Compétitivité de l’entreprise tunisienne : Quel apport de l’information stratégique ?

Par : Tallel

La capacité à comprendre son environnement et à anticiper les
changements constitue, dorénavant, le facteur-clé de la compétitivité et de la
croissance des firmes. Dans une économie mondialisée, le management des
organisations a replacé les savoirs à la source de la création de valeur. Les
entreprises doivent donc impérativement rester compétitives.

« La compétitivité est la capacité de l’entreprise à rivaliser avec les
autres en termes de prix (compétitivité prix) et/ou en termes d’innovation,
de qualité de produits ou de services à la clientèle, de maîtrise
technologique (compétitivité hors prix). «Il est donc plus que nécessaire
pour l’entreprise de connaître et comprendre les opportunités et menaces
liées à la globalisation et à la société de l’information. Rappelons qu’il
s’agit d’un axe prioritaire dans la stratégie de développement de l‘économie
tunisienne». D’ailleurs, le chef de l’Etat n’a-t-il pas élevé l’information
économique nationale au rang de priorité absolue, ainsi que le prouve les
assises nationales organisées sous ses auspices, il y a quelques jours.

C’est ce qui se dégage en gros des propos de M. Hosni MAHJOUB, expert
international en stratégie et développement économique, lors de son
intervention lors des 7èmes Rencontres méditerranéennes d’affaires TIC et
Multimédia, organisées par pôle Elghazala des technologies de la
communication, les 11 et 12 juin.

Après avoir montré le rôle de l’intelligence économique et son apport dans
le management de l’entreprise, sa compétitivité ainsi que les processus de
sa mise en place, M. MAHJOUB a précisé que, au regard des nouveaux défis
auxquels nous devons faire face suite à la crise économique, l’objectif
désormais poursuivi par l’entreprise est de détenir une triple capacité :

– capacité à sécuriser son patrimoine immatériel constitué d’informations,
de savoirs et de connaissances ;

– capacité à «influencer avec intégrité» son environnement par des actions
de communication ;

– mais surtout, capacité à gérer et exploiter l’information pour produire
de la connaissance à visée stratégique, organisationnelle et opérationnelle,
en vue de la rendre accessible et utile non seulement au dirigeant, mais
aussi à toutes les «parties prenantes», acteurs internes et externes qui
contribuent à la compétitivité de l’entreprise et de l’économie.

Il a ensuite rappelé que dans l’entreprise il existe (ou devrait exister) 3
couches de gestion : la gestion opérationnelle, la gestion tactique, et
qu’au sommet de la pyramide on trouve la gestion stratégique. Les
caractéristiques des informations relatives à chaque couche sont
différentes, par exemple, l’information liée à la gestion opérationnelle est
périodique, détaillée, fréquente et plutôt d’ordre interne, alors que
l’information liée à la gestion stratégique est prévisionnelle, avec une
fréquence irrégulière et plutôt d’ordre externe.

Evoquant, entre autres dans cette communication, l’importance du rôle des
stratèges dans une économie en crise, M. Mahjoub a souligné que dans un
cadre de compétition internationale et de la concurrence actuelle entre les
entreprises, l’avantage compétitif, défendable et durable réside dans la
capacité à maîtriser l’information, en temps réel, à tout moment et en tous
lieux pour construire et faire évoluer sa base de connaissance stratégique.
«Ces informations stratégiques apportent une valeur ajoutée qui permet
l’aide à la prise des décisions mais seulement si cette information est
obtenue au bon moment et qu’elle est destinée à la bonne personne,
disponible pour l’exploiter».

Tout cela pour dire que la stratégie d’une l’entreprise devrait être
orientée vers la maîtrise de l’information, l’optimisation de la décision et
la promotion du travail collaboratif. Bien entendu, on à mille lieues de
cela en Tunisie…

Pour notre expert international, l’Intelligence Economique c’est comme les
yeux et les oreilles de l’entreprise. «C’est une démarche qui associe à la
stratégie de l’entreprise et à sa culture, le recueil, le suivi, le
traitement, la diffusion et la protection de l’information stratégique pour
développer ses activités». De ce fait, «les pratiques de l’IE contribuent à
la prise de décision stratégique ou opérationnelle dans un monde complexe,
mouvant et hyperconcurrentiel, ils permettent de détecter les opportunités
ou menaces en termes de production -gestion- mercantile, de motiver le
personnel, de conduire le changement, d’organiser le fonctionnement de
l’entreprise et de favoriser le travaille en réseau qui permet le
développement et l’obtention d’un avantage compétitif durable»,
précise-t-il.

Intelligence Economique et Système d’Information

S’agissant de l’importance de l’Intelligence Economique dans une démarche de
mise en place d’un système d’information. Il explique que concrètement, il
s’agit d’organiser l’ensemble de procédures permettant, à tout moment, de
donner aux décideurs une représentation de la place de l’entreprise dans son
environnement et sur son marché et de produire de l’information pour, d’une
part, assister les individus dans les fonctions d’exécutions et de gestion
et, d’autre part, faciliter la prise de décision au niveau de la gestion
stratégique de l’entreprise.

M. Mahjoub a également noté que le système d’information doit être considéré
comme partie intégrante du système de gouvernance compétitive de
l’entreprise ; il permet à cet effet de traiter, stocker l’information et de
dynamiser l’action opérationnelle. Il fait remarquer dans ce cadre que,
aujourd’hui, il est très important qu’un système d’information soit aligné
avec l’environnement (interne et externe) et allié à la mise en œuvre
opérationnelle par le biais de collaboration qui permet de donner une
dimension stratégique de première importance : «la détection et la réponse
aux agissements de l’environnement, la lecture des évènements, la production
de décisions qui en découlent… sont de nature à permettre aux dirigeants
d’optimiser la performance de leur firme en créant des opportunités
stratégiques et en identifiant des niches d’innovation».

Une telle démarche ne peut être conduite qu’en cohérence avec la stratégie
de l’entreprise qui permette d’identifier quotidiennement les Forces
-faiblesses –opportunités et menaces de l’environnement et d’analyser leur
impact sur le business de l’entreprise : «Synchroniser les contenus, les
rythmes et les parties prenantes impliquées dans la performance des
différents SI, avec la trajectoire stratégique de l’entreprise est une
manœuvre managériale de base. Les évènements et mouvements externes autant
qu’internes impactent cette trajectoire».

En conclusion, il indiquera que l’Intelligence Economique de l’entreprise ne
se limite pas à une simple action de veille environnementale, il s’agit de
créer un système synergique pour optimiser en continu l’état d’information
(interne et externe) de l’entreprise, ce système s’imposant de fait comme un
puissant levier au service du management stratégique et de la gouvernance
compétitive des organisations, capable d’amener toutes les parties prenantes
non seulement à se préparer à des changements attendus (pré-activité) mais
surtout à leur permettre d’influencer (avec intégrité) leurs environnements
(pro-activité).

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