Tunisie : Débat animé entre partisans et adversaires de l’introduction en Bourse

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Le constat est évident et ne souffre pas la moindre contestation –et ne l’a d’ailleurs pas été durant le séminaire sur les fusions-acquisitions, organisé samedi 18 septembre 2010, par le bureau de formation Formapro, et l’intermédiaire en Bourse Axis Capital, dirigés respectivement par Moez Joudi et Ahmed Benghazzi- : il y a très peu d’entreprises cotés à la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis (BVMT). Mais ce que le débat a révélé, c’est que leur nombre -… à ce jour- ne devrait pas augmenter de manière spectaculaire au cours des mois et même des années à venir. Car une telle introduction a encore –apparemment- autant de partisans que d’adversaires.

Parmi les partisans, le groupe Bayahi, représenté à la conférence-débat sur les fusions-acquisitions par le junior des frères Bayahi, Tahar, et son fils Mehdi. Présent en Bourse via TPR et la chaîne de supermarchés Magasin Général, le groupe Bayahi a mis «trois ans pour sauter le pas», reconnaît Tahar Bayahi pour souligner la difficulté, à la fois, de la décision et de l’exercice. Et si les Bayahi y sont finalement allés, c’est «pour deux raisons» : d’abord pour concrétiser «un projet de développement» en allant chercher des ressources plus longues, donc plus commodes ; ensuite afin de «pérenniser l’entreprise en la protégeant contre tous les acteurs, y compris la famille», souligne le président-directeur général de Magasin Général.

Mais qu’a apporté à cette entreprise son introduction en Bourse ? «Une certaine légitimité et une plus grande proximité avec les clients au nombre de 100.000 par jour», répond son patron.

Amen Bank est allée, elle aussi, en Bourse à peu près similaire. La banque des Ben Yedder ayant besoin d’accéder aux lignes de crédit des bailleurs de fonds internationaux connus pour être très exigeants notamment en termes de transparence, il lui a fallu passer par la case BVMT, rappelle Houcine Mouelhi, son directeur général adjoint.

Certaines entreprises sont décidées à emboîter le pas à Mangasin Général et à Amen Bank. C’est le cas notamment de Tunisiana, ainsi que l’a confirmé son directeur général, Yves Gauthier, et, surtout, de Telnet. Car, explique Mohamed Frikha, son directeur général, pour les sociétés de technologie comme celle qu’il dirige, «l’orientation internationale c’est l’introduction en Bourse et l’ouverture aux fonds d’investissement. C’est donc une obligation pour nous. D’autant que, note le patron de Telnet, notre personnel est constitué en majorité de cadres supérieurs qui doivent travailler dans un environnement sain et pouvoir récolter le fruit de leur travail. Et le seul moyen pour cela c’est la Bourse».

Tout comme les partisans, les réfractaires à l’introduction en Bourse existent en Tunisie et ne s’en cachent pas. Et on en trouve parmi les entreprises et les groupes les plus importants du pays comme… Délice Danone, dont le directeur général, Boubaker Mehri, a voulu, dans un premier temps, «éviter de parler du sujet de l’introduction en Bourse», avant de se raviser sous l’insistance de Moez Joudi, directeur général de Formapro. «Une entreprise pérenne qui a de l’argent et un patron encore jeune ne pense pas à la Bourse». Notamment «parce que ces gens-là ne veulent pas rendre des comptes». Et «ces gens-là» trouvent des voix pour les défendre. Comme l’atypique Abdessatar Mabkhout, commissaire aux comptes, qui pense que «les patrons tunisiens ont raison de ne pas aller en Bourse».

Salah Hannachi n’est pas loin de partager ce point de vue lorsqu’il observe que «les entreprises japonaises travaillent encore beaucoup plus avec les banques avec lesquelles elles peuvent parler de stratégie –ce qu’elles ne peuvent pas faire avec de petits porteurs».

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