Le “prédateur” Oji Paper perd une rarissime bataille boursière au Japon

 
 
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Le PDG d’Oji Paper Kazuhisa Shinoda lors d’une conférence de presse à Tokyo le 29 août 2006 (Photo : Toru Yamanaka)

[29/08/2006 10:43:05] TOKYO (AFP) Le groupe papetier nippon Oji Paper a renoncé de facto mardi à son raid hostile sur son concurrent Hokuetsu Paper Mills en refusant de modifier les termes de son offre, mettant fin à près d’un mois de bataille boursière, un phénomène extrêmement rare au Japon.

Oji Paper a fait savoir, dans un communiqué, qu’il n’avait l’intention ni de relever le prix qu’il propose aux actionnaires de Hokuetsu (800 yens par titre), ni de modifier la proportion du capital dont il vise l’acquisition (50% des actions plus une), ni de prolonger son offre au delà du 4 septembre.

Le groupe a expliqué que de telles décisions nuiraient considérablement au but de l’opération, qui est de créer de la valeur pour ses actionnaires en devenant le cinquième papetier mondial (il est actuellement le septième).

En renonçant à relever son offre, Oji Paper a de facto jeté l’éponge. “La possibilité d’un échec est extrêmement élevée”, a reconnu le président du groupe, Kazuhisa Shinoda, lors d’une conférence de presse.

Des actionnaires de Hokuetsu contrôlant ensemble plus de 50% du capital ont en effet proclamé qu’ils n’avaient pas la moindre intention de céder leurs titres aux conditions actuellement proposées.

Dans la foulée, Oji a annoncé qu’il allait investir jusqu’à 60 milliards de yens (400 millions d’euros) pour installer des équipements d’avant-garde dans une de ses usines, laissant entendre par là que, faute de pouvoir avaler son rival, il entendait désormais mettre l’accent sur sa croissance interne.

“Ce n’est pas le résultat que nous espérions. Même si nous ne renonçons pas aux offres publiques à l’avenir, disons que nous ne voyons aucune fusion dans le futur proche”, a commenté M. Shinoda.

C’était la première fois qu’une bataille boursière opposait deux grandes sociétés japonaises, dans un pays où les raids hostiles sont mal vus et souvent qualifiés, péjorativement, de “méthodes à l’américaine”.

En lançant son OPA le 2 août, Oji Paper avait brisé un tabou. Les analystes y avaient vu un signe de changement dans les pratiques d’affaires nippones, traditionnellement feutrées et consensuelles.

Mais, très vite, la tentative s’est heurtée à la résistance farouche de Hokuetsu et de ses actionnaires.

Hokuetsu s’est d’abord trouvé un “chevalier blanc”, la maison de commerce Mitsubishi Corporation, qui avait pris une participation de 24% via une augmentation de capital réservée.

Un des principaux actionnaires de Hokuetsu, Nippon Paper Group, s’est ensuite opposé à l’offre, accusée de perturber “l’ordre existant dans l’industrie de la papeterie”. Il a annoncé qu’il allait porter sa participation de 8,49% à 10% pour mettre des bâtons dans les roues d’Oji.

Les OPA hostiles sont extrêmement rares au Japon et ne concernaient, jusqu’à présent, que des fonds d’investissements ou des sociétés de second rang.

L’un des raids boursiers les plus mémorables, qui a également échoué, reste celui lancé début 2005 par le jeune gourou de l’internet Takafumi Horie, alors patron du portail internet Livedoor, contre la chaîne Fuji TV.

Cette aventure avait semé la psychose parmi les grandes sociétés. Par dizaines, ces dernières avaient adopté à la hâte des “pilules empoisonnées” et autres mesures préventives contre les OPA non sollicitées.

Mais, selon le PDG d’Oji Paper, l’échec de l’OPA n’est pas forcément à mettre au compte d’une quelconque résistance psychologique.

“Je pense qu’il faut analyser les choses un peu plus en profondeur avant d’attribuer tout ça à la culture d’affaires japonaise”, a déclaré M. Shinoda, expliquant que la principale cause de l’échec avait été l’entrée dans la bataille de Nippon Paper.

 29/08/2006 10:43:05 – © 2006 AFP