Cuba et le FMI, vers un nouveau chapitre?

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éricaines servant de taxis dans une rue de La Havane, le 19 décembre 2014 (Photo : Yamil Lage)

[30/01/2015 11:09:12] Washington (AFP) Jusqu’où ira l’ouverture de Cuba? Après avoir renoué avec les Etats-Unis, l’île communiste pourrait rompre davantage son isolement économique en se rapprochant du FMI, un autre de ses vieux ennemis, même si les obstacles ne manquent pas.

Le Fonds monétaire international n’a pas toujours eu bonne presse à La Havane, comme chez plusieurs de ses alliés sud-américains (Venezuela, Bolivie…) qui l’accusent d’être à la solde du “néo-libéralisme” économique.

L’ancien leader cubain Fidel Castro n’a jamais manqué une occasion de se dresser contre une institution “sinistre” et ses “conseils meurtriers”, allant jusqu’à appeler à sa “démolition” pure et simple au début des années 2000.

Sous son égide, Cuba est même devenu, en avril 1964, le seul pays au monde à avoir claqué la porte de l’institution, dont il était pourtant un des membres fondateurs. L’île a alors également rompu ses liens avec la Banque mondiale.

Résultat: Cuba fait aujourd’hui partie des rares pays, avec la Corée du Nord ou le Liechtenstein, à l’écart des deux institutions qui forment la clé de voûte du système financier international.

– Obstacles –

Le temps est toutefois au changement. Le “Lider Maximo” a tiré sa révérence, les liens économiques avec Washington se réchauffent et la nouvelle génération de dirigeants cubains semble moins hostile aux institutions de Bretton Woods, selon des experts.

“Les jeunes Cubains sont de plus en plus ouverts à l’idée de participer à l’économie mondiale, ce qui implique de normaliser les relations avec le FMI et la Banque mondiale”, assure à l’AFP Richard Feinberg, ancien conseiller du président Bill Clinton pour l’Amérique latine.

Asphyxié par l’embargo américain en vigueur depuis 1961, Cuba pourrait profiter d’une adhésion au FMI pour attirer des investisseurs et se préparer à l’ouverture au tourisme américain, aujourd’hui proscrit.

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écembre 2015 (Photo : Yamil Lage)

“Cela serait une bonne chose pour Cuba. Il n’y a tout simplement pas assez d’infrastructures aujourd’hui et il faut des milliards (de dollars) qui ne viendront pas d’un seul coup. Cuba doit être stable pour attirer des investisseurs”, explique à l’AFP Terry Maris, ancien directeur du Centre des études économiques cubaines.

Strictement encadrée, l’économie cubaine est actuellement à la peine avec une expansion de 1,3% en 2014, la plus faible depuis l’arrivée au pouvoir de Raul Castro en 2006. Ses indicateurs sociaux (éducation, santé…) sont toutefois “très hauts”, selon l’indice de développement humain de l’ONU.

Rejoindre le FMI ne sera pas chose aisée. Cuba devra soumettre une demande formelle d’adhésion, allouer des ressources à l’institution et accepter de “respecter les obligations qui incombent aux Etats membres”, détaille à l’AFP un porte-parole du Fonds.

En clair, La Havane devrait accepter de lever le voile sur une économie pour l’heure fermée et de se soumettre à des évaluations annuelles du FMI, au risque d’être tancée pour certaines de ses politiques. Le pays n’a, pour l’heure, pas fait connaître ses intentions sur le sujet.

“La question qui se pose est: sont-ils prêts à respecter les règles du jeu en rendant leur économie bien plus transparente et en acceptant de coopérer avec d’autres pays?”, relève pour l’AFP Carl Meacham, directeur du département Amérique au Center for Strategic International Studies (CSIS) de Washington.

– Attentisme –

Le FMI ne verrait, lui, pas d’un mauvais oeil l’arrivée de Cuba en son sein, qui lui permettrait de renforcer sa représentativité, mais reste toutefois dans une position attentiste.

“Nous attendons et nous regardons”, a récemment dit son directeur pour le continent américain, Alejandro Werner.

La position des Etats-Unis sera cruciale au FMI, où le pays détient un droit de veto et dont il est le premier actionnaire. Le département d’Etat américain se refuse pour l’heure “à spéculer” sur le sujet.

“Le chemin sera long”, assure à l’AFP Juan Triana, professeur à l’université de La Havane, selon qui les clés du développement cubain se trouvent plus à Washington qu’au FMI.

L’embargo et l’inscription de Cuba sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme constituent des “obstacles” qui empêcheront le Fonds ou la Banque mondiale “de faire quoi que ce soit” pour l’île, ajoute-t-il.