La BCE durcit ses menaces de hausse de taux

 
 
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Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet s’exprime lors d’une conférence de presse, le 19 décembre 2007 0 Bruxelles (Photo : John Thys)

[10/01/2008 17:27:21] FRANCFORT (AFP) La Banque centrale européenne (BCE) a durci jeudi ses menaces de remontée de taux directeurs en cas de risques de spirale inflationniste liée aux salaires, alors qu’en Allemagne, les syndicats se montrent plus combatifs que jamais dans leur revendication.

La Réserve Fédérale américaine et la Banque d’Angleterre ont déjà assoupli leur taux et vont sans doute continuer.

La BCE, elle, se tient prête “à agir de façon préventive” afin d’éviter tout risque de dérapage des prix, a déclaré son président Jean-Claude Trichet lors d’une conférence de presse à Francfort (ouest). En clair, le Français menace de relever de nouveau le principal taux directeur, laissé inchangé à 4% jeudi.

L’économie a beau être mondiale, la BCE n’est à l’évidence pas sur la même longueur d’onde que ses éminentes consoeurs américaine et britannique.

La conjoncture de la zone euro reste certes fondamentalement “saine” selon lui, malgré les risques liés à la crise des marchés financiers, tandis que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont en nette perte de vitesse.

Mais si la BCE éprouve encore le besoin d’agiter la menace d’une hausse de taux, c’est à cause des “effets de second tour”, sa hantise, en particulier ceux liés aux salaires.

L’inflation, alimentée par la grimpée des prix du pétrole et des denrées alimentaires, plafonne à un sommet depuis six ans et demi dans la zone euro. En décembre, le taux a atteint de nouveau 3,1% sur un an, et devrait rester élevé dans les mois à venir.

En Allemagne, où débutaient jeudi les négociations pour les fonctionnaires de l’Etat et des communes, les syndicats jugent du coup légitime de demander des hausses de salaires conséquentes -jusqu’à 8%- pour préserver le pouvoir d’achat des salariés. D’autant plus que ces derniers se sont serrés la ceinture dans le pays depuis plusieurs années.

Mais aux yeux de la BCE, de fortes augmentations des traitements auraient des effets catastrophiques, transformant une tension sur les prix jugée provisoire en un phénomène durable.

La BCE “ne tolèrera pas” de spirale inflation/salaires, a martelé le Français. Il a exhorté tous les participants aux négociations salariales dans les quinze pays de la zone euro -Chypre et Malte se sont joints au club de l’euro le 1er janvier- à déboucher sur des accords salariaux ne mettant pas en danger la sacro-sainte stabilité des prix.

“Nous leur demandons de se comporter convenablement (…)”, a-t-il déclaré.

Pour enfoncer le clou, le président de la BCE a révélé que le conseil avait pesé aussi les “pour et les contre d’une augmentation des taux directeurs”, pour finalement opter pour le statu quo de “façon consensuelle”. Une baisse de taux n’a en revanche pas été évoquée. Et la position de la politique monétaire “n’est certainement pas neutre”, a-t-il précisé. En clair, elle reste orientée vers une hausse des conditions du crédit.

Une hypothèse que bon nombre d’économistes continuaient pourtant à juger peu probable jeudi. La BCE continue à “aboyer, mais ne mordra pas”, résume Michael Schubert, économiste à la Commerzbank.

Quand l’économie de la zone euro ressentira à plein les effets du ralentissement aux Etats-Unis, de la crise du “subprime” et de la flambée de l’or noir, “il est probable que la BCE s’intéressera davantage aux menaces pesant sur la croissance qu’aux risques inflationnistes”, estime Clemente De Lucia, économiste à la banque BNP Paribas.

Les taux directeurs pourraient alors baisser au cours du second semestre.

Holger Schmieding de la Bank of America, fin connaisseur de la BCE, défend un avis opposé. Pour lui, l’économie de la zone euro devrait se ressaisir vers l’été. Du coup, “le prochain geste de la BCE pourrait tout à fait bien être une hausse”.

 10/01/2008 17:27:21 – © 2008 AFP