Grâce au plan d’aide, la Grèce s’offre un répit mais doit encore convaincre

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éveloppant les initiales du FMI en “Terroristes internationaux légaux” à Athènes le 23 avril 2010 (Photo : Louisa Gouliamaki)

[23/04/2010 16:17:37] PARIS (AFP) Acculée vendredi à demander l’aide de l’Union européenne et du FMI pour faire face à sa dette, la Grèce devrait obtenir un sursis, mais il lui faudra se montrer crédible dans son plan d’assainissement budgétaire pour retrouver la confiance des marchés, estiment des économistes.

Cette aide, qui s’échelonne sur trois ans, prévoit pour 2010 le déblocage par les pays de la zone euro d’un prêt de 30 milliards d’euros à un taux d’environ 5% et par le Fonds monétaire international (FMI) d’environ 15 milliards.

Le traitement de cette demande se fera “d’une façon rapide”, a assuré vendredi un porte-parole de la Commission européenne. Selon le ministre grec des Finances, elle devrait être débloquée “sous quelques jours”.

Mais dans l’après-midi, la chancelière allemande Angela Merkel a posé ses conditions, affirmant que la Grèce ne recevrait d’aide financière que si “la stabilité de l’euro dans son ensemble” était menacée et si Athènes présentait “un programme d’économies crédible”.

Les marchés obligataires semblaient d’ailleurs douter vendredi de la concrétisation rapide du plan. Après s’être fortement assagis à la mi-journée, les taux d’intérêt à long terme que doit payer la Grèce pour financer sa dette sont repartis à la hausse en milieu de journée, non loin de leurs sommets.

“Il faut que l’argent soit sur la table pour que les marchés se rendent vraiment compte que la Grèce ne sera pas en défaut de paiement”, explique Jean-François Robin, stratégiste obligatoire chez Natixis.

Or, “les plans doivent encore être approuvés par les parlements, ce qui peut prendre des semaines”, prévient Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’université de Genève.

Pour plusieurs économistes, la perspective du déblocage de l’aide financière s’apparente pourtant à une “bouffée d’oxygène” pour la Grèce, dont la dette s’élève à près de 300 milliards d’euros.

Grâce à ce mécanisme d’aide, la Grèce aura “au moins un an de financement assuré devant elle”, relève Pierre-Olivier Beffy, chef économiste d’Exane.

Les montants prévus devraient en effet largement couvrir les 30 milliards d’euros que la Grèce doit rembourser d’ici la fin de l’année.

Ce serait “une pause dans les difficultés rencontrées par le pays en terme de refinancement, un délai supplémentaire pour améliorer sa situation budgétaire”, estime aussi Philippe Sabuco, spécialiste de l’Europe du Sud chez BNP Paribas.

La prochaine échéance d’Athènes sur les marchés est le remboursement d’une ligne de 8,5 milliards d’euros le 19 mai.

Si le plan est activé rapidement, le risque de défaut de paiement, c’est-à-dire l’incapacité de la Grèce à honorer sa dette, serait évité, au moins à court terme.

Cela laisserait au pays “le temps d’enrayer le dérapage de ses finances publiques”, juge Philippe Sabuco.

Car aux yeux des économistes, Athènes doit dès maintenant prouver aux investisseurs qu’elle est crédible dans sa volonté affichée de réduire ses déficits.

Jeudi, le déficit public grec a été revu à la hausse à 13,6%, selon des chiffres fournis par Eurostat, et il pourrait encore être réévalué, ce qui a créé une considérable tension sur l’euro et les marchés obligataires.

“La Grèce doit maintenant mettre en place son plan de rigueur: si ce plan est jugé crédible et qu’elle met effectivement en oeuvre des mesures drastiques, peut-être qu’elle redeviendra solvable d’ici quatre ou cinq ans”, avance M. Beffy.