Russie : Setchine, allié de Poutine, veut faire de Rosneft une major pétrolière

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ège de la compagnie à Moscou, face au Kremlin (Photo : Dmitry Kostyukov)

[29/07/2012 12:14:11] MOSCOU (AFP) Igor Setchine, un proche du président russe Vladimir Poutine, est en passe de créer un géant du pétrole si Rosneft parvient à acquérir 50% de TNK-BP, un pas de plus dans sa volonté de transformer le numéro un du pétrole russe qu’il dirige en une major internationale.

Le groupe public Rosneft a annoncé cette semaine qu’il convoitait la part du géant pétrolier BP dans la coentreprise TNK-BP, détenue à parité par le britannique et le consortium russe AAR.

Englué dans un confit d’actionnaires avec ses partenaires russes, BP a en effet indiqué être prêt à vendre sa part.

Un rachat de cette participation “serait une concrétisation du désir de Setchine d’augmenter la taille et le poids de Rosneft en Russie, de même que de transformer éventuellement la compagnie en un acteur international majeur”, a déclaré Maria Eguikiane d’Alfa Bank.

Créé en 2003, TNK-BP est le troisième plus gros producteur de pétrole en Russie, et l’un des plus beaux actifs de BP, représentant environ un quart de la production mondiale du britannique.

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ée du groupe TNK-BP à Moscou (Photo : Natalia Kolesnikova)

Pour nombre d’analystes, cette volonté de montée en puissance de Rosneft est liée “au besoin de remplacer les sites peu chers et traditionnels de production de gaz et de pétrole par d’autres gisements offshore bien plus coûteux et situés dans des lieux bien plus éloignés”, a déclaré l’analyste de Renaissance Capital, Idler Davletchine, au quotidien Vedomosti.

Rosneft contrôle environ un cinquième de la production pétrolière russe et certaines des réserves de l’Arctique, les plus convoitées au monde mais qui sont bien plus difficiles à exploiter que les champs traditionnels.

Et le groupe souffre toujours d’un retard technologique d’envergure. Une récente étude publique a d’ailleurs indiqué que la production en Russie pourrait commencer à chuter dès 2025 si des mesures ne sont pas prises.

Face à ce besoin criant d’investissements, d’expertise et de technologies de la part de grands groupes étrangers, la réponse de Rosneft ne s’est pas fait attendre: le groupe a signé en quelques mois trois alliances stratégiques avec des géants mondiaux (l’italien Eni, le norvégien Statoil, et l’américain Exxonmobil).

Et derrière cette stratégie du groupe, un homme: l’ex-vice Premier ministre chargé pendant des années de superviser le secteur énergétique, Igor Setchine. Il a été nommé en mai à la tête de Rosneft.

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à Moscou le 19 janvier 2009 (Photo : Alexander Nemenov)

Cet allié de longue date de M. Poutine, dont il avait fait connaissance dans les années 1990 à Saint-Pétersbourg (nord-ouest), avait déjà été président du conseil d’administration du groupe russe, un géant édifié dans des circonstances controversées sur les ruines de son concurrent Ioukos, propriété de l’oligarque emprisonné Mikhaïl Khodorkovski. Mais il avait dû en démissionner en avril 2011.

Désormais, les projets de Rosneft dépendront surtout de sa capacité à s’entendre avec AAR, qui regroupe les milliardaires Mikhaïl Fridman, Viktor Vekselberg, Len Blavatnik et Guerman Khan.

Le consortium était parvenu à faire bloquer par la justice en 2011 un projet d’alliance entre BP et Rosneft pour exploiter en commun une région dans l’Arctique russe, arguant que BP avait violé le pacte d’actionnaires de TNK-BP, qui prévoit que le britannique réalise tous ses projets en Russie et en Ukraine via la coentreprise.

Néanmoins, cette semaine, un actionnaire d’AAR a indiqué que le consortium ne voyait “aucun problème majeur” à cette éventuelle alliance. AAR mène cependant également des négociations avec BP pour lui racheter sa part.

Un bémol toutefois: l’agence de notation financière Standard and Poor’s (SP) a mis en garde Rosneft contre cette transaction, qui pourrait affaiblir son profil de risque financier. La part de BP dans TNK-BP est en effet évaluée à environ 30 milliards de dollars, alors que la dette de Rosneft est actuellement de près de 25 milliards de dollars.