Opep du gaz : Poutine flirte avec l’idée qui inquiète l’Europe

 
 
SGE.OCH26.010207171807.photo00.quicklook.default-245x174.jpg
Le président russe Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse, le 1er février 2007 à Moscou (Photo : Alexander Nemenov)

[01/02/2007 17:20:15] MOSCOU (AFP) Le président russe Vladimir Poutine a fait sensation jeudi en jugeant “intéressante” l’idée d’une “Opep du gaz” qui inquiète l’Europe, les analystes restant toutefois sceptiques sur la faisabilité d’un tel projet.

“L’Opep du gaz est une idée intéressante. Nous allons y réfléchir”, a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse annuelle au Kremlin.

“Nous essayons déjà de coordonner nos efforts sur les marchés des pays tiers”, a-t-il dit en référence aux gros producteurs d’hydrocarbures.

“Nous ne voulons pas créer un cartel mais il serait bien de coordonner nos activités” pour “assurer un approvisionnement fiable” aux consommateurs, a-t-il ajouté.

L’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême iranien, a suggéré dimanche que la Russie et l’Iran établissent “une organisation similaire à l’Opep pour s’occuper de coopération dans le secteur du gaz”, en recevant à Téhéran le secrétaire du Conseil russe de sécurité Igor Ivanov.

La Russie a aussi signé fin janvier avec l’Algérie un protocole d’accord pour renforcer la coopération des deux pays dans le domaine énergétique, suscitant une réaction nerveuse de l’UE.

Le commissaire européen à l’Energie, Andris Piebalgs, a demandé à Alger et Moscou d’expliquer leurs “intentions” et les conséquences pour les consommateurs européens.

La Russie et l’Algérie sont, avec la Norvège, les principaux fournisseurs de gaz de l’Union Européenne, avec respectivement 160 (24%) et 60 milliards de m3 (11%) par an.

M. Poutine a également souligné que la volonté de l’Europe de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie ne lui faisait “pas peur”, ajoutant que Moscou de son côté “diversifiait les voies de livraisons vers différents marchés”, dont celui de la Chine.

La Russie détient près de 30% des réserves connues du gaz et est de loin le premier producteur mondial avec 656 milliards de mètres cubes extraits en 2005. L’Iran a les deuxièmes réserves du gaz après la Russie mais a du mal à développer ses exportations à cause des sanctions américaines.

Le Kremlin rejetait jusqu’à présent l’idée d’une Opep de gaz et le revirement opéré par Poutine a pour but de caresser dans le sens du poil les autres producteurs et d’intimider les consommateurs, estiment les experts.

La déclaration de Poutine reflète des discussions difficiles avec l’Europe sur l’énergie et “sonne comme un coup de semonce”, estime Chris Weafer, analyste à la banque d’investissement Alfa Bank.

“Il est en train de dire à l’Europe : si nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord, la Russie a d’autres solutions”, poursuit l’analyste.

Cette idée sera difficile à réaliser, souligne toutefois l’expert, le marché du gaz “n’étant pas aussi flexible que celui du pétrole”.

Les contrats de fourniture de gaz courent souvent sur 10 ou 20 ans et restent très dépendant des gazoducs, la quantité de gaz liquéfié fournie par les bateaux étant minime.

Pour le politologue russe Viktor Kremeniouk de l’Intitut USA-Canada, “l’idée de réglementer le marché gazier comme celui du pétrole est mûre et bonne mais la liste de participants fait peur”.

Selon lui, “il pourrait s’agir soit d’un cartel qui se partagera les marchés à l’image de l’Opep, soit d’une organisation qui se mettra d’accord sur les prix et les conditions de vente comme l’OMC”.

L’analyste Evguéni Volk de la fondation Héritage note que les propos de Poutine tombent avant sa grande tournée au Proche-Orient les 11-13 février où ils seront “bien accueillis” chez les gros producteurs d’hydrocarbures.

“C’est de la propagande. Il serait difficile de mettre en place une telle structure. Les producteurs ont des intérêts différents et ne prendront pas le risque de gâcher leurs relations avec l’Occident en s’associant à un tel projet”, affirme-t-il.

 01/02/2007 17:20:15 – © 2007 AFP