Tunisiana et Djezzy : Droit de “préférence” à Tunis, “droit de préemption” à Alger

Par : Tallel


tunisiana-16122010-art.jpgFace au projet de cession d’Orascom Telecom Holding à l’opérateur
russo-norvégien VimpelCom, Alger et Tunis, où le groupe égyptien détient des
intérêts, ont réagi différemment. Si le cas Djezzy reste pendant et pourrait
aboutir devant l’arbitrage, le cas Tunisiana est réglé. L’Etat tunisien a été
fortement présent. Il n’a pas exercé un droit de préemption. Il a fait valoir un
droit de préférence et a joué un rôle d’incitateur. Efficace.

Alors que le cas
Djezzy continue à faire du surplace et risque de durer
longtemps avec un probable passage par l’arbitrage, le cas de
Tunisiana
Orascom Telecom Holding (OTH) détenait 50% de parts a été réglé, sous la
discrète supervision des autorités tunisiennes avec une célérité remarquable. La
comparaison entre les deux situations est tentante.

Djezzy (OTA) et Tunisiana (OTT) sont deux opérateurs GSM créés par Orascom
Telecom Holding SAE à la même période en 2002. La différence est frappante sur
la manière dont les deux gouvernements ont fait face au projet de cession décidé
par le milliardaire égyptien Naguib Sawiris, de Weather Investment au groupe
russo-norvégien VimpelCom et donc indirectement au changement d’actionnaire.

Si le gouvernement algérien a mis en avant un droit de préemption sur la cession
des actifs d’Orascom Telecom en vertu de dispositions introduites dans la loi de
finances complémentaire 2009, le gouvernement tunisien a choisi d’agir dans la
discrétion favorisant une entente entre vendeur et acheteur tout en poussant
dans la foulée un consortium tunisien à entrer dans l’affaire. Le résultat des
ces deux démarches est là: un problème en suspens pour Djezzy, une affaire
rondement réglée pour Tunisiana.

Alors qu’entre Sawiris et les responsables algériens, les échanges à distance
sont parfois vifs, en Tunisie, tout le monde à l’air d’être satisfait. La
transaction sur la vente des 50% d’Orascom Telecom Holding dans Tunisiana sera
finalisée le 2 janvier prochain. Le groupe de Sawiris obtient une bonne affaire,
1,2 milliard de dollars, ce qui correspond à 6,7 fois l’EBITDA (bénéfices avant
intérêts, impôts, taxes, dotations aux amortissements) de Tunisiana pour 2009.

Il faut préciser que dans le cas de Tunisiana -dans laquelle
Qtel détient 50%
via sa filiale El Wataniya-, un processus de négociation existait bien avant
l’annonce de l’accord entre le groupe de Sawiris et VimpelCom.

Ces négociations avaient pour but le rachat ou la vente des actions détenues par
l’une des parties. «A 50/50, aucun des deux groupes ne pouvait consolider
intégralement les comptes de Tunisiana dans les comptes de la maison mère»,
explique Farid Bourennani, docteur en ingénierie financière. A l’origine,
Orascom Telecom détenait en solo la licence tunisienne et il a accepté, en
raison de problèmes financiers, de vendre 50% du capital de Tunisiana à Wataniya,
qui deviendra par la suite la propriété de Qatar Telecom.

Les incitations du gouvernement de Tuniss

Par de petits signaux, le gouvernement tunisien a marqué sa réserve à l’entrée
de VimpleCom. Discrètement, il a encouragé Qtel à prendre les parts d’Orascom
Telecom en y mettant le prix. Cela ressemblait à un exercice d’un droit de
préemption de la part de Qtel, l’associé d’Orascom Telecom dans Tunisiana. Ce
n’est pas vraiment le cas estime, le Dr Bourenani. «Le projet de cession de
Weather Investment à Vimpelcom sans pour autant faire naitre un quelconque droit
de préemption en faveur des coactionnaires d’Orascom Telecom dans Tunisiana a
été l’occasion pour l’Etat tunisien d’inciter à la concertation, de conseiller
les parties à trouver une sortie à bon compte pour Orascom Telecom tout en
permettant l’entrée de coactionnaires tunisiens (Princess Holding) aux côtés de
Qtel (Wataniya)».

L’expert préfère à ce sujet parler d’un «droit de préférence» exercé par l’Etat
tunisien en faveur d’une implication plus forte de Qtel dans Tunisiana, en
particulier, et de l’Etat qatari dans l’économie tunisienne, en général». La
démarche du gouvernement tunisien a donc consisté à inciter Qtel à aller de
l’avant tout en le convaincant d’accueillir en tant qu’associé un consortium
privé tunisien constitué par Sakher El Materi et Hamdi Meddeb. Qtel se retrouve
ainsi avec 75% des actions tandis que le consortium tunisien Zitouna Telecom
prend 25%.

«Pour conforter le nouveau Tunisiana, l’Etat mettra dans la corbeille et cela
fait partie de son rôle pour accélérer le développement des TIC, l’attribution
dès 2011 de la licence 4G afin d’élargir le fonds de commerce à l’internet très
haut débit et l’internet mobile. L’Etat Tunisien, après avoir longuement retardé
l’entrée en Bourse de Tunisiana à la Bourse de Tunis, donnera son feu vert fin
2011 pour 10 à 15% du capital», relève-t-il. L’opération arrange toutes les
parties. «Tous les acteurs trouvent leurs intérêts, le vendeur, les acheteurs,
l’Etat qui ne débourse rien, la Bourse de Tunis…».

Zitouna Telecom a de l’avenir…

Tunisiana également qui se retrouve entre les mains d’un opérateur technique de
rang international. Quand à Zitouna Telecom, l’expert pronostique, qu’il finira
par devenir un opérateur qui volera de ses propres ailes et que son association
avec Qtel va être une période d’apprentissage et d’acquisition de savoir-faire.
Sur le rachat à 100% de Djezzy par l’Etat algérien, des experts font valoir que
l’entreprise Djezzy risque de se retrouver sans actionnaire technique disposant
d’un savoir-faire à même d’en assurer l’exploitation de manière efficace. Selon
Bourenani, «le départ d’OTH de Tunisiana n’affaiblit pas l’exploitation, la
continuité managériale, technologique… sera assurée par Qtel. Dans Djezzy, le
savoir-faire est détenu seulement par OTH, son départ fragiliserait à tous
points de vue l’entreprise. Il ne faut pas perdre de vue ce qui ne semble n’être
qu’un détail».

Source:
http://www.maghrebemergent.com/high-tech/66-telecom/1595-telecom-droit-de-lpreference-r-de-tunis-l-droit-de-preemption-r-a-alger.html