L’exposition rétrospective « Émergence du corps », consacrée à l’artiste plasticien Habib Chebil (1936-2004), a été inaugurée samedi à la Maison des Arts du Belvédère. Elle réunit 26 œuvres issues du Fonds national des arts plastiques, présentées sous l’égide du ministère des Affaires culturelles, avec la collaboration de la Direction des arts plastiques et du Théâtre national tunisien.

Placée sous le commissariat du plasticien et historien de l’art Sami Ben Ameur, ancien élève et proche de l’artiste, l’exposition est visible du 28 mars au 26 avril 2026. Elle propose une lecture de l’œuvre de Chebil à la croisée de la peinture et du théâtre où le corps s’impose comme un espace de recherche plastique.

Évoquant cette rétrospective, Sami Ben Ameur souligne à l’agence TAP l’importance d’une exposition intervenant plus de vingt ans après la disparition du peintre. Pour lui, Chebil demeure une figure majeure de la modernité tunisienne. « Il ne s’agit pas seulement de montrer des œuvres, mais de restituer un parcours et une présence », confie-t-il.

Selon le commissaire, l’influence initiale de Nicolas de Staël – perceptible dans la gestion des masses à travers des œuvres telles que Composition bleue ou Hommage à un portrait – a constitué un point d’ancrage dont l’artiste s’est progressivement affranchi pour repenser les codes de l’École de Tunis.

À travers ce projet, Sami Ben Ameur entend remettre en lumière des œuvres du patrimoine national, précisant que, chez Chebil, « le corps se construit par la couleur et la lumière, dans un processus prolongeant le travail scénique ».

Parallèlement à son travail pictural, Chebil fonde en 1978 le « Théâtre du Triangle » où il explore une écriture scénique centrée sur le corps, la lumière et l’espace. Plusieurs figures du théâtre tunisien, dont Kamel Touati, Fethi Haddaoui et Lamine Nahdi, y ont été formées.

Il participe à de nombreuses expositions en Tunisie et à l’étranger et reçoit plusieurs distinctions, dont le Premier prix du Festival de la Francophonie à Québec en 1994. Son œuvre se distingue par le croisement entre peinture, théâtre et scénographie, et par une recherche constante sur la relation entre le corps, l’espace et le symbole.

La directrice de la galerie, Arbia Ayari, précise que l’accrochage comprend 20 œuvres conservées à la Bibliothèque nationale de Tunisie (BNT) et 6 provenant du Musée d’art moderne et contemporain (MACAM Tunis). Cette sélection s’inscrit dans un contexte de valorisation du patrimoine artistique national. Le Fonds national compte d’ailleurs plus de 13 000 œuvres constituées depuis les années 1960.

Une rencontre autour de l’artiste, accompagnée de la publication d’un catalogue, est prévue le 26 avril au Théâtre du 4e Art.

Le parcours de Habib Chebil est celui d’un intellectuel accompli. Né à Menzel Bourguiba, près de Bizerte, il se forme aux Écoles des Beaux-Arts de Nice (1956), de Tunis et de Paris. Enseignant dès 1964 à l’École des Beaux-Arts de Tunis ainsi qu’à l’Institut supérieur d’art dramatique (ISAD), il développe une approche singulière à la croisée des pratiques plastiques et scéniques.

Présent au vernissage, l’artiste irakien installé en Tunisie Samir Bayati décrit des œuvres « construites dans une économie de moyens, avec une dominante de tons sombres et une tension intérieure constante ». Il estime que la dimension théâtrale réside dans l’organisation du corps et de la lumière au sein de l’espace pictural.

Il relève également que « certaines surfaces portent encore les traces des conditions de conservation », regrettant l’absence de datation qui complique le suivi chronologique de l’évolution du travail.

Ces observations font écho au destin du Fonds national des arts plastiques dont une partie des œuvres a longtemps été conservée dans des conditions inadaptées au palais de Ksar Saïd, avant d’être redéployée vers les espaces aménagés de la BNT et les dépôts du MACAM Tunis, mieux équipés pour leur préservation.

par Fatma Chroudi