L’abattoir breton Tilly-Sabco a deux mois pour trouver un repreneur

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à Guerlesquin (ouest de la France) (Photo : Damien Meyer)

[30/09/2014 13:48:22] Guerlesquin (France) (AFP) La justice a laissé un dernier espoir mardi aux 326 salariés de l’abattoir de volailles breton Tilly-Sabco, en lui offrant la possibilité de trouver un repreneur d’ici deux mois.

Le tribunal de commerce de Brest a placé l’entreprise de Guerlesquin (Finistère) en liquidation judiciaire tout en l’autorisant à poursuivre son activité jusqu’au 30 novembre. Il a pris acte du financement de la poursuite d’activité et du paiement des salaires jusqu’au 30 octobre et imposé à l’administrateur de lui fournir les éléments assurant le financement de la poursuite d’activité jusqu’au 30 novembre.

Le délai accordé, conformément au souhait du PDG de Tilly-Sabco Daniel Sauvaget, vise à permettre à l’entreprise de voir émerger un projet de reprise “le plus abouti possible, afin de préserver le maximum d’emplois”, selon Tilly-Sabco.

“On n’a rien de plus que ce que l’on espérait”, a réagi une salariée de l’entreprise, Marie-Annick Plusquellec, interrogée au terme d’une rencontre avec la direction et les représentants du personnel dans les locaux de l’abattoir et visant a informer les salariés du jugement rendu. “Je suis confiante, il y aura un repreneur”, a-t-elle poursuivi, expliquant avoir vécu d’autres dépôts de bilan dans l’entreprise, ou elle a assuré travailler depuis 34 ans.

“Moralement, c’est très, très dur parce que ça dure depuis longtemps. Pour autant, on a demandé deux mois et on les a eus, on va donc aller jusqu’aux deux mois et laisser la possibilité a toute personne intéressée de faire une offre” de reprise, a témoigné de son coté Corinne Nicole, deleguee CGT de l’entreprise.

“A partir de ce matin, on peut considérer qu’il y a appel officiel à reprise, mais il ne faut surtout pas qu’une déclaration freine les ardeurs de tel ou tel repreneur”, a indiqué Daniel Sauvaget a la presse au terme de la rencontre, refusant d’en dire davantage sur d’éventuels repreneurs.

“Je pense qu’on a de vrais facteurs clé de succès a faire valoir, que ce soit l’outil, le personnel ou la capacité de production qui nous entoure avec une vraie tradition de production”, a-t-il souligné, estimant que les éventuels repreneurs devront de leur coté apporter la preuve de “la qualité” de leur projet et de leur “capacité financière”.

Daniel Sauvaget avait annoncé la semaine dernière à ses salariés sous le choc l’état de cessation de paiement de l’entreprise, qui n’a pas réussi à conduire à son terme le plan de continuation en cours.

L’entreprise emploie 326 personnes, mais fait également travailler quelque 1.000 autres personnes, en amont ou en aval de la filière (éleveurs, accouveurs, céréaliers, transporteurs…)

Les difficultés de Tilly-Sabco, dont 80% de la production était destinée au Moyen-Orient – principalement à la péninsule arabique -, remontent à la suppression en 2013 des aides européennes à l’exportation pour les poulets congelés, qui soutenaient la filière à hauteur de 55 millions d’euros par an.

Tilly-Sabco et Doux, qui vient de sortir d’une longue période de redressement judiciaire, étaient les derniers en Europe à recevoir ces subventions, qui leur permettaient de supporter le différentiel de compétitivité avec le Brésil, leur principal concurrent.

Doux a assuré début septembre “n’être plus vulnérable”. Le groupe “est rentable et suit son plan de continuation comme prévu”, avait affirmé un porte-parole à l’AFP.

Malgré les 15 millions d’euros dégagés par la France fin 2013 pour aider la filière, les difficultés de Tilly ont pris un tour critique cet été quand Nutréa (filiale de la coopérative bretonne Triskalia), principal fournisseur de poussins pour les éleveurs qui envoient leurs poulets à l’abattoir, a cessé de les livrer faute d’assurances de paiement, compte tenu des difficultés de la filière.

Finalement, Tilly-Sabco a pu maintenir une activité réduite en septembre grâce à l’apport de 450.000 poulets par semaine à l’abattoir, soit deux jours de travail hebdomadaires.