OPINION Tunisie : Lorsque les démentis rongent notre capital-confiance

 

confiance-110112.jpgDes déclarations du moins supposées de certains responsables politiques font mal au capital-confiance de notre pays. Notamment quand elles sont démenties en permanence.

Les professionnels de la communication et notamment ceux qui exercent dans le champ des relations publiques ont développé un concept qu’ils utilisent souvent pour convaincre les pays, les entreprises, les personnalités politiques ou encore économiques de recourir à leurs services.

Ce concept, du reste encore flou, est celui de capital-confiance. Il signifie que l’on peut, grâce à la communication, que certains professionnels ont hissée au rang d’une idéologie capable de résoudre bien des problèmes, favoriser durablement un courant de sympathie (on parle également de capital-sympathie et de capital-image) afin de fédérer autour des énergies et de susciter bien des intérêts pour toutes les activités et les causes humaines.

Ainsi bien des communicateurs vous expliqueront, par exemple, que la valeur des actions ne reflètent pas seulement la bonne santé économique des entreprises que celles-ci émettent, mais aussi la confiance et la sympathie que peuvent avoir les investisseurs dans ces entreprises et de leurs dirigeants.

Du plomb dans l’aile

Rapporté au cas tunisien, cette vision des choses semble montrer que le capital-confiance de notre pays a, depuis quelques temps, bien du plomb dans l’aile. Evidement, bien des observateurs vous diront que le vent démocratique qui souffle sur notre pays, depuis le 14 janvier 2011, ne peut que nous attirer des sympathies et asseoir sur de bonnes bases les engagements pris par de nombreux opérateurs économiques de nous apporter les aides nécessaires concernant les chantiers dans lesquels nous voulons nous engager.

Mais s’arrêter, aujourd’hui, à cet aspect des faits, ne renvoie qu’une des parties de la réalité. En effet, deux facteurs sont en train de nuire durablement à cette image d’Epinal qui dit que notre démocratie ne peut que nourrir dans le monde un capital-image en notre faveur.

Premier facteur, les déclarations faites par quelques uns des responsables politiques de notre pays, notamment à l’endroit de pays avec lesquels nous avons toujours eu de solides relations. A commencer par le président de la République de transition qui a défrayé à quelques reprises la chronique. Des observateurs se sont attardés ces derniers jours en effet sur des déclarations –supposées?- faites à l’endroit de la France ou encore de l’Algérie que certains médias ont soutenu, donc, qu’il aurait tenu!

Si l’on croit du moins certains médias, auxquels tout le monde s’expose quotidiennement, notamment sur la toile, le chef transitoire de l’Etat aurait par exemple traité les Français d’«islamophobes» et de «colonialistes». Il n’est pas le seul, le chef du mouvement Ennahdha aurait soutenu, pour sa part, dans un récent voyage aux Etats-Unis d’Amérique, que «le printemps arabe déracinera les Etats du Golfe avec ses rois, ses cheikhs et ses émirs».

Des «rectifications» qui ne réussissent pas toujours à convaincre

Hamadi Jebali, Premier ministre du gouvernement de transition, n’est pas du reste, lui qui, au cours d’un discours fait dans la ville de Sousse, courant novembre, avait parlé de l’instauration d’un «califat rachidien» en Tunisie. Un discours jugé structuré, selon certains observateurs.

Des propos rapportés par les médias, dont certains du moins sont, lorsqu’ils choquent ou créent une certaine polémique, aussitôt soit démentis soit contredits en évoquant le fait qu’ils ont été sortis de leur contexte ou maladroitement interprétés.

Des «rectifications» –et c’est là le second facteur- qui ne réussissent pas toujours à convaincre. Les démentis, lorsqu’ils sont répétitifs, et c’est souvent le cas en ce moment, ne suscitent pas –ou plus- de crédits. On le comprend: à force d’être répétitif, l’exercice lasse l’opinion aussi bien nationale qu’internationale, qui observe à la loupe les moindres propos, faits et gestes de nos gouvernants. On sème le doute et on nuit à la confiance. On signifie, en somme, qu’il y a anguille sous roche. De nombreux cas, analysés par les chercheurs des médias, l’attestent. Sans aller plus loin, le bon sens populaire résume ce constat dans un proverbe qui dit à peu près ceci: «L’œuf ne craque que parce qu’il comporte un trou».

Cette impression est largement crédibilisée lorsque les déclarations en question suscitent des réactions –en croire toujours les médias- de responsables politiques notamment étrangers ou lorsqu’elles suscitent des campagnes de presse bénéficiant de cette bulle médiatique qui ne fait qu’enfler une affaire, accentuant du coup l’intérêt du public.