Chypre au bord d’une crise politique et économique majeure

Par : AFP
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ésitentiel à Nicosie le 19 juillet 2011 (Photo : Mona Boshnaq)

[20/07/2011 07:16:09] NICOSIE (AFP) Quand les sirènes ont retenti mercredi à l’aube à Chypre, elles n’ont pas seulement rappelé aux Chypriotes-grecs l’invasion turque du 20 juillet 1974 mais aussi que le pays était au bord d’une crise politique et économique majeure.

Le président Demetris Christofias se débat pour éviter que son gouvernement ne se décompose à la suite de l’explosion le 11 juillet d’une cargaison d’armes sur une base navale, qui a fait 13 morts et détruit la principale centrale électrique du pays.

Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères ont déjà démissionné, et un parti minoritaire au gouvernement menace de se retirer, tandis que des milliers de personnes manifestent tous les soirs devant les grilles du palais présidentiel à Nicosie pour dénoncer l’incompétence du gouvernement.

Le chagrin et la colère autour de l’explosion du “Lundi Noir”, ont coïncidé avec la commémoration de l’invasion de 1974, qui a provoqué la partition de l’île en deux zones, grecque au sud, membre de l’Union européenne, et turque au nord, reconnue uniquement par Ankara.

“Nous sommes tous anéantis par la perte de 13 personnes qui ont sacrifié leur vie durant l’exercie de leurs fonctions”, a déclaré M. Christofias lors d’une cérémonie marquant cet anniversaire mardi soir, au moment où des forces anti-émeutes empêchaient des manifestants d’approcher les grilles du palais.

La crise intervient à mi-mandat pour M. Christofias dont la popularité et la crédibilité étaient déjà sérieusement entamées. C’est désormais un président diminué qui doit tenter de maintenir à flot une économie menacée par les coupures d’électricité et des négociations de paix délicates avec le Nord.

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ésident chypriote Demetris Christofias à Nicosie le 19 juillet 2011

“Il y a une énorme pression populaire pour qu’il démissionne”, explique l’analyste Sofronis Sofroniou. “Sa position est intenable. Même s’il trouve une solution à la question chypriote, il ne sera pas capable de la vendre”.

Les négociations relancées sous l’égide de l’ONU en 2008 n’ont pour l’instant permis aucun progrès tangible, et la communauté internationale s’impatiente.

Le patron de l’ONU jusqu’à octobre Ban Ki-moon a donné aux Chypriotes-grecs et Chypriotes-turcs pour obtenir des avancées significatives, dans l’espoir qu’une solution soit trouvée et approuvée par un double référendum avant que Chypre n’assume la présidence tournante de l’UE en juillet 2012.

Soutenu par les communistes, M. Christofias avait été porté au pouvoir par une vague de popularité et la promesse de réunifier l’île.

Mais depuis le 11 juillet, un vent de révolte souffle sur Chypre avec les plus grandes manifestations apolitiques que le pays ait connues.

“Le pouvoir nous a ramenés 100 ans en arrière”, s’insurge une propriétaire de magasin munie d’une torche électrique pour montrer la marchandise à ses clients.

Et la décision d’importer du Nord l’électricité qui manque tant depuis la destruction de la centrale n’a pas été du goût de tous les Chypriotes-grecs.

L’archevêque Chrysostomos II, chef de la puissante Eglise orthodoxe de Chypre, a déclaré qu’il préférait “s’éclairer à la lanterne” plutôt que d’accepter l’électricité du Nord.

Pour l’émissaire de l’ONU, Alexander Downer, c’est en revanche une forme de coopération susceptible de soutenir la confiance. “Nous espérons que l’ensemble des habitants de Chypre comprendra le message positif de cette initiative”.

La reconstruction de la centrale thermique, qui produisait 60% de l’électricité de l’île, et l’importation d’énergie entre-temps devrait coûter plus d’un milliard d’euros, selon des experts. Et la pénurie d’énergie pourrait aggraver encore le déficit budgétaire, à moins d’un nouveau plan d’austérité.

“Le coût de la reconstruction sera de 900 millions à un milliard d’euros. Et à mon avis, il faudra probablement trois ans ou plus pour qu’elle fonctionne à nouveau normalement”, estime l’ex-ministre des Finances, Michalis Sarris.