Corruption : l’ex-plus grande fortune de Chine condamné à 14 ans de prison

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à Pékin (Photo : Str)

[18/05/2010 08:22:44] PEKIN (AFP) Ex-plus grosse fortune de Chine, le fondateur de la chaîne de distribution de matériel électrique Gome a été condamné mardi à 14 ans de prison pour corruption, marquant un abrupt coup d’arrêt à l’ascension de ce self-made-man qui incarnait la réussite à la chinoise.

Huang Guangyu, quadragénaire, parti de rien, a été condamné pour “pots-de-vin, délit d’initié et pratiques d’affaires illégales”, a annoncé l’agence Chine Nouvelle.

Il s’est vu infliger une amende astronomique de plus de 70 millions d’euros, tandis que les autorités saisissaient pour près de 24 millions d’euros d’actifs en sa possession.

En 2008, Huang, issu d’une famille pauvre du Guangdong (sud), avait été classé première fortune du pays par le magazine Hurun –avec près de 5 milliards d’euros– et deuxième par le magazine américain Forbes.

Huang était autrefois connu sous le nom de “boucher des prix” pour ses tarifs battant toute concurrence ou comme le “Sam Walton de Chine”, en référence au fondateur du géant américain de la distribution Wal-Mart. Il avait été arrêté en novembre 2008, puis inculpé en janvier 2009 de “pratiques d’affaires illégales”. Cela avait entraîné sa démission de la présidence de la chaîne, devenue la première du pays dans le secteur du matériel électrique et électronique. Gome compte aujourd’hui plus de 1.200 magasins dans plus de 200 villes.

Durant son procès, le 23 avril à Pékin, l’accusation avait affirmé qu’il s’était livré à du négoce illégal de devises étrangères via Hong Kong, à des délits d’initiés concernant une entreprise cotée à Shenzhen (sud) et avait offert pour plus de 540.000 euros à des responsables officiels, avait raconté le quotidien China Daily.

Les pots-de-vin visaient à obtenir des “avantages indus” pour Gome Electrical Appliances Holdings et sa société immobilière Beijing Pengrun Real Estate Development Company, selon Chine Nouvelle. A l’époque de sa gloire, Huang était souvent célébré dans les médias comme un entrepreneur modèle, ayant su surfer sur la vague des réformes économiques chinoises.

Enfant, Huang recyclait les bouteilles plastiques après l’école pour se faire deux sous.

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îne chinoise de distribution de matériel électrique Gome le 24 novmebre 2008 à Pékin (Photo : Peter Parks)

A 16 ans, alors que la Chine était en pleine ouverture économique mais que ses magasins étaient relativement vides, il s’était mis à vendre dans les rues de Pékin des petites radios et des gadgets qu’il avait fait venir de sa province natale.

Son entregent lui aura servi un temps: “en prison, il pouvait prendre part aux votes” au sein des ses entreprises, relève Yan Tan, éditorialiste financière de Shanghai. Et il a conservé ses biens jusqu’au procès alors que les actifs sont souvent saisis préalablement.

Mais in fine, le relief de l’affaire pourrait avoir joué contre lui, se soldant par un jugement sévère — “pouvant servir d’avertissement”, selon la commentatrice.

“La sentence est trop lourde. Huang Guangyu n’est qu’un entrepreneur privé, pas un responsable du gouvernement ayant des pouvoirs d’Etat”, a estimé Wu Shaozhi, avocat de la firme George Wu and Partners, à Pékin. “J’imagine que c’est parce qu’on l’a dit impliqué dans d’autres affaires”, ajoute-t-il.

Les ramifications de l’affaire semblent notamment avoir touché un certain nombre de personnalités du monde politique. La presse a ainsi évoqué l’implication de l’ancien maire de Shenzhen, Xu Zongheng, limogé en juin, et d’un ministre adjoint de la Sécurité publique.

Mais “est-ce qu’une entreprise privée peut grandir et briser le plafond de verre sans collusion avec des officiels? Cela peut être très dur”, commente Yan Tan.

Gome, ébranlée par le sort de son fondateur, a reçu en juin le soutien du fonds Bain Capital qui a investi dans le distributeur des centaines de millions de dollars.