
Réunissant 39 œuvres, son exposition « Venezia e il Paese delle Meraviglie » (Venise et le Pays des Merveilles) a été présentée du samedi 3 au dimanche 25 octobre à la Galerie Saladin, à Sidi Bou Saïd. L’exposition qui s’est déroulée en présence de l’artiste, témoigne d’une démarche nourrie par ses deux cultures et par une recherche minutieuse de la couleur.
■Un parcours entre deux cultures
Née en Tunisie, l’artiste vit depuis plus de vingt ans à Venise, où elle a étudié à l’Académie des beaux-arts. Cette double appartenance traverse son travail, sans se limiter à un simple mélange de références. Les couleurs de son pays natal et l’environnement vénitien alimentent un langage plastique fondé sur la répétition des motifs, les compositions géométriques et l’abondance des détails.
Sa formation italienne a profondément marqué sa conception de la peinture, comme le décrit Lamia Bouzouita : « Le niveau de culture artistique reçu à l’Académie provoque un changement énorme. On y étudie l’histoire de l’art du début des temps jusqu’à l’art contemporain ».
La vie à Venise a également influencé sa perception des couleurs. Selon l’artiste, « les peintres vénitiens sont connus pour les couleurs, alors que les peintres florentins sont connus pour le dessin. Donc, probablement, le fait que je vive à Venise a influencé ma peinture à 360 degrés ».
Cette attention portée à la couleur s’accompagne d’un travail rigoureux sur les formes. Les points, les formes circulaires et les motifs répétés structurent ses compositions, donnant aux surfaces une densité qui témoigne de son goût pour les constructions géométriques et le travail du détail.
■Entre rigueur et instinct
L’exposition réunissait plusieurs séries explorant différentes facettes de cet univers. Dans les onze petites toiles consacrées à Alice, le célèbre personnage de Lewis Carroll évolue au milieu de formes géométriques et de compositions imaginaires. Loin d’une illustration littérale du conte, l’artiste s’approprie cette figure littéraire pour prolonger ses recherches sur le rêve, les motifs et la couleur.
La série « Fleurs » résonne avec ses souvenirs tunisiens, avec des références au bougainvillier, au jasmin et aux couleurs de la nature. Dans la série « Murano », les formes et les nuances s’inspirent du verre et des jeux de couleurs caractéristiques de l’artisanat vénitien. « Perdu dans le Carnaval » explore l’univers des masques et des costumes de la Sérénissime, le surnom historique de Venise. De son côté, la série « Ombre » se concentre sur les contrastes et les compositions géométriques.
Si ses toiles se distinguent par la précision, Lamia Bouzouita privilégie avant tout le ressenti dans son processus de création. « En toute sincérité, je peins ce que je sens. J’ai une idée d’un tableau, il en naît une autre (…) Je n’économise pas mes efforts, je ne choisis pas le chemin de la facilité », confie-t-elle.
La spontanéité du processus n’exclut pas l’exigence. Chaque composition repose sur un travail minutieux, où la répétition des formes et l’équilibre des couleurs occupent une place centrale. L’artiste décrit cette démarche comme une nécessité intérieure plutôt que comme l’application d’une technique préétablie. « Cela me vient naturellement. Ce n’est pas une recherche, je cherche un équilibre que j’ai à l’intérieur de moi-même et je le mets sur la toile », confie-t-elle à propos de son rapport à la couleur.
Cette démarche s’inscrit dans une vision de la peinture où la liberté du geste cohabite avec une construction réfléchie. Les motifs se multiplient, les couleurs se répondent et les références culturelles se croisent, sans enfermer les œuvres dans une interprétation unique.
Installée à Venise, Lamia Bouzouita fait dialoguer ses racines tunisiennes avec son environnement italien. Son travail se nourrit de cette circulation entre deux rives, de leurs histoires et de leurs sensibilités, tout en affirmant une identité picturale propre.
Pour découvrir Venise hors des itinéraires habituels, l’artiste livre une invitation qui résume son approche de la création : « Perds-toi dans Venise… et suis ton cœur ».


