
Des chiffres alarmants
Les résultats financiers de 2024 sont sans appel : une perte nette de 69,2 millions de dinars (contre 42 millions en 2023), un chiffre d’affaires en recul de plus de 30 millions de dinars et un résultat d’exploitation négatif de 27 millions de dinars. Ces données ne traduisent pas une « mauvaise année », mais une crise structurelle qui frappe au cœur de l’entreprise.
Une spirale de faillite
Comme le souligne Sammari, la mécanique est implacable : l’entreprise ne vend plus assez pour couvrir ses coûts, chaque unité de production génère des pertes, les dettes augmentent pour compenser les déficits d’exploitation et les charges financières s’alourdissent, aggravant encore les pertes. Ce cercle vicieux illustre un modèle économique épuisé, incapable de retrouver l’équilibre.
Un cas d’école du déclin des entreprises publiques
La sidérurgie tunisienne devient, selon Sammari, un exemple emblématique de l’échec de la gouvernance publique : absence de vision industrielle claire, faiblesse des mécanismes de gouvernance, coûts en inflation face à une compétitivité en chute libre et retard des réformes, désormais au seuil du danger. Le constat est brutal : maintenir le statu quo revient à subventionner un gouffre, sans perspective de redressement.
Un contexte macroéconomique aggravant
Cette crise ne survient pas dans un vide. L’économie tunisienne en 2024 est déjà fragilisée : la croissance du PIB réel peine à dépasser 2 %, freinée par une demande intérieure atone et un climat d’investissement incertain. L’inflation de 7% en 2024, de 5,3 en 2025 et de 5 % au mois de février 2026 continue à peser lourdement sur le pouvoir d’achat et sur les coûts de production. Le déficit budgétaire dépasse 6 % du PIB et la dette publique les 80 %, limitant la marge de manœuvre de l’État pour soutenir ses entreprises.
À cela s’ajoute un déficit courant persistant, alimenté par des importations énergétiques et industrielles coûteuses, et une faiblesse chronique des investissements directs étrangers, faute de réformes structurelles. Dans ce contexte, la sidérurgie tunisienne n’est pas seulement une entreprise en difficulté : elle devient le symbole d’un modèle économique national sous tension, où chaque retard de réforme accroît le risque systémique.
Les pistes de réforme
Pour éviter l’effondrement, Sammari propose des mesures radicales : restructuration financière et industrielle en profondeur, refonte du modèle économique, ouverture du capital ou intégration d’un partenaire stratégique, lien clair entre productivité et rémunération, et arrêt immédiat du financement des pertes. Ces recommandations s’inscrivent dans une logique de sauvetage urgent, où chaque mois de retard accroît le coût futur de l’intervention.
Le message de Sammari est sans détour :
« Soit un décision courageuse aujourd’hui, soit un effondrement coûteux demain que paieront tous les Tunisiens. »
La sidérurgie tunisienne, longtemps symbole de souveraineté industrielle, se trouve désormais au bord du précipice. Son avenir dépendra de la capacité des décideurs à transformer une crise en opportunité de réforme, dans un pays où l’équilibre macroéconomique est déjà précaire.
A.B.A


