La Tunisie frôlera la faillite si…

tunisie-youssef-chahed-conseil-m-lfg2017.jpg

14% du PIB et 46% du budget de l’Etat -rien que ça-, c’est ce que représente la masse salariale de la fonction publique en Tunisie, considérée comme la plus élevée au monde. Elle est d’autant plus dramatique dans un pays comme le nôtre en l’absence de discipline, de productivité et d’assiduité. Le FMI a déjà annoncé la couleur: aucune aide à la Tunisie si la masse salariale continue à grimper et que les prêt servent à la consommation et non à la création de richesses. Il est fort probable qu’il sera suivi par la Banque mondiale, la BEI, la BAD et tous les grands bailleurs de fonds internationaux de la Tunisie.

La croissance bat de l’aile: 1,5% dans le meilleur des cas pour cette année, a affirmé un responsable sis en haut de la pyramide de l’Etat, et la création de richesses est presque inexistante. D’ailleurs, à voir l’état des finances publiques, non seulement nous devrions choisir entre payer les salaires ou investir et créer des emplois mais pire, le choix se fera entre préserver les emplois ou mettre en chômage des milliers de Tunisiens. Ceci si les principaux intervenants sur les scènes politiques et socioéconomiques n’assument pas leurs responsabilités de patriotes et refusent de faire des concessions pour sauver le pays.

Vers un taux de 8,4% de déficit budgétaire

Disons-le brutalement: la Tunisie est au bord de la faillite! Et le jeune chef de gouvernement qu’est Youssef Chahed ne pourra pas, d’un coup de baguette magique, métamorphoser la situation dramatique dont la Tunisie souffre, ou y insuffler une relance économique impossible dans l’Etat actuel des choses. Il faudrait être Dieu pour le faire ou encore «itrab esskhoun» (la terre sacrée) dont a parlé le monsieur qui a dit non!

Les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 2011 lui ont légué des prêts «non-remboursables dans le contexte actuel et une gestion des finances publiques désastreuse. Chaque ministre, croyant bien faire, signant des conventions d’augmentation de salaires pour gagner la sympathie et l’approbation des syndicats au mépris des équilibres des finances publiques.

Pire, l’Etat recherche désespérément les 3 milliards de dinars projetés dans le cadre de la loi des Finances complémentaire pour 2016. Nous pourrions aussi y associer les 2,4 milliards qui manquent encore au budget de l’Etat prévu pour 2017. C’est dire à quel point la situation est critique, sans oublier le prêt qatari de 1,1 milliard de dinars tunisiens et qu’on ne peut considérer comme rééchelonné puisque les vis-à-vis qataris n’ont envoyé aucun écrit dans ce sens. A ce train-là, la Tunisie risque d’atteindre le taux de 8,4% de déficit budgétaire.

Sauver les petites bourses…

La masse salariale constitue une contrainte majeure et est au centre des négociations du gouvernement avec l’UGTT qui assure être prédisposée à consentir des sacrifices mais à condition que les travailleurs n’en soient pas les agneaux…

Le gouvernement estime, pour sa part, que ce qu’il a prévu dans le cadre du budget de l’Etat et de la loi des finances est de préserver les petites bourses. «Nous espérons arriver à convaincre l’UGTT de l’importance d’un gel des salaires sur deux ans et compenser les augmentations par la diminution des prélèvements des impôts qu’on ajouterait aux salaires. Ce qui pourrait préserver les classes démunies».

Le gouvernement prévoit également de s’attaquer aux forfaitaires et aux professions de libre pratique, de limiter l’évasion fiscale par la mise en place des «brigades» de police fiscale.

«Tout le monde est concerné par le sauvetage de la Tunisie, aussi bien les classes nanties, le secteur privé que les salariés. Nous ne nous comptons nullement nous acharner sur les plus pauvres, au contraire notre but est de les préserver, mais il ne s’agit pas de faire assumer à un seul pan de la société tunisienne le poids de grands sacrifices. Il y aura toutefois une taxe unique sur le capital».

Une révision constitutionnelle s’impose…

Reste les plaies oh combien douloureuses de la Tunisie post-14 janvier. Des blessures profondes dans l’économie nationale qui se sont transformées en «gangrène» touchant tous les organes de l’Etat et tous ses appareils y compris ceux sécuritaires et douaniers malheureusement: la corruption et les malversations. Un fléau que l’Etat n’arrive pas à combattre comme il se doit à cause d’un arsenal légal réduit au minimum à mauvais escient. Merci la Troïka et les rédacteurs d’une Constitution qui a fait que le ministère de la Justice, censé protéger l’Etat de droit, devienne impuissant face aux instances créées pour le fragiliser, et surtout à la politisation du corps de la magistrature. Une révision constitutionnelle s’impose aujourd’hui. Espérons qu’il y aura des députés assez patriotes pour l’oser.

La pseudo-révolution a produit un système judiciaire qui n’existe nulle part au monde. Celui où le parquet échappe au contrôle du ministère public alors que les juges d’instruction chargés d’appliquer la loi et conduire l’action pénale au nom des intérêts de la société et de l’Etat sont devenus les maîtres à bord. L’inspection sise au ministère de la Justice servirait-elle encore à quelque chose? Comment dans ce cas et en l’absence d’un Etat de droit assurer la justice et protéger et les contribuables et les investisseurs?

Un courtier… conseiller économique de Chahed

La tâche de Youssef Chahed ne sera pas facile surtout s’il n’accorde pas toute sa confiance aux hauts commis de l’Etat, ceux qui en maîtrisent les rouages, et s’il se laisse séduire par la logique de l’importation des compétences de l’international comme l’ont fait nombre de ses prédécesseurs. Lui a fait mieux, c’est un courtier ingénieur de l’Ecole centrale de Paris qui n’a jamais travaillé en Tunisie qui lui sert de conseiller économique. Et pourtant, des centraliens qui ont fait leurs armes en Tunisie, il y en a.

Monsieur le chef du gouvernement, la meilleure place d’un courtier, aussi brillant soit-il, c’est dans une salle de marché pour gérer des portefeuilles. La Tunisie n’est ni la Turquie, ni la Malaisie, ni la Russie, et pour la mettre au firmament des pays émergents, il faudrait d’abord arriver à la guérir de tous les maux dont elle souffre depuis plus de 30 ans et qui se sont accrus ces dernières années.

Peut-être que les compétences nationales, celles qui ont accompagné de près l’évolution des choses dans notre pays, peuvent être plus efficientes en ces temps très durs pour nous. Nos concitoyens brillantissimes occupant des hauts postes à l’international pourraient peut-être mieux servir notre pays en mobilisant toutes les bonnes volontés là où elles se trouvent. Après tout, comme le dit si bien ce slogan si bien de chez nous: «Ili fi a3nik hla, mouch ken min barra ja» (Il n’est pas dit que toutes les œuvres que vous appréciez viennent de l’au-delà des frontières nationales), bien qu’il s’agisse de nos compatriotes mais lorsqu’on quitte le pays pour 10 ou 20 ans, nous ne sommes pas censés le trouver comme nous l’avions laissé, d’où la difficulté à gérer ses affaires comme il se doit.

Quand est-ce qu’on comprendra que pour convaincre, gérer, intéresser, se faire accepter et diriger une administration, il faut l’avoir bien connue.

Bon courage monsieur le chef du gouvernement. Vous en avez vraiment besoin.