, “droits” ou “taxes”.
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Doctrine des “Questions Majeures” : La majorité (Roberts, Gorsuch, Barrett) a invoqué cette doctrine, stipulant que pour une décision d’une telle importance économique et politique, le Congrès doit s’exprimer avec une clarté absolue, ce qui n’est pas le cas ici.
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Conséquences opérationnelles immédiates : Les tarifs dits “de Libération” et les surtaxes appliquées au Mexique, au Canada et à la Chine sous couvert d’urgence migratoire ou de lutte contre le fentanyl sont suspendus. Le Bureau des douanes et de la protection des frontières (CBP) doit cesser les collectes liées à ces décrets.
Table de Sensibilité Stratégique
| Facteur de Risque | Impact Marché | Probabilité | Note d’Analyse |
| Remboursement des Droits | Élevé | Haute | Jusqu’à 175 milliards $ pourraient être restitués aux importateurs, dopant la liquidité des entreprises. |
| Représailles du Congrès | Moyen | Modérée | Possibilité d’une loi d’urgence pour légaliser rétroactivement certains tarifs. |
| Déflation Importée | Positif | Élevée | La levée des tarifs sur les biens de consommation devrait réduire l’IPC de 0,2% à 0,4% d’ici fin 2026. |
| Pivots Stratégiques (Sec. 232) | Faible | Basse | Les tarifs sur l’acier et l’aluminium restent le “dernier rempart” protectionniste légal. |
Le mur des tarifs s’effondre : Une leçon de droit constitutionnel
La doctrine du “tarifs à volonté” vient de se heurter violemment au marbre de la Cour suprême. En invalidant l’usage détourné de l’IEEPA, les neuf juges n’ont pas seulement tranché un litige commercial ; ils ont rappelé à l’exécutif que le bureau ovale n’est pas une chambre d’enregistrement fiscale. L’administration Trump avait parié sur une lecture élastique d’une loi d’urgence de 1977 pour contourner un Congrès réticent. La Cour a sifflé la fin de la récréation constitutionnelle.
L’illusion de la régulation par le prix
L’argument gouvernemental tenait sur un fil sémantique : “réguler” l’importation signifierait pouvoir la taxer. La Cour a balayé cette audace linguistique. Taxer est une fonction législative par excellence. En imposant des tarifs ayant généré 133,5 milliards $ en moins d’un an, l’administration a agi comme un législateur de facto. Pour l’économie américaine, cette décision est une bouffée d’oxygène. Les modèles du Tax Foundation suggèrent que ces tarifs auraient amputé le PIB de 0,3% à long terme. En les supprimant, la Cour offre paradoxalement un stimulus fiscal inespéré au moment où la croissance commençait à s’essouffler sous le poids des coûts d’importation.
Le chaos des remboursements
La victoire judiciaire des importateurs, menés par Learning Resources, Inc., ouvre désormais une boîte de Pandore comptable. Qui sera remboursé ? Et comment ? Environ 60% des revenus douaniers totaux des États-Unis en 2025 provenaient de ces tarifs désormais caducs. Le Trésor américain fait face à une obligation de restitution potentielle de 175 milliards $. C’est un choc pour les finances publiques, mais un signal fort envoyé aux partenaires commerciaux : les États-Unis reviennent, bon gré mal gré, vers un cadre prévisible régi par la loi, et non par le décret matinal.
Vers une nouvelle guérilla commerciale
Il serait toutefois naïf de croire au retour définitif du libre-échange. Si la porte de l’IEEPA est verrouillée, celle de la Section 232 (sécurité nationale) et de la Section 301 (pratiques déloyales) reste entrouverte. L’administration a déjà promis de “nouvelles stratégies légales”. Cependant, le message de la Cour est clair : toute nouvelle offensive tarifaire devra être chirurgicale, documentée et, surtout, validée par une base légale qui ne laisse aucune place à l’interprétation créative. Le protectionnisme américain n’est pas mort, mais il vient de perdre son arme la plus polyvalente.
EN BREF
- Décision Historique : Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a invalidé par 6 voix contre 3 les tarifs douaniers massifs imposés par l’administration via l’IEEPA (International Emergency Economic Powers Act).
- Limitation du Pouvoir Exécutif : La Cour juge que le pouvoir de “réguler l’importation” ne confère pas le droit de lever des taxes (tarifs), une prérogative strictement réservée au Congrès par l’Article I de la Constitution.
- Impact Budgétaire : Environ 133,5 milliards $ de recettes douanières perçues depuis 2025 sont désormais jugées illégales, ouvrant la voie à des demandes de remboursement massives.
- Périmètre de la Décision : Si les tarifs “réciproques” et ceux liés à l’immigration sont annulés, les tarifs de la “Section 232” (acier, aluminium, défense) restent en vigueur car fondés sur une autre base légale.
- Réaction des Marchés : Accueil positif bien que prudent, les investisseurs anticipant une baisse des pressions inflationnistes mais redoutant une nouvelle riposte législative ou exécutive.


