Airbus épargné par EADS, mais les bureaux d’études toulousains s’inquiètent

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à Toulouse, le 26 mars 2013 (Photo : Remy Gabalda)

[13/12/2013 07:19:14] Toulouse (AFP) Airbus est épargné par le plan de 5.800 suppressions d’emplois annoncé lundi par sa maison-mère EADS dans la défense, l’espace et les fonctions centrales, mais la baisse d’activité des bureaux d’études inquiète syndicats et sous-traitants à Toulouse.

Les chiffres de 2.000 à plus de 3.000 suppressions d’emplois dans les trois ans en Midi-Pyrénées circulent parmi les PME du secteur et la CGT de l’aéronautique vient de tirer la sonnette d’alarme.

Le président de la Région Midi-Pyrénées Martin Malvy (PS) a annoncé mercredi qu’il était “préoccupé par (cette) baisse d’activité” et qu’il allait “demander au préfet de Région d’organiser une table ronde de tous les acteurs du secteur”.

“Selon les données du comité stratégique de filière régional, ces entreprises (ingénierie et bureaux d’études aéronautiques) représentent 20.000 emplois en Midi-Pyrénées”, rappelle-t-il.

Airbus connaît un succès commercial et industriel sans précédent après des efforts de développement de plusieurs dizaines de milliards d’euros depuis 2000 pour lancer l’A380, l’A350, l’avion de transport militaire A400 M, et dernièrement un A320 Néo remotorisé. L’entreprise reconnaît aujourd’hui que “la charge de travail des bureaux d’études va baisser en l’absence de nouveau programme”.

“Les principales victimes vont être les sous-traitants amont qui participent à la conception des avions”, s’inquiètent le syndicat CGT d’Airbus et ses sections des entreprises de services numériques.

“La moitié des emplois du secteur (travaillant pour Airbus) au niveau régional sont menacés”, lancent Xavier Petrachi responsable CGT d’Airbus et son camarade de Steria (service informatique) Franck Dilschneider.

Les deux cégétistes y voient le signe que “le nouvel EADS, avec son actionnariat +normal+, sacrifie l’avenir au présent, l’industrie aux dividendes”.

Jean-Pierre Guiraudies, délégué Force Ouvrière de Test et Services, une filiale d’EADS actuellement en vente, parle aussi de “3.000 postes en moins chez les sous-traitants” et déplore que l’entreprise ne fasse “que de la production et plus d’études pour des raisons de rentabilité, vu son objectif de marge de 10% en 2015”.

La présidente départementale de la CGPME Anouk Déqué, souvent critique à l’égard du donneur d’ordre, ne partage pas cependant l’analyse consistant à dire “Faites-nous un avion pour qu’on ait du travail!”

“Il faut tenir compte des cycles de développement et de production”, ajoute-t-elle. Un de ses proches, lui-même sous-traitant d’Airbus, estime que le chiffre de “3.000 suppressions d’emplois est vraisemblable” dans la mesure où le lancement d’un tout nouvel A320 ne viendra pas avant dix ans.

Amortir le choc

Tous deux misent sur une concertation avec Airbus pour amortir le choc.

La direction d’Airbus ne s’exprime pas, mais une source proche de l’entreprise relativise: “Le chiffre d’emplois correspondant en France à la baisse de charge des bureaux d’études est plus près de 2.000 que de 3.000, dont 70% en Midi-Pyrénées”, assure-t-on.

C’est 20 à 30% des 10.000 ingénieurs d’études – 5.000 chez Airbus, 5.000 chez les sous-traitants – qui développent en France les avions du groupe, ajoute-t-on, en assurant que “la baisse d’activité ne pèsera pas à 100% sur les sous-traitants, grâce aux départs naturels chez Airbus et au transfert de certains ingénieurs des études vers le suivi de production”.

La responsable du syndicat des cadres CFE-CGC à Airbus, Françoise Vallin, n’y croit guère car selon elle, “le reclassement solidaire chez Airbus d’une partie des salariés contraints de quitter Cassidian (défense) et Astrium (espace) devrait pousser à donner moins de travail à l’extérieur voire à rapatrier de la sous-traitance”.

Du côté de l’entreprise, on se dit pourtant déterminé à “éviter les heurts sociaux”. La Région, avec sa proposition de table ronde veut prendre les devants pour trouver les moyens “‘du maintien de compétences clés dont nous aurons besoin demain”.

Une des idées du comité stratégique de filière serait de permettre aux sous-traitants régionaux de “travailler à l’avance sur quelques +grands projets d’avenir+ tel l’avion du futur, avec l’aide financière de grands groupes comme Airbus”, rapporte un de ses membres.