Accord sur le gazoduc de la Caspienne, Moscou renforcé vis-à-vis de l’Europe

 
 
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Vladimir Poutine (g) et le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev à Moscou le 20 décembre 2007 (Photo : Alexander Natruskin)

[20/12/2007 15:50:10] MOSCOU (AFP) Un accord sur la construction d’un gazoduc allant de la mer Caspienne à la Russie, qui renforcera encore la position de Moscou dans l’approvisionnement en gaz de l’Europe, a été signé jeudi au Kremlin entre la Russie, le Kazakhstan et le Turkménistan.

Le président Vladimir Poutine, présent à la signature avec son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev, s’est félicité de la prochaine construction de ce gazoduc qui selon lui “renforcera la sécurité énergétique en Europe”.

“La création de cette nouvelle artère énergétique permettra des livraisons à long terme et en grande quantité à nos partenaires. C’est une nouvelle contribution importante de notre pays au renforcement de la sécurité énergétique en Europe”, a-t-il déclaré.

Ce projet, qui permet à Moscou de renforcer sa position de quasi-monopole sur les exportations de gaz turkmène, fait justement craindre une augmentation de la dépendance énergétique de l’Europe face à la Russie, alors qu’elle cherche précisément à la réduire.

Aucun détail n’a filtré sur les engagements respectifs de la Russie, du Kazakhstan et du Turkménistan, et notamment leurs investissements dans ces gigantesques travaux.

Avant la cérémonie, le ministre russe de l’Industrie et de l’Energie Viktor (bien Viktor) Khristenko a seulement précisé que le gazoduc, qui doit être construit sur la rive orientale de la mer Caspienne, devrait être inauguré avant la fin 2010 et acheminer 20 milliards de m3 de gaz par an.

“Le volume prévu dans le contrat est de 20 milliards de m3 de gaz par an. Mais ce chiffre pourra être revu à la hausse”, a-t-il déclaré à un groupe de journalistes.

Le 12 mai dernier, les présidents des trois pays réunis au Turkménistan avaient donné leur feu vert formel à ce projet, entré jeudi dans sa phase pratique avec ce nouvel accord précisant les conditions de la construction.

“Ce n’est pas bon pour l’Europe”, avait alors réagi le secrétaire américain à l’Energie Samuel Bodman, jugeant que “l’Europe doit diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique”.

Le principal but de ce gazoduc est d'”augmenter la capacité d’exportation de gaz d’Asie centrale vers l’Europe”, mais aussi de répliquer aux plans occidentaux de voies alternatives à la Russie pour mettre la main sur les précieuses réserves de la Caspienne, écrit jeudi le journal économique Kommersant.

L’Occident cherche en effet à convaincre les autorités turkmènes de construire sous la mer Caspienne un gazoduc contournant la Russie, pour livrer son gaz directement aux Européens au prix du marché au lieu de continuer à le vendre à prix bradé au géant russe Gazprom.

“Les Etats d’Asie centrale prennent de plus en plus conscience de leur position sur la carte énergétique mondiale et vont de plus en plus jouer sur les oppositions entre les Etats-Unis, l’Union européenne et la Russie”, analyse Kommersant.

Et jeudi, le Turkménistan a avancé sa carte russe en lâchant du lest sur ce projet qui aurait dû être finalisé dès septembre.

Le retard était dû aux négociations difficiles entre la Russie et le Turkménistan sur le prix des exportations de gaz turkmène vers la Russie, souligne Kommersant.

Le Turkménistan, qui vend l’essentiel de sa production gazière au géant russe Gazprom pour 100 dollars les 1.000 m3, réclamait en effet une hausse du tarif, la Russie exportant ensuite ce gaz vers l’Europe deux fois plus cher.

Le président turkmène, Gourbangouly Berdymoukhamedov, n’a pas fait le déplacement à Moscou pour la signature de cet accord. Mais M. Poutine a insisté sur la bonne coopération avec le Turkménistan, appelant son homologue au téléphone devant les caméras de télévision.

 20/12/2007 15:50:10 – © 2007 AFP