La situation des infrastructures culturelles, le retard de plusieurs projets et la suspension de certaines manifestations ont été au centre d’une séance plénière tenue vendredi par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), consacrée à l’audition de la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi.
Au total, onze questions orales ont été adressées à la ministre, portant notamment sur l’état des établissements culturels dans plusieurs régions, la création de nouveaux espaces, ainsi que la préservation et la valorisation des sites archéologiques.
Projets culturels en attente à Sfax et El Jem
Répondant aux députés, la ministre a indiqué que le projet de reconversion de l’église catholique de Sfax en Médiathèque, programmé depuis 2016, fait toujours l’objet de concertations en vue de finaliser les procédures techniques et foncières nécessaires à sa relance. Le projet, à l’arrêt depuis plusieurs années, a fait l’objet mardi d’une séance de travail présidée par la ministre, consacrée à sa relance.
Concernant la maison de la culture de Sfax-Ouest, “un terrain domanial d’environ 4.000 m² a été identifié”, en attendant la régularisation juridique préalable au lancement du projet.
S’agissant de la ville d’El Jem (Mahdia), elle a fait état de l’avancement des travaux d’entretien et d’aménagement des sites archéologiques, précisant qu’un projet de réhabilitation du musée archéologique, d’un coût estimé à 1,1 million de dinars, est en phase d’appel d’offres, avec un démarrage des travaux prévu en mai 2026.
Elle a également évoqué la complexité du statut foncier de certains terrains abritant des vestiges archéologiques en raison de l’enchevêtrement des propriétés, ajoutant que l’Institut national du patrimoine (INP) poursuit les opérations d’acquisition et de régularisation.
Dans le même cadre, un projet de fouilles nationales doit être lancé à El Jem à partir de mai 2026 afin d’identifier les vestiges archéologiques et de préciser le statut des terrains concernés.
Patrimoine et valorisation des sites
Pour les sites de Dougga et Djebba (Béja), la ministre a annoncé l’élaboration en cours d’un plan de protection et de mise en valeur du site de Dougga, ainsi que la création envisagée d’un centre d’interprétation dans sa partie nord, -ce site étant inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997-, sous réserve de mobilisation des financements nécessaires.
Elle a, par ailleurs, passé en revue les efforts de l’INP en matière d’inventaire et de préservation des monuments. Des études foncières ont été réalisées pour sept sites à Salakta (Mahdia) et El Alia (Bizerte), en vue de leur classement, en plus de travaux de restauration ayant concerné une partie du cimetière marin de Salakta ainsi que des sépultures découvertes à Chatt Ben Njima, endommagées par les récentes intempéries.
Manifestations culturelles et cadre juridique
La séance a également abordé la suspension de la quatrième édition des Journées d’Art Contemporain de Carthage (JACC). La ministre a précisé que cette manifestation n’est pas nécessairement annuelle et qu’une évaluation des éditions précédentes est en cours afin de définir une nouvelle orientation, tout en maintenant le soutien public.
Créée en 2018, cette manifestation à dimension arabe et africaine a connu trois éditions organisées à la Cité de la culture en 2018, 2019 et 2023.
Par ailleurs, la ministre a indiqué que le cadre juridique régissant l’exportation des œuvres d’art plastique est en cours de révision afin d’introduire davantage de flexibilité, tout en préservant les pièces à valeur patrimoniale.
Elle a ajouté que l’inventaire et la valorisation du fonds national d’art, qui compte plus de 13.000 œuvres constituées depuis les années 1960, constituent « une priorité ». Cette mission est assurée par la direction des arts plastiques et le Musée national d’art moderne et contemporain (Macam Tunis), à la Cité de la culture, qui abrite près de 3.500 œuvres.
Concernant l’examen du diplôme national de musique arabe, suspendu ces dernières années, la ministre a expliqué que cette situation est liée à l’inadaptation du cadre réglementaire datant de 2018, ajoutant que des solutions sont à l’étude pour en assurer la reprise.
Infrastructures et développement régional
Concernant la création de maisons de la culture dans les régions de l’intérieur, la ministre a indiqué que le département finalise les procédures administratives relatives à l’affectation de terrains, notamment pour un projet dans la délégation de Zaouiet Ksiba et Thrayet (Sousse), sur une superficie d’environ 5.000 m².
Les députés ont, de leur côté, soulevé plusieurs problématiques, notamment la protection du patrimoine contre les atteintes et les exploitations illégales, ainsi que les difficultés financières et logistiques rencontrées par certains festivals, à l’instar du Festival international de Boukornine (Ben Arous) et du Festival de la Vigne de Grombalia (Nabeul).
Ils ont également insisté sur la nécessité de renforcer l’action culturelle dans les zones rurales, notamment dans les régions de Sidi Bouzid, et de développer le tourisme culturel en tant que levier économique.
Vers une nouvelle stratégie culturelle
En réponse, la ministre a présenté les grandes lignes de la stratégie de son département, axée sur une approche globale visant à renforcer le rôle de la culture dans le développement, à moderniser la gestion du patrimoine à travers la numérisation et la recherche scientifique, et à promouvoir les industries culturelles et créatives (ICC).
Elle a également fait état de plus de 700 festivals organisés annuellement, dont environ 300 en été et plus de 34 à caractère international soutenus par l’État, ainsi que de plus d’un millier de manifestations culturelles appuyées à l’échelle nationale.


