Partenariat intermaghrébin : peut-on surmonter le gel ?

uma0512-1.jpgAvec
un marché estimé à près de 85 millions de consommateurs actuellement et à
120 millions en 2020, la coopération entre les pays maghrébins est encore au
dessous des aspirations qu’on lui voulait à la veille de la naissance de
l’Union du Maghreb Arabe. Les échanges intermaghrébins peinent encore à
atteindre un taux de croissance de 3% dans les meilleurs cas.

Pis encore, M. Habib Ben Yahia, secrétaire général de l’UMA, nous
apprend que « les exportations des pays maghrébins vers l’Union Européenne
représentent actuellement 51 fois les exportations intermaghrébines », et
ce lors d’une journée d’étude sur « le marché économique maghrébin :
Réalités et perspectives » organisée le 5 décembre 2008 à Tunis par l’Union
Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat et la fondation
allemande Konrad Adenauer. « C’est étrange que chacun de ces pays
investissent à l’étranger alors que les investissements intermaghrébins
demeurent encore très faibles », a affirmé M. Hédi Djilani, secrétaire
général de l’UTICA.

Indiquons que le FMI prévoit pour l’année 2009, un taux de croissance de
2,2% à l’échelle mondiale et moins de 0% pour les économies développées.
Pour les pays maghrébins, le FMI souligne qu’ils vont subir l’impact de la
récession de l’économie mondiale bien que l’impact des turbulences
financières soit moindre. Selon le rapport de la FMI, la complémentarité
maghrébine serait une nécessité pour faire face à cette situation alarmante.

En fait, le coût du non Maghreb pourrait se révéler très cher pour la
région. Les observateurs l’estime à deux points de perte au niveau du PIB de
chaque pays. D’ailleurs, une récente étude du Ministère marocain des
Finances rapporte que les économies des pays maghrébins pourraient ne pas
supporter ce coût, surtout avec le démantèlement des barrières tarifaires,
l’élargissement de l’UE et la libéralisation du secteur textile.

Et si on imaginait l’inverse ? « Plusieurs instituts de statistique et
des économistes estiment que la valeur ajoutée de la construction du Maghreb
Arabe s’élèverait à 2% au niveau du PIB, soit la création de 20 mille
emplois par an et l’augmentation de 10 fois du commerce extérieur », a
souligné le secrétaire général de l’UMA. Une telle situation permettra aux
pays de l’UMA d’être reconsidérés comme une entité homogène ayant un poids
économique incontestable.

Disons que depuis la création de l’UMA en 1989, 37 conventions ont été
ratifiées durant les premières années qui ont suivis, n’ayant pas de suite
jusqu’aujourd’hui. Des projets tels que l’autoroute maghrébine, le TGVM,
l’observatoire maghrébin des eaux n’ont pas encore vu le jour. Mais disons
que sur le plan financier, des pas sérieux sont en train d’être opérés pour
la mise en place de la Banque Maghrébine de l’investissement et du commerce
extérieur ayant un capital de 500 millions de dollars. Bien que sa
convention de création soit promulguée en 1991, elle n’a été ratifiée qu’en
2002 et le statut établi en 2006. Actuellement, seules la Tunisie et la
Libye ont identifiés un quart de leurs actionnaires pour 7,5 million de
dollars chacun. A ce niveau, la dynamique est opérée dans le secteur privé.
Plusieurs banques issues des pays de l’UMA se sont implantées conjointement
dans l’un ou l’autre pays voisin. A ne citer que l’exemple d’Attijariwafa
Bank qui s’est installée en Tunisie.

A voir de près, on s’aperçoit qu’un partenariat indirect existe bel et
bien entre les pays de l’UMA. Certains ont évoqué ironiquement l’économie
informelle très active à ce niveau. D’autres ont souligné le rôle des hommes
d’affaires dans la dynamisation des relations intermaghrébines. Pour le cas
de la Tunisie, certaines entreprises se sont implantées au Maroc, en Algérie
et en Libye et vice vers ça. Une dynamique qui saurait se renforcer si les
conventions précitées se concrétisent et la liberté de circulation des
personnes, des marchandises et des capitaux devienne une réalité. C’est à M.
Haj Fehri, homme d’affaires tunisien de commenter en disant que « nous
sommes d’accord sur l’objectif, le conflit est dans la stratégie ».