Medvedev à Paris : partenariat politique et économique, bientôt militaire ?

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à Berlin (Photo : Vladimir Rodionov)

[01/03/2010 11:42:22] PARIS (AFP) Le président russe Dmitri Medvedev rencontre lundi à Paris son homologue Nicolas Sarkozy au premier jour d’une visite en France, qui confirme la proximité politique et économique entre les deux pays, symbolisée par le possible achat par Moscou d’un navire de guerre français.

Dmitri Medvedev devait débuter cette visite d’Etat, destinée à célébrer les années culturelles croisées de la Russie en France et de la France en Russie, par un entretien politique dès lundi soir avec Nicolas Sarkozy, au palais de l’Elysée.

Les deux pays entendent développer “un partenariat stratégique à multiples facettes”, a déclaré lundi dans Le Figaro, le chef de l’administration du Kremlin, Sergueï Narychkine. “En matière de coopération économique, les échanges commerciaux entre nos deux pays sont en plein boom, progressant en moyenne de plus de 25% par an depuis 2006”, a-t-il ajouté.

Les milieux économiques s’attendent à la signature de deux accords principaux, au cours de cette visite.

Le groupe industriel Alstom devait confirmer un partenariat avec le constructeur de trains russe Transmashholding (TMH). GDF Suez a confirmé qu’il formaliserait lundi son entrée dans le capital du gazoduc North Stream, l’un des grands projets énergétiques russes.

Le 27 novembre dernier, EDF, le concurrent français de GDF Suez, avait annoncé son entrée à hauteur de 10% dans South Stream, pendant de North Stream dans le sud de l’Europe.

En revanche, le projet très controversé d’achat par Moscou du Mistral, un puissant navire militaire français, ne devrait pas trouver d’aboutissement au cours de cette visite, selon une source militaire russe. Il devrait cependant être discuté par les deux chefs d’Etat.

Le Mistral est un porte-hélicoptères, “bâtiment de projection et de commandement (BPC)”, permettant notamment de transporter des troupes vers un théâtre d’opération. La Russie a marqué son intérêt pour quatre exemplaires de ce navire.

Mais le projet de contrat suscite de grandes inquiétudes au sein de l’OTAN, et parmi les voisins de la Russie, en particulier en Georgie, après la brève guerre qui a opposé Tbilissi et Moscou, pendant l’été 2008.

“Il (le Mistral) a de grandes capacités amphibies pour transporter des armes, des hélicoptères, des blindés, des soldats, il dispose d’un hôpital ou d’un état-major militaire. On peut l’utiliser à des fins humanitaires si on veut, mais aussi à des fins militaires”, a estimé dans la revue Foreign Policy, Eka Tkechelachvili, conseillère géorgienne pour la sécurité nationale.

Dmitri Medvedev, dont l’arrivée à Paris était prévue en milieu d’après-midi, devait également aborder avec son homologue français les grands sujets internationaux, en particulier le programme nucléaire iranien.

Les Français, fermes partisans de nouvelles sanctions contre l’Iran, espèrent pouvoir compter sur un accord de la Russie au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le président russe veut aussi plaider pour l’entrée de son pays dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et pour sa proposition d’un nouveau Pacte européen de sécurité, qui dépasserait l’héritage de la guerre froide et couvrirait l’ensemble de l’espace euro-atlantique.

La visite d’Etat de Dmitri Medvedev aura également une forte dimension symbolique. Il inaugurera mardi au musée du Louvre l’exposition “la Sainte Russie”, qui sera l’un des temps forts de l’année de la Russie en France.

Il aura aussi des rendez-vous avec des hommes d’affaires français, et avec plusieurs personnalités politiques françaises qui estiment en général que Dmitri Medvedev représente une nouvelle génération en Russie. “La génération Medvedev, c’est autre chose que Vladimir Poutine”, assurait récemment le chef de la diplomatie Bernard Kouchner.