La Poste : de nouvelles missions face à la chute du courrier

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égunc (Finistère) (Photo : Fred Tanneau)

[18/07/2013 10:09:18] Paris (AFP) Un facteur pour collecter des offres d’emploi, rendre visite aux personnes âgées et pourquoi pas un jour constater un dégât des eaux: La Poste compte aujourd’hui “une vingtaine de projets pilotes” pour étendre le champ d’activité de ses quelque 90.000 facteurs et contrer ainsi la chute du courrier.

Depuis plus d’un an, l’entreprise expérimente déjà la livraison de médicaments, le recyclage de papiers de bureaux ou encore le relevage des compteurs, des initiatives plus ou moins développées qui laissent pour l’heure les syndicats dubitatifs.

Le groupe a aussi commencé à doter ses facteurs de smartphones. Plus de 9.000 d’entre eux sont équipés (10%) et ils devraient tous l’être fin 2015, a indiqué à l’AFP le directeur général du courrier Nicolas Routier.

Avec cet outil, qui permet déjà d’effectuer de nouvelles tâches comme faire signer des recommandés aux clients, La Poste envisage d’utiliser une application baptisée “Digishoot” pour prendre des photos “horodatées géolocalisées, certifiées”.

“L’idée, c’est que nos facteurs pourront prendre des photos de confiance”, par exemple pour le compte d’assureurs lors de sinistres (dégâts des eaux ou accidents), ou encore pour signaler à la voirie la présence d’encombrants, de nids de poule ou d’arbres tombés sur les routes, explique le directeur du courrier.

Mais, souligne-t-il, il s’agit pour l’heure d’un “projet pilote” qui n’est “pas encore vendu”.

La Seine-et-Marne où tous les facteurs devraient être équipés de smartphones sous peu, servira de laboratoire pour tester ces services “à partir de l’automne”.

Toutes ces mesures visent à contrer la chute du courrier, qui aura atteint quelque 20% entre 2008 et 2013 et devrait se poursuivre d’ici 2018.

“Nous croyons beaucoup à l’avenir de notre réseau de facteurs”, explique Nicolas Routier. “Mais nous sommes aussi lucides et nous savons que les volumes de courrier reculent de 5 à 6% par an”.

“Donc nous avons un devoir d’innover et de lancer de nouvelles offres en s’appuyant sur nos facteurs que les Français aiment bien et qui forment un réseau de proximité assez unique”, dit-il.

Au total, l’entreprise, qui emploie quelque 240.000 personnes, compte “une vingtaine de projets pilotes”, explique Nicolas Routier, qui souligne avoir déjà recensé 150.000 occasions “où un facteur a fait quelque chose qui n’est pas du courrier”.

“C’est à la fois encore des montants relativement faibles, mais on n’est plus dans le marginal”, dit le responsable, notant “une vraie adhésion des facteurs” et “une vraie acceptation des clients”.

Les syndicats demandent à voir

Ces nouvelles activités interviennent pendant le temps de travail et ne font pas l’objet de rémunérations supplémentaires. Elles suscitent un certain scepticisme du côté des syndicats alors que La Poste, qui va changer de patron d’ici la rentrée, a perdu selon eux quelque 90.000 emplois en dix ans.

“Par rapport aux 13 milliards d’objets postaux distribués chaque année, c’est très marginal”, relève Claude Quinquis (CGT), pour qui “l’impact sur le chiffre d’affaires semble quand même très mince”.

Même sentiment pour Régis Blanchot (SUD), qui note que “La Poste communique beaucoup, alors que très concrètement c’est un peu le désert”.

Comme Jacques Dumans (FO) qui estime que “tous les marchés qui pourront développer l’activité du facteur sont bons à prendre”, Régis Blanchot estime que l’idée de trouver de nouvelles activités n’est “évidemment pas choquante”, la baisse du courrier ne pouvant être ignorée.

Mais, dit-il, cela nécessite de faire “un inventaire sur l’activité du facteur”. Car “ce n’est pas parce qu’il y a moins de lettres à distribuer qu’il y a moins de kilomètres à faire”, “une baisse de 5% du flux du courrier” n’étant pas forcément synonyme d'”une baisse de 5% de l’activité”.

Pour Régis Blanchot, la question qui se pose est aussi celle du “sens de l’activité”, évoquant par exemple une initiative en Dordogne où une personne perdant son chien pouvait solliciter les facteurs.

“Si nos facteurs ne sont pas convaincus que La Poste est légitime pour proposer une offre et pour leur faire faire, on y arrive pas”, souligne pour sa part Nicolas Routier.