À l’heure où la Tunisie cherche à repositionner son tourisme sur des segments plus diversifiés et qualitatifs, le facteur humain demeure son talon d’Achille. Une formation de qualité mais en nombre insuffisant, une main-d’œuvre qualifiée sollicitée à l’international et une infrastructure hôtelière vieillissante pèsent lourdement sur le secteur : pénurie de personnel qualifié, vétusté des équipements, faible culture de service.
Kamel Gaies, directeur du produit touristique à l’ONTT, dresse un diagnostic sans détour et appelle à une réforme profonde.
La pénurie de main-d’œuvre dans le secteur touristique tunisien n’est pas un phénomène nouveau. Mais elle devient de plus en plus préoccupante à mesure que les attentes des clientèles, notamment internationales, évoluent. « Le problème est double », explique Kamel Gaies. « L’offre de formation répond peu aux besoins du marché, et les diplômés préfèrent partir à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe, attirés par des salaires plus attractifs. »
Résultat : les métiers de l’hôtellerie, de la restauration ou du guidage souffrent d’un manque criant de main-d’œuvre qualifiée. Les agences nationales de formation dans les métiers du tourisme forment près de 1 700 étudiants par an, alors que le besoin réel est bien supérieur. Près de 100 % de ces jeunes trouvent un emploi dès la fin de leur cursus, ce qui montre à quel point le marché est demandeur. « Il est temps de mettre en place un véritable plan d’expansion et de diversification de l’offre de formation », plaide Gaies.
Moderniser l’offre pour coller aux réalités du terrain
Face à cette urgence, des mesures concrètes sont en préparation pour adapter les formations aux besoins actuels. Objectif : mettre à niveau les contenus pédagogiques en intégrant des modules sur les langues étrangères, la digitalisation, le service client ou encore les pratiques durables.
« Nous voulons que les professionnels soient capables de répondre aux attentes d’une clientèle internationale exigeante. Cela suppose aussi de renforcer les moyens matériels et humains des centres de formation », insiste le directeur du produit touristique. L’ONTT collabore avec les écoles hôtelières et le ministère de l’Emploi pour relayer les besoins observés sur le terrain.
Changer la culture du service
Au-delà des formations techniques, il s’agit aussi de transformer la culture de l’accueil. «Être au service du client ne signifie pas être soumis, mais être compétent, disponible et à l’écoute. Cette dimension doit être intégrée dès la formation et valorisée dans le quotidien des établissements», insiste Gaies.
Revaloriser les métiers du tourisme suppose également d’améliorer les conditions de travail:
- salaires décents,
- stabilité,
- perspectives d’évolution,
- protection sociale…
Autant de leviers essentiels pour fidéliser les talents et restaurer l’attractivité du secteur.
Des infrastructures vieillissantes, un besoin urgent d’investissement
Le tourisme tunisien a subi de très mauvais coups depuis 2011, mais il résiste malgré une concurrence féroce d’autres destinations voisines. La vétusté des infrastructures reste un frein majeur.
De nombreux établissements hôteliers ou de restauration peinent à investir dans la rénovation de leur mobilier, de leur éclairage, de leur connectivité ou de leur accessibilité. «Nous encourageons les hôteliers à lancer des investissements essentiels pour rester performants», assure Kamel Gaies.
Tourisme durable : encore marginal, mais porteur d’avenir
Les inspections intègrent désormais un volet environnemental :
- usage rationnel de l’eau,
- recours aux énergies renouvelables,
- gestion des déchets.
Quelques établissements montrent la voie en installant des panneaux solaires ou en adoptant des systèmes d’économie d’eau, mais cela reste marginal.
« Il faut que la durabilité devienne une norme et non une exception. C’est une exigence à la fois environnementale et commerciale », affirme-t-il, en soulignant que la Tunisie dispose d’un fort potentiel dans ce domaine.
Vers un vrai partenariat public-privé
Enfin, la réussite du tourisme tunisien ne pourra reposer uniquement sur les politiques publiques. « Il est temps que les opérateurs privés assument leur rôle : former, investir, innover. De son côté, l’État est décidé à garantir un cadre stable, des incitations claires et une stratégie cohérente », conclut Kamel Gaies.
La refonte du modèle touristique tunisien passe par une synergie réelle entre l’État, les établissements de formation et les professionnels du secteur. Sans cela, les ambitions de diversification et de montée en gamme resteront lettre morte.
Par A.B.A
En bref
- Pénurie structurelle de main-d’œuvre qualifiée dans le tourisme tunisien.
- 1 700 étudiants formés/an, insuffisant face aux besoins du marché.
- Infrastructures vieillissantes : urgences en rénovation et modernisation.
- Tourisme durable : encore marginal mais appelé à devenir une norme.
- Nécessité d’une synergie public-privé pour relancer et diversifier le secteur.