La Bourse de Tokyo s’envole, les exportateurs ravis du dollar à 100 yens

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à Tokyo (Photo : Yoshikazu Tsuno)

[10/05/2013 07:13:30] TOKYO (AFP) La Bourse de Tokyo s’est envolée vendredi grâce à la montée du dollar au-dessus des 100 yens, un phénomène qui dégage l’horizon de l’économie japonaise cinq mois après l’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe.

A la clôture, l’indice Nikkei 225 des valeurs vedettes a bondi de 2,93%, ou 416,06 points, à 14.607,54 points, tiré aussi par l’envolée d’actions d’entreprises bénéficiant d’informations de bon augure.

Le Nikkei a clôturé ainsi à son plus haut niveau depuis plus de 5 ans, après un gain de quelque 60% en six mois.

Les investisseurs saluaient la poursuite de la dépréciation du yen, qui a franchi une nouvelle étape jeudi avec la montée du dollar au-delà des 100 yens à New York, une première depuis plus de quatre ans.

Le mouvement s’est poursuivi à Tokyo et vendredi vers 06H00 GMT, le dollar cotait 101,02 yens, contre 100,55 yens jeudi à 21H00 GMT.

“Le franchissement des 100 yens par le dollar n’a pas surpris, mais l’impact n’en est pas moins très positif pour l’économie japonaise à court terme”, a expliqué à l’AFP Masamichi Adachi, économiste à la banque d’affaires JP Morgan.

La dépréciation du yen élève la compétitivité des produits nippons à l’étranger et augmente la valeur des revenus des groupes japonais encaissés hors de l’archipel, une fois convertis en yens.

“Même s’il y a quelques effets négatifs pour les importateurs, ils seront plus que compensés par la revitalisation des exportateurs”, a souligné M. Adachi. D’autant que les grands groupes nippons font souvent les deux, achetant des matières premières pour vendre des produits finis.

Les géants japonais des secteurs phares de l’automobile et de l’électronique se plaignaient depuis des années de la vigueur de la monnaie nippone, considérée comme une valeur refuge par les investisseurs par temps économique difficile.

Le yen avait débuté son ascension lors de la crise financière internationale de 2008-2009 et l’avait accentuée en raison d’inquiétudes pour la stabilité de la zone euro. Le dollar avait chuté jusqu’à 75,32 yens le 31 octobre 2011, son plus faible niveau depuis la Seconde guerre mondiale.

Mais le yen s’est déprécié de façon rapide après la dissolution de la chambre des députés japonaise en novembre dernier et les promesses du champion de la droite (alors dans l’opposition), Shinzo Abe, de pousser la banque centrale du Japon (BoJ) à amplifier sa politique d’assouplissement monétaire.

Cette dévaluation de fait de la monnaie nippone s’est accélérée après la victoire aux élections législatives du parti de M. Abe qui est redevenu Premier ministre fin décembre.

La chute du yen a certes son revers de la médaille: une hausse de la facture énergétique, malvenue dans un Japon post-Fukushima quasi-privé de réacteurs nucléaires.

Mais “le Japon est une économie qui importe des ressources et exporte des biens manufacturés”, rappelle M. Kanayama. “Si les exportateurs améliorent leurs performances, les acheteurs d’hydrocarbures, par exemple les compagnies d’électricité, pourront augmenter leurs tarifs pour répondre au renchérissement de l’énergie”.

Le recul de la devise nippone a alimenté le spectre d’une guerre des monnaies et plusieurs pays, à l’instar des Etats-Unis début avril, ont appelé Tokyo à ne pas se lancer dans une “course à la dévaluation”.

Mais le gouvernement nippon et la BoJ maintiennent que l’affaiblissement du yen n’est pas l’objet mais une simple conséquence de l’assouplissement monétaire. “La politique monétaire vise à sortir de la déflation” qui entrave la troisième puissance économique mondiale, a martelé le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga. “C’est une évidence que notre politique est en bonne voie.”