Bordeaux, Cognac : la Chine reste un grand marché qui n’inquiète pas les exportateurs

ce6e221ea34f1b58cab5f6a6597be47a05ff45b7.jpg
âteau Laulan-Ducos, un cru bordelais, le 29 mars 2013 à Jau-Dignac-et-Loirac (Photo : Jean-Pierre Muller)

[12/02/2014 19:21:01] Paris (AFP) Après une année mouvementée pour les vins et spiritueux français en Chine, due au contexte politique et à un litige commercial avec l’Europe, les professionnels restent confiants : ce marché reste une destination en croissance en cours de réorganisation.

Oui, c’est compliqué, résume le président de la Fédération des exportateurs de Vins et spiritueux (FEVS) Louis Fabrice Latour. Mais “n’oubliez pas que ce marché qui n’existait pas a augmenté de 1.200% en 12 ans. On rentre aujourd’hui dans une certaine normalisation”. Manière de dire qu’une baisse de 15% (sur 825 millions d’euros) en valeur des expéditions en 2013 ne mettra pas le feu aux cuves.

La lutte contre les signes extérieurs de richesse et les extravagances, synonymes de corruption, qui a touché directement les produits haut de gamme, a coûté cher au Cognac en 2013: chez Rémy Martin (groupe Rémy Cointreau), l’un de ses plus grands noms, les ventes ont dévissé de 32% au 3e trimestre. Spectaculaire. En valeur (2,35 milliards d’euros), l’élixir charentais représente à lui seul 67 % des exportations de spiritueux.

Simultanément les vins européens ont souffert d’un différend commercial entre Pékin et Bruxelles – la Chine a accusé l’Union Européenne de subventionner certains vins et ouvert une enquête anti-dumping, au moment où l’UE instaurait des taxes provisoires sur les panneaux photovoltaïques chinois.

Or les vins du Vieux continent, ce sont d’abord les vins français (50% du marché) et principalement des Bordeaux (60% des vins français): “On se sent pris en otage et doublement désarmé par un conflit commercial qui ne se joue même pas au niveau français”, confie Philippe Casteja, PDG de la Maison Borie Manoux et représentant du Bordelais à la Fédération.

Tout compris, les exportations françaises vers la Chine ont ployé de 12,5% en volume l’an passé touchant principalement les grands crus. Mais pas que: si les grands crus ont payé le prix de la lutte “anti-bling bling”, les vins plus sages, notamment, ceux du Languedoc, aussi: “Il y a moins de cadeaux mais aussi moins de banquets organisés”, note Antoine Leccia, PDG du groupe Advini – regroupement de maisons de vins du sud.

Le marché chinois pas encore mature

Mais en même temps, tous l’accordent, le marché démarre à peine avec des dizaines de millions de nouveaux consommateurs qui découvrent le vin et désormais le champagne. Quant au haut, très haut de gamme, “13 millions de milliardaires chinois, c’est l’équivalent de la population belge, Roi compris!” relève M. Casteja.

Pour lui “on assiste à un déplacement de la consommation et à une réorganisation de la distribution” : beaucoup de gens “qui n’avaient rien à y faire” ont accouru sur ce marché juteux en quête de gains rapides et sont en train aujourd’hui d’en sortir”, explique-t-il. “On a connu ça au Japon il y a 20 ans”, se souvient-il en citant une grande entreprise de pêche qui pensait pouvoir aussi s’occuper de vins – avant de se désengager.

“Désormais, on a un vrai système de distribution qui se met en place, on sort des marchés d?État et des canaux spéciaux de l’armée pour vendre aux consommateurs”. Ce qui se passe est “une pause, une respiration” affirme-t-il. “Le marché chinois n’est pas encore un marché mâture, mais il n’est plus un marché émergent. C’est un marché sophistiqué, en train de se construire”.

D’ailleurs, la Chine plante aussi pour développer sa filière: en 20 ans, partie de zéro, elle est devenue le 7è vignoble du monde avec 500.000 hectares, rappelle Nicolas Ozanam, délégué général de la fédération qui s’apprête à rencontrer sur place les 200 producteurs chinois.

Cette visite doit aussi permettre d’exprimer l’inquiétude de la filière, avant la venue fin mars du président chinois à Paris.

“On est dans une phase de dialogue. Nous comptons beaucoup sur cette visite”, avoue M. Latour. Et sur les 50 ans de diplomatie franco-chinoise pour faire avancer celle du vin.