Le film japonais « Kokuho » (Le Maître du Kabuki), réalisé par Sang-il Lee, a été projeté samedi soir à Tunis, dans le cadre du « Japan Festival » 2026, organisé du 30 octobre au 1er novembre à la Cité de la Culture.

Selon les organisateurs, il s’agit de la première projection de ce film en Tunisie et en Afrique. Sorti au Japon en 2025, il y a rencontré un important succès commercial, dépassant les dix millions de spectateurs.

La direction de la photographie est signée par le Tunisien Sofian El Fani, notamment connu pour son travail sur « La Vie d’Adèle » (2013) et « Timbuktu » (2014).

Ce long-métrage interroge la transmission de l’héritage artistique à travers une histoire qui se déroule sur cinquante ans et retrace le parcours de deux jeunes hommes dans l’univers du théâtre traditionnel japonais, le Kabuki.

Présenté en première mondiale à la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes, puis au Festival international du film de Toronto (TIFF), le film a été nommé aux Oscars 2026 dans la catégorie des meilleurs maquillages et coiffures. Il a également remporté dix récompenses lors de la 49e édition des Japan Academy Film Prizes, dont celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure photographie, attribuée à Sofian El Fani.

Adapté du roman éponyme de Shuichi Yoshida, paru en 2018, le film plonge le spectateur dans l’univers du Kabuki, forme traditionnelle du théâtre japonais dans laquelle les rôles féminins sont exclusivement interprétés par des hommes. À travers l’histoire de deux jeunes acteurs, Kikuo et Shunsuke, le réalisateur explore les liens entre amitié, rivalité, transmission artistique et quête de reconnaissance.

Au début de son adolescence, Kikuo, âgé de 14 ans, perd son père, chef d’un clan de yakuzas, tué lors d’un affrontement entre bandes rivales. Il est alors recueilli par Hanjiro, un maître du Kabuki et figure majeure de cet art, qui entreprend de le former aux côtés de son fils unique, Shunsuke.

Les deux adolescents nouent une amitié et forment progressivement un duo artistique prometteur. Mais leur relation se complique lorsque la rivalité et la jalousie s’installent entre eux, notamment après que Hanjiro choisit Kikuo pour lui succéder, au détriment de son fils. Blessé par cette décision, Shunsuke quitte la troupe et sa famille pour poursuivre seul son parcours artistique.

Au-delà d’une histoire d’amitié, de compagnonnage, d’amour et de jalousie entre deux hommes unis par leur passion pour le Kabuki, le film explore les tensions qui traversent leur relation et les transformations de leurs aspirations. Il met également en lumière les possibilités expressives de cet art traditionnel dans la représentation des émotions humaines, notamment à travers les maquillages, les costumes et les accessoires.

Malgré la sobriété des décors, le théâtre Kabuki associe musique et danse dans une mise en scène où les musiciens occupent une place particulière. Contrairement à l’opéra occidental, où l’orchestre prend généralement place dans la fosse, les instrumentistes du Kabuki sont installés à la vue du public, dans la lumière, derrière la scène ou sur son côté gauche.

Le film donne également à voir le lien profond qui unit les Japonais à cet art, une relation qui s’apparente à une filiation familiale et implique passion et sacrifice. Plusieurs séquences illustrent cet attachement, depuis la mort du père de Kikuo jusqu’à la chute de Hanjiro, qui s’effondre en perdant son sang sur scène, ou encore la maladie de Shunsuke, qui poursuit ses représentations malgré la dégradation de son état.

Témoin de la mort de son père, Kikuo choisit de ne pas chercher à le venger par la violence. Il trouve plutôt sur les planches le moyen de prendre sa revanche et d’accéder à la reconnaissance qu’il mérite.

Le film de Sang-il Lee se distingue également par ses angles de prise de vue et son travail visuel, qui témoignent d’une recherche cinématographique affirmée, malgré certaines scènes longues et répétitives.

Cette édition du Festival du Japon a été consacrée au 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et le Japon, nouées en 1956.

La manifestation a été inaugurée par la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, en présence de l’ambassadeur du Japon en Tunisie, Saito Jun.

Le programme se poursuit dimanche avec une nouvelle projection du film, ainsi que des spectacles musicaux et des activités consacrées à la cérémonie du thé et à l’art floral japonais.