Tunisie-Maghreb : “L’Union économique maghrébine résultera d’une initiative privée et non d’une décision publique”, estime D. Saïdane

dhafer-saidane-ennakl.jpgPas de titres renversants ou de couverture médiatique fracassante au Maroc suite à l’annonce de la double cotation de la société tunisienne Ennakl Automobiles sur les Bourses de Tunis et de Casa, l’information semble avoir été traitée de la même manière que si une société nationale avait décidé de s’introduire en Bourse, comme si ce genre d’opération était habituelle dans nos deux pays alors même qu’elle n’est pas très fréquente y compris sur des places financières internationales.

Serait-ce l’organisation de la caravane de la Bourse organisée à travers tout le territoire marocain qui aurait volé la vedette à cette première boursière? Un premier balbutiement qui a le mérite de briser un tabou et de prouver que c’est possible et comme l’a déjà déclaré un professionnel des médias électronique, «aujourd’hui, nous nous intéresserons forcément à la Bourse de Casa, rien que pour suivre l’évolution des cours des actions Ennakl».

Sur le quotidien “Aujourd’hui le Maroc”, à peine 7 lignes pour annoncer la nouvelle, sans plus et préciser que la cotation d’Ennakl sur la Bourse de Casa “devrait apporter à la société une manne de 192,66 millions de dirhams”.

«Le CDVM (Conseil déontologique en valeurs mobilières) vient de donner son visa à l’introduction en Bourse, par cession de 3.000.000 d’actions, du concessionnaire tunisien Ennakl Automobiles»; c’est l’information la plus reprise sur les supports de presse marocains.

Sur le journal Le Matin, nous pouvons lire : «Cette opération marquerait-elle la fin d’une longue période d’hésitation des entreprises à s’introduire en Bourse ? Depuis le quatrième trimestre 2008, le marché n’a enregistré aucune nouvelle introduction».

L’impact de pareil projet aurait dû pourtant interpeller les médias économiques du Maroc, pays considéré comme étant l’un des plus avancés pour tout ce qui touche au système bancaire et financier.

«L’investissement ne doit pas être cloisonné»

On ne parle guère de l’importance de cette cotation pour une espérée intégration financière des pays du Maghreb : «Cette opération apporte la preuve que l’investissement au Maghreb va se décloisonner de lui-même. L’Union économique maghrébine résultera d’une initiative privée et non d’une décision publique. C’est ce que nous retenons de cette double cotation», assure Dhafer Saïdane, maître de conférences à l’Université Lille 3 et à la Sorbonne, spécialiste des questions de stratégie financière.

L’investissement, selon lui, ne devrait plus être cloisonné mais au contraire s’appuyer sur une stratégie de type «Global Player» pour profiter d’un marché plus vaste et exploiter ainsi des économies d’échelle. L’opération d’Ennakl sera suivie d’autres expériences. «Nous ne sommes qu’au début d’un processus d’intégration financière qui sera animé par les acteurs eux-mêmes et non par les Etats. Cette stratégie va s’appuyer sur une émulation, un jeu coopératif et une concurrence saine et constructive entre les corporate appartenant à la région en vue de profiter des capitaux disponibles dans la région. L’UMA est donc un espace économique dont l’intégration est en cours. Elle est l’œuvre des hommes d’affaires», assure t-il.

Sur les sites lematin.ma, marocwebo.ma, maroc-finance.com, www.maroceco.ma et même sur le site www.leconomiste.com , le plus grand journal économique marocain, l’impact d’une telle opération sur les investissements et les échanges intermaghrébins n’a pas recueilli autant d’intérêt que le fait que l’opération représente le redémarrage des introductions à la Bourse de Casa après deux «années blanches» selon certains journaux, l’information est donc restée centrée sur le Maroc sans plus, la dimension régionale n’a pas été évoquée plus qu’il n’en faut.

Pourtant, l’édification de places financières régionales cohérentes et complémentaires est à la base du développement de l’investissement intra-maghrébin.

Une édification qui passera par un gradualisme, explique Dhafer Saïdane: «dans une première étape, la confirmation de Tunis et de Casa comme places financières domestiques dotées d’une industrie financière capable de satisfaire les besoins de l’économie nationale, de combler le faible taux de bancarisation et de rayonner au niveau régional. Dans la seconde : l’affirmation des deux places comme outil structurant dans l’édification du processus d’intégration financière maghrébine. Ces places peuvent servir de catalyseurs et de porteurs de projets financiers maghrébins. Elles auront besoin de la Banque maghrébine d’investissement et de commerce extérieur (BMICE) au sein de l’UMA (Union du Maghreb Arabe)». Toutefois, insiste M. Saïdane, il reste important durant cette phase de se coordonner au sein de l’UMA afin que les places financières soient complémentaires avec des atouts et des spécificités.

Par ailleurs, il faut que la communication entre les deux pays accompagne les développements des entrepreneuriats à l’échelle régionale; l’information fiable, complète et objective est aujourd’hui plus que jamais importante pour instaurer une culture d’échange au niveau de l’information économique.

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