Italie : soutenu par le Parlement et les marchés, Monti garde le cap malgré la grogne

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à Rome (Photo : Gabriel Bouys)

[28/01/2012 10:13:17] MILAN (Italie) (AFP) Fort d’une majorité toujours solide au Parlement et de l’atténuation de la pression des marchés financiers, le chef du gouvernement italien Mario Monti maintient le cap des réformes malgré de nombreux mouvements de protestation.

Arrivé au pouvoir à la mi-novembre avec une équipe de technocrates pour redresser le pays empêtré dans la crise de la dette, l’ex-commissaire européen, qui ne restera au gouvernement que jusqu’au printemps 2013, fin de la législature actuelle, poursuit son programme à marche forcée.

Après une nouvelle cure de rigueur en décembre et un vaste plan de libéralisation de l’économie la semaine dernière, il a adopté vendredi des mesures de simplification des procédures administratives, considérées comme un frein à la croissance.

“L’Union Européenne, les observateurs internationaux en général et les marchés donnent toujours plus d’importance aux réformes structurelles pour la croissance” afin de “juger le côté soutenable des progrès qu’un pays fait en matière d’assainissement des finances publiques”, a souligné vendredi M. Monti.

Persuadé que l’Italie aurait chuté comme la Grèce sans un nouveau tour de vis budgétaire qui va toutefois accentuer la récession, et que les libéralisations mettront fin aux “rentes de certaines catégories” qui sclérosent le pays, le chef du gouvernement garde le cap en dépit de la grogne sociale qui s’amplifie.

Taxis, camionneurs, pêcheurs, transports : les grèves, pour protester contre les libéralisations ou pousser un cri d’alarme contre la dégradation de la situation sociale, ont marqué la semaine.

D’autres mouvements, des gérants de stations-service ou des avocats, suivront ces prochaines semaines.

Inspiré par un mouvement qui a paralysé la Sicile la semaine dernière, la grève des camionneurs contre les prix record du carburant, qui a démarré lundi et s’achève vendredi, a eu d’importantes répercussions.

Des entreprises comme Fiat ou Barilla ont dû mettre des usines à l’arrêt tandis que le sud du pays en particulier a fait face à de graves problèmes d’approvisionnement en carburant ou en produits alimentaires.

Vendredi, c’était au tour de l’Union syndicale de base (USB), très marquée à gauche, de protester, ce qui entraînait des perturbations limitées dans les transports publics.

“Dehors le gouvernement des banquiers. Non aux dictats de l’Union européenne et non aux attaques contre l’emploi et les retraites”, clamait une banderole dans leur manifestation romaine.

Mais le chef du gouvernement est conforté par l’atténuation de la pression des investisseurs qui a permis à Rome de remporter jeudi et vendredi deux francs succès sur le marché de la dette, où ses taux d’emprunt ont fortement baissé.

Il a même jugé mercredi que les “contours” d’une sortie de la crise prenaient forme, les efforts accomplis par l’Italie ayant favorisé une “évolution” de Berlin sur l’idée d’un renforcement du fonds de secours européen.

Sur le plan politique, “Super Mario” continue de naviguer sereinement, fidèle à sa stratégie de mécontenter tout le monde pour désamorcer les oppositions, et bénéficie toujours d’une majorité écrasante au Parlement, comme l’a prouvé l’adoption cette semaine d’une motion de soutien à sa politique européenne.

Alors que les libéralisations mécontentent une bonne part de l’électorat de droite, Silvio Berlusconi a d’ailleurs rejeté jeudi l’appel de son ex-allié Umberto Bossi, chef de la Ligue du Nord, à faire chuter le gouvernement.

“La situation est difficile, le gouvernement agit avec grande prudence et il est difficile d’avancer des critiques fondées”, a jugé le Cavaliere.

“Tout le pays veut étrangler Monti et lui il a peur de le chasser”, a protesté M. Bossi en menaçant le Cavaliere de faire chuter l’exécutif de droite au pouvoir dans la région de Milan, la plus riche du pays.

Selon Stefano Folli, éditorialiste du quotidien Il Sole 24 Ore, “Silvio Berlusconi n’a pas aujourd’hui envie ou intérêt à +débrancher+ le gouvernement Monti.

“Ce n’est pas de la générosité mais un calcul: si les +technocrates+ doivent chuter il faut que cela soit en raison des contradictions de la gauche (en particulier sur la réforme du marché du travail à venir, NDLR) et non des convulsions de la droite”, estime le politologue.