Tunisie : Le refus de perdre !

Par : Tallel

La Tunisie est entrée de plain-pied dans une nouvelle ère de liberté et de démocratie, avec des idées contradictoires, des positions diverses parfois opposées voire divergentes. Cela suppose donc deux hypothèses, soit on va accepter de vivre côte-à-côte dans une contradiction et une acceptation de l’autre, soit on va continuer comme dans l’ancienne philosophie, c’est-à-dire “si tu n’es pas avec moi tu es contre moi“.

Déjà un indice tangible nous est offert par nos stades de football chaque week-end: soit l’équipe locale gagne, soit le public investit le terrain, et c’est la confusion. Cela s’est passé il y a quelques jours à Béja : interrompu pendant un temps lorsque les locaux ont encaissé un but, le match reprendra après pour voir l’équipe visiteuse perdre… Peu importe la minière pourvu que le public présent au stade ne déverse pas son dévolu sur le terrain.

Cela s’est encore vérifié dimanche 25 avril 2011 à Bizerte, où le public –en tout cas une partie du public- bizertin a décidé d’arrêter la partie après que son équipe a pris 3 buts contre le CSS.

L’enseignement de cette situation qui n’est, malheureusement, pas isolée du contexte social et politique que connaît la Tunisie, c’est que le Tunisien ne semble pas prêt, aujourd’hui, d’accepter la perte, de partager ou d’attendre. Pour lui donc, c’est “soit je gagne et tout de suite, soit j’arrête la partie et c’est le chaos“.

Et on peut craindre que cela augure de la situation politique après le 25 juillet 2011 à l’issue de l’élection de la Constituante, où certains partis, mieux structurés et plus riches, vont certainement gagner, et d’autres, plus naïfs, plus idéologiques, ou mal préparés, perdront à coup sûr.

On risque d’assister aux mêmes scènes que celles qui se passent dans nos stades actuellement, avec les contestations des résultats, avec le refus du verdict, des appels à un Kasbah 4, 5 et 6, des sit-in, des grèves. Car le Tunisien n’a pas la culture de la perte. Il faut gagner coûte que coûte au stade et dans l’arène politique.

Déjà, on le voit avec le choix du mode électoral, on est partagé entre le mode à la liste ou à la personne, entre un mode à la proportionnelle ou majoritaire à un seul ou deux tours, et cela ne va pas s’arrêter; entre ceux qui souhaitent reculer la date du 24 juillet -car étant mal préparés- et ceux qui veulent maintenir cette date -étant à point et ayant déjà un historique politique; entre ceux qui militent pour une parité hommes/femmes et ceux qui considèrent que cela est de trop.

Sommes-nous prêts pour perdre et d’accepter le verdict des urnes? Ce qui se passe dans les stades –et ce n’est que du football-, les grèves sauvages, le blocage des routes, le sabotage de la canalisation d’eau à Menzel Chaker, le refus des mesures économiques, tout cela montre que la Tunisie a du chemin devant elle.

D’ailleurs, on veut tout et tout de suite, on n’est pas prêt d’attendre ou d’accorder du temps à aucun gouvernement: on veut des augmentations salariales, des zones industrielles opérationnelles, des milliers d’emplois, effacer l’injustice de 23 ans en un clin d’œil…

Et ce qui est aberrant dans tout ça, c’est qu’on est tout de même convaincu que cela est impossible, surtout avec une croissance qui sera proche de zéro cette année –et peut-être même pour les années à venir-, un tourisme en berne, un voisin (la Libye) en pleine guerre civile, une augmentation des prix des hydrocarbures et des céréales sur le marché international… Du reste, plus le chômage va encore augmenter, plus la misère des plus pauvres va s’aggraver du moins pendant 2 à 3 ans, le temps de stabiliser le pays, de trouver un minimum de consensus politique et de dégager une orientation économique claire.

Ce qui fait que la Tunisie, de notre point de vue, est un pays ingouvernable, pour le moment, et toute majorité qui sortira des urnes du 24 juillet prochain aura du mal à mettre son programme de gouvernement, et don d’apporter des réponses immédiates et concrètes. Car, encore une fois, les Tunisiens n’ont pas la culture de la perte et ils le prouvent dans nos stades. Espérons cependant nous tromper dans cette analyse… C’est notre souhait…

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