
Si, par le passé, le pays a pu tirer son épingle du jeu face aux crises exogènes, à la faveur d’une croissance économique soutenue, la situation commence, ces dernières années, à s’exacerber et à devenir ingérable avec la succession des crises sur des périodes très courtes.
A preuve, depuis 2020, la Tunisie a subi de plein fouet les effets catastrophiques d’au moins cinq crises exogènes.
Des crises successives difficiles à contenir
Il y a eu la pandémie du Covid 19 qui a été particulièrement dramatique. Faute de disponibilité de vaccin dans les temps, cette pandémie a fait plus de 30 mille décès parmi les tunisiens. Elle a provoqué en plus des pénuries de toutes sortes de produits de consommation de première nécessité (sucre, café, médicaments…).
Il y a eu ensuite la guerre russo ukrainienne qui a perturbé, profondément, les chaines de valeur et d’approvisionnement mondiales (fabrication et distribution transfrontalières de matières premières et de produits de base). Son impact s’est fait sentir, particulièrement, au niveau du renchérissement à l’importation des prix des denrées alimentaires (céréales..) et des produits énergétiques (pétrole…), produits que la Tunisie importe en devises.
En 2022, la Tunisie a été confrontée à un embargo financier international de fait, suite au refus du Fonds monétaire international (FMI) d’accorder à la Tunisie des facilités de paiements de 1,9 milliard de dollars, décision suivie traditionnellement par les autres bailleurs de fonds et partenaires de la Tunisie. Notre pays a risqué de connaître un défaut de paiement n’eut été, à l’époque, l’apport des transferts des tunisiens résidents à l’étranger (TRE) et les recettes d’exportations générées par le tourisme et l’huile d’olive entre autres.
Au cours de cette période (2020-2026), la Tunisie a été, également, affectée par la survenance de manifestations extrêmes du réchauffement climatique : sécheresse hivernale, inondations …
Vient enfin la guerre qui fait rage actuellement entre l’Iran et l’alliance américano-sioniste. Ce conflit armé, qui dure, depuis plus de quatre semaines, risque par l’effet de ses répercussions d’impacter gravement la Tunisie. Cet impact sera perceptible à travers l’augmentation des prix de l’énergie et du transport international avec comme conséquence directe : la hausse des prix de tous les produits et services de consommation.
Pour le cas de la Tunisie, cet impact se traduira, d’après les experts, par des dépenses supplémentaires non budgétisées de 7 milliards de dinars environ et par d’éventuelles baisses des transferts des TRE, des exportations et des flux touristiques.
Des gouvernements désarmés face aux crises
Face à ces chocs exogènes, les six gouvernements qui se sont succédé durant la période 2020-2026 ont fait prévaloir une impuissance criante. Ils ont montré qu’ils n’avaient ni une vision, ni les compétences requises pour engager des réformes, ni les fonds nécessaires pour les mener à terme.
Pis, ces gouvernements dont les membres sont en majorité des cadres administratifs sans ancrage politique, ont brillé et brillent encore par leur mutisme et immobilisme, et ce, en dépit des larges marges de manœuvre qui leurs sont offertes en l’absence d’une opposition crédible.
Ils ont surtout cette fâcheuse tendance à ne pas communiquer avec les médias et à ne pas expliquer à l’opinion publique la capacité du pays à sortir des crises. Et pour cause, ils sont les plus habilités à informer le public dans la mesure où ils disposent des statistiques et chiffres les plus fiables et les plus crédibles sur la situation économique et financière du pays.
C’est pour dire que la situation économique du pays est le moins qu’on puisse dire inquiétante.
Des recettes pour atténuer l’impact
Ceci n’a pas empêché des think tanks et économistes du pays à proposer des recettes pour atténuer un tant soit peu l’impact de ce choc exogène (guerre d’Iran) sur l’économie du pays.
Mention spéciale pour une étude de qualité effectuée par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE). Intitulée « Guerre en Iran et impact sur l’économie tunisienne: l’analyse et les recommandations de l’IACE », cette étude a suggéré des pistes à explorer pour amortir l’impact de cette guerre.
Pour contenir l’impact négatif de cette guerre, l’étude recommande aux décisionnaires d’investir dans la constitution de stocks stratégiques, de soutenir les secteurs les plus exposés, de maîtriser la consommation énergétique, de diversifier les financements et de promouvoir les exportations (phosphate, huile d’olive…)…
Pour leur part, les économistes et représentants de la société civile (connect…) insistent sur l’enjeu de mettre à profit la pression exercée par cette guerre sur l’économie du pays pour accélérer les réformes en stand bye. Il s’agit entre autres d’une réduction drastique de la compensation laquelle doit profiter exclusivement à ceux qui en ont besoin et l’impulsion du nouvel moteur de croissance du pays, le développement des énergies renouvelables.
Yes you can
Pour la Connect (patronat), le gouvernement doit viser grand et porter, d’ici 2030, à 50%, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du pays contre 35% prévus initialement. A cette fin, le gouvernement peut instituer des incitations en vue d’encourager, à grande échelle, particuliers et entreprises à opter pour le solaire pour assurer leurs besoins en électricité.
Quant à nous, nous pensons que la réponse à cette nouvelle crise ne peut être uniquement conjoncturelle et à court terme. Elle doit être, de notre point de vue hautement stratégique. Le moment est plus que jamais le moment pour engager un débat national sur le dossiers des dépendances multisectorielles de l’étranger et des chocs exogènes.
La démarche à suivre serait d’explorer de nouvelles pistes à même d’aider la Tunisie à compter, dorénavant, sur elle-même, à valoriser ses propres ressources et à réaliser son autosuffisance dans tous les domaines. La Tunisie peut le faire, il suffit de le vouloir. Ce n’est pas une fatalité : Yes you can.
Abou SARRA
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EN BREF
- Alerte Devises : Un choc externe de 7 milliards $ anticipé à cause du conflit au Moyen-Orient.
- Financement Zéro : Suppression de tout crédit ou avance bancaire pour les produits non essentiels.
- Fonds Propres : Obligation pour les importateurs de couvrir 100% de la valeur des achats au préalable.
- Liste Ciblée : Une trentaine de catégories touchées (automobiles, cosmétiques, tech, textile).
- Dérogation Publique : L’État et les entreprises publiques conservent leur accès au financement classique.


